Les statistiques du commerce extérieur, publiées, hier, par l’administration douanière, lèvent le voile sur une faible baisse de la facture des importations sur les onze premiers mois de 2017.

Elles ont baissé mais à un très faible rythme, se chiffrant à 41,895 milliards de dollars de janvier à fin novembre 2017, contre 42,801 milliards de dollars durant la même période de 2016, correspondant ainsi à un recul de -2,12% et de seulement 900 millions de dollars en valeur. La moisson d’économies est pour le moins infime, voire très insignifiante comparée aux objectifs initialement fixés par les précédents gouvernements.
L’année 2017 se solde ainsi avec peu de résultats obtenus au compteur du commerce extérieur à un moment où la situation budgétaire requiert pourtant le minimum de rigueur dans la gestion des importations. C’est que le scénario de la rigueur budgétaire décrit depuis plusieurs mois dans les différents discours politiques passe pour être l’illusion de 2017. Le gouvernement Ouyahia a repris à son compte les précédents objectifs d’économies au plan des importations.
Il se fixe désormais une économie de 15 milliards de dollars sur le prochain exercice ; la facture d’importation devrait ainsi tourner autour de 30 milliards de dollars en 2018. L’Exécutif semble avoir identifié quelques bons plans pour éviter que le budget de 2018 flambe. De la surimposition de certains biens et consommables par le moyen de la loi de finances 2018 à l’interdiction pure et simple de l’importation d’environ 1000 produits en passant par le contingentement des importations de véhicules, le gouvernement muscle ainsi le dispositif de lutte contre les achats inessentiels en substitution au mécanisme des licences qui a montré ses limites.
Les prévisions de dépenses sont ainsi préalablement fixées pour 2018, mais les économies annoncées cachent néanmoins un coup de rabot dur et qui ne serait éventuellement pas sans conséquences. La crainte majeure est qu’il n’y ait pas une couverture suffisante des besoins par la production nationale. Autrement, le plan d’ajustement de la balance des paiements concocté par le gouvernement mérite bien louanges et salutations. Le gouvernement ne compte pas s’arrêter à ce stade de mesures, mais compte aller encore jusqu’à fouiner dans les documents comptables des importateurs. Certains débordent d’ingéniosité pour pouvoir transférer des devises vers l’étranger en empruntant plutôt les canaux officiels. Le ministre du Commerce a indiqué, hier, lors d’un séminaire tenu en marge du salon de la production nationale, que l’Exécutif se prépare à une réelle bataille contre le phénomène de la surfacturation. « Je ne vais pas jeter un pavé dans la mare, mais les opérations d’importation sont très souvent et de plus en plus suspectes.
Nous observons et nous sommes certains qu’il y a un phénomène de surfacturation. Je ne peux vous dire quel est son niveau mais nous y travaillons avec des institutions internationales pour essayer de maîtriser son ampleur », a-t-il dit à propos. Il met ainsi le doigt là où ça fait réellement mal, étant donné que certaines statistiques montrent que le fléau pèse pour près du tiers de la valeur globale des importations. L’ancien ministre du Commerce, le défunt Bakhti Belaib, avait admis qu’il s’agissait plutôt du cœur même du problème lié à l’envolée de la facture des importations, laissant entendre que la surfacturation pesait déjà pour un tiers de la valeur globale des importations. Le gouvernement Ouyahia aurait préparé son plan pour dénicher les acteurs s’adonnant à ce fléau, associant dans ses manœuvres des mécanismes internationaux et la contribution des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, à en croire le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi. Si le gouvernement rogne de plus en plus sur des postes à fort potentiel en économies, c’est parce que la situation risque de virer au cauchemar si l’exercice 2018 s’achèvait encore sans qu’aucun objectif ne soit réalisé au plan de la balance des paiements. Contre un dispositif de licences qui s’est soldé que par de faibles moissons, plus de deux années après, l’actuel gouvernement veut y aller efficacement. La santé financière du pays en dépend. L’attitude passive adoptée par les précédents gouvernements face à la situation des comptes extérieurs n’a fait que complexifier davantage l’équation budgétaire.