Une fois n’est pas coutume, c’est un réquisitoire heureux du procureur de Sidi M’hamed en abandonnant les charges retenues contre les 19 manifestants interpellés au 48e vendredi de la mobilisation populaire et en demandant leur relaxe.

Pourtant, le fait que le procès soit programmé dans ce tribunal algérois, à la réputation établie de ne prononcer que des condamnations, n’avait pas laissé assez de place à l’optimisme sur le sort des 19 manifestants qui avaient fait, le 19 janvier dernier, l’objet de comparution directe après 48 heures de garde à vue suivie d’une remise en liberté provisoire décidée par le juge d’instruction. C’est à la surprise générale que le Procureur a annoncé l’abandon des charges et requis la… relaxe des manifestants dans une joie indescriptible que le tribunal de Sidi M’hamed n’a pas l’habitude de réserver à ses accusés.
En effet, hier au tribunal de Sidi M’hamed, et comme le veut la tradition installée depuis la succession des procès dans le sillage du mouvement populaire, les avocats étaient sur place pour plaider la cause et l’innocence des manifestants. Le rendez-vous a été, faut-il le noter, marqué par la présence des militants des droits de l’Homme, des manifestants et surtout d’anciens détenus venus apporter leur solidarité aux accusés du jour.
Sur les lieux, les personnes qui se sont regroupées autour du tribunal algérois sont loin d’afficher de l’optimisme. La raison ? « Ce parquet nous renvoie à de mauvais souvenirs, de nombreux jeunes qui n’ont rien commis ont été condamnés à la détention provisoire », déclare un habitué des marches populaires et des procès. Un avis que va tempérer un militant des droits de l’Homme, en relevant que
« ce n’est pas tous les procès qui se ressemblent et que le jugement peut dépendre de l’appréciation du juge». Un point de vue qui peine à trouver des adhérents aux abords de la salle d’audience, jusqu’à ce que le Procureur de la République annonce la bonne nouvelle vite qualifiée « de première » au vu des précédentes décisions entendues dans ce même tribunal.
Les avocats et l’assistance s’attendaient, en effet, à ce que le Procureur « demande l’application de la loi, mais il a plaidé la relaxe». Le Procureur a étonné l’assistance en plaidant, à la surprise générale, la relaxe des manifestants poursuivis en comparution libre et plaidé aussi en faveur de l’indépendance de la justice. « Les Algériens marchent d’un pied ferme vers l’Algérie nouvelle, une Algérie où la justice sera libre et indépendante », a-t-il indiqué avant de prononcer son réquisitoire. Il rappelle, dans ce sillage, que « les Algériens scandent depuis 51 vendredis des slogans réclamant une justice libre et indépendante. »
Pour rappel, 15 manifestants sont accusés d’attroupement, un de possession d’un drapeau berbère et un autre de refus d’obtempérer, en refusant de montrer sa pièce d’identité à un policier en civil. Deux autres, poursuivis également pour détention de documents, jugés suberversifs. Par ailleurs, à Tlemcen, la Cour a confirmé en appel les peines de deux mois de prison avec sursis prononcées en première instance à l’encontre de 13 manifestants. Ces derniers étaient poursuivis pour « entrave au bon déroulement de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 ». <