Arrêté à Constantine lors de la manifestation populaire pour le changement du vendredi 14 mai, le professeur Djamel Mimouni, enseignant à l’université de l’antique Cirta, a été mis sous contrôle judiciaire par le tribunal d’El Ziadia.

Par NAZIM B.
Placé en garde à vue au commissariat central de Constantine, le professeur de physique est poursuivi pour « incitation à attroupement et non-respect des décisions administratives », selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).
Ce dernier a indiqué que Djamel Mimouni « a refusé de signer l’engagement sur l’honneur de ne plus prendre part prochainement aux marches non autorisées et a été donc placé en garde à vue » avant sa présentation devant le procureur et juge d’instruction du Tribunal de Ziadia. La même source a indiqué qu’un rassemblement de soutien au professeur a été empêché par les forces de sécurité qui ont procédé également à des arrestations parmi les manifestants.
L’arrestation de M. Mimouni a suscité une vague d’indignation auprès des Algériens et au sein des universitaires, ceux exerçant en Algérie comme ceux établis à l’étranger.
C’est le cas de Noureddine Melikechi, physicien atomique exerçant pour l’agence spatiale américaine NASA, qui a exprimé son indignation suite à l’arrestation de son collègue chercheur et universitaire. « Djamel est physicien et non un criminel », a écrit Melikechi sur son compte twitter. « La répression et l’injustice ne peuvent résoudre un problème qu’elles ont contribué à créer », « libérez tous les prisonniers d’opinion », a plaidé le scientifique algérien.
Des universitaires et chercheurs exerçant en Algérie ont exprimé leur indignation et leur solidarité avec M. Mimouni. Certains ont fait part de leur dépit de voir leurs collègues universitaires « se taire devant l’arbitraire que subit le physicien ». D’autres voix ont même pointé du doigt l’absence d’une organisation syndicale réellement représentative des enseignants du supérieur. De son côté, le Forum des universitaires démocrates (FUD) a dénoncé « fermement l’arrestation arbitraire d’autres universitaires , Sandra Triki, Ali Boultif, Hosni Kitouni, Nasser Djebbar, Rachida Assabaa…, ainsi que des centaines d’autres citoyennes et citoyens, journalistes, avocats, étudiants, militants politiques et secouristes humanitaires ».

Garde à vue prolongée pour Kenza Khattou
Par ailleurs, la garde à vue de la journaliste de Radio M, Kenza Khatto, a été prolongée hier par le Tribunal de Sidi M’hamed et sa présentation doit avoir lieu aujourd’hui, selon le CNLD. Samedi soir, Radio M a réagi dans un communiqué. « Kenza Khattou a été arrêtée dans l’exercice de sa mission de journaliste. Elle a été victime de brutalités au moment de son interpellation à proximité de la station de métro Tafourah sur le parcours habituel des marches du vendredi. Comment expliquer cet acharnement sur cette journaliste en particulier si ce n’est pour justifier a posteriori, le traitement dégradant qu’elle a dû subir au moment de son interpellation ? », peut-on lire dans le document. « Nous ne disposons pas d’éléments sur les raisons pour lesquelles Kenza Khattou a été placée en garde à vue. Nous refusons de penser à ce stade de cette affaire que cet acharnement est lié à son appartenance à la rédaction de Radio M, média électronique, cible de pressions multiformes pour le pousser à abandonner son positionnement éditorial indépendant, sa couverture du Hirak et de toutes les actualités, et son offre d’espace de débats politiques libres », a estimé la même radio.
Pour rappel, la journaliste Kenza Khatto avait été arrêtée avec une douzaine de reporters et photographes de presse alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir la marche hebdomadaire du Hirak. Ces derniers avaient été relâchés tandis que Kenza Khatto a été placée en garde à vue. Par ailleurs, la plupart des personnes interpellées vendredi dernier ont été libérées le soir même, alors que d’autres comparaissaient hier devant les tribunaux.
Rappelons que le ministère de l’Intérieur avait demandé aux « organisateurs » des marches populaires à « déclarer » au préalable les manifestations auprès des autorités.