Un élan d’indignation et de solidarité a enflammé la Toile, hier, depuis la confirmation de la mise en garde à vue du comédien et metteur en scène Abdelkader Djeriou, arrêté vendredi dernier, à Oued Tlelat, au sud d’Oran, par des gendarmes. Il doit être présenté, aujourd’hui, dimanche 22 décembre, devant le procureur de la République pour « incitation à attroupement non autorisé», affirme le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) sur sa page Facebook, qui cite l’avocat d’Abdelkader Djeriou. Il lui est reproché «incitation à un attroupement » à cause de sa vidéo, publiée il y a une semaine sur les réseaux sociaux, où il lançait un appel aux Algériens à se rassembler à Oran, en solidarité avec les manifestants violentés par la police lors du 43e vendredi de la manifestation populaire. La consternation exprimée sur les réseaux sociaux, tant par des personnalités culturelles, des gens de médias, de différents collectifs que de nombreux fans anonymes est surtout liée au timing de cette arrestation, au lendemain du discours présidentiel qui tendait la main et appelait au dialogue avec le mouvement populaire de contestation. D’autant plus qu’Abdelkader Djeriou a commencé à publier des vidéos, dont plusieurs en direct, et des publications sur sa page Facebook où il exprimait son engagement politique contre le système en place et son implication dans « la révolution du sourire», depuis le 22 février passé dès le début des manifestations populaire. Devenu véritable influenceur sur les réseaux sociaux, ces posts critiques contre le système ont été partagés des milliers de fois sur différentes pages. Sa popularité a connu un véritable buzz suite à la diffusion, lors du mois de Ramadhan passé, de la série à succès «Wlad Lahlal» dans laquelle il incarnait un personnage marginal proche du peuple, vivant dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville d’Oran. Ses publications tant sur Facebook que sur sa chaîne Youtube sont partagées des milliers de fois et ces vidéos ont atteint des chiffres record en nombres de vue. Concrètement sur le terrain, il a aussi participé activement à toutes les marches du vendredi que ce soit à Sidi Bel Abbès, où il réside, à Oran et à Alger. Dans l’une de ses dernières vidéos publiées dans la soirée du 19 décembre, à la veille de son arrestation, il soulignait : «  Je n’ai peur de personne lorsque je dis la vérité. Même si un ange est installé président de la République, je veux le contrôler. Je ne fais confiance à personne.» En ajoutant que «je parle en mon nom, pas au nom du peuple. Président de la République est un poste qui doit être surveillé. Je veux que mon pays devienne comme la Norvège, avec la publication sur Internet de tous les budgets ».

Un parcours d’artiste rebelle et engagé
Découvert sur les planches du Théâtre régional de Sidi Bel Abbès, avec lequel il a remporté plusieurs prix pour son talentueux jeu de scène, Abdelkader Djeriou est découvert par le grand public, en 2012, grâce à l’émission satirique «Jornane
El Gosto» où il est comédien, mais aussi scénariste. Cette émission, remplacée plus tard par « Nass
Stah », pour contourner la censure, marque une véritable révolution dans la liberté de ton et de critique sociale et politique. Elle connaîtra un véritable succès populaire jusqu’au clap final en 2017 à cause des pressions sur les différentes chaînes privées qui l’avaient diffusée. Il a aussi fait partie du casting de deux séries télévisuelles à succès « El Khawa » et « Wlad Lahlal » et a également participé à de grands films, « Zabana ! » de Saïd Ould Khelifa, et «Les portes du soleil : Algérie pour toujours » de Jean-Marc Minéo. C’est sa participation au film de Marc Minéo qui sera utilisé lors des tentatives de campagne de discréditation lancées contre l’acteur à travers des rumeurs sur sa proximité avec les Kouninef, illustrées par une photo de Djeriou aux côtés de Sonia Kouninef, épouse de l’un des Kouninef. Dès la diffusion de cette photo, plusieurs personnalités sont montées au créneau pour le défendre en rappelant que ladite Sonia Kouninef est aussi une comédienne avec qui il a partagé l’affiche du film «Les portes du soleil : Algérie pour toujours », d’où la fameuse photo. Au final, aujourd’hui, ce talentueux comédien, metteur en scène, auteur et militant engagé est en cellule pour son engagement politique à l’instar de deux autres artistes, en l’occurrence, le caricaturiste Nime et le jeune poète Tadjadit. L’arrestation de Djeriou est un message lancé aux influenceurs pour sonner le glas des voix porteuses sur les réseaux sociaux, selon des commentaires sur la toile.<