Près de 200 journalistes ont signé un appel, publié hier, pour la libération de Khaled Drareni arrêté dans le cadre de l’exercice de son métier. L’appel rappelle que «le journaliste est avant tout un citoyen. Il est soumis au code pénal comme tout le monde. Néanmoins, il est inadmissible d’assimiler son travail journalistique à un délit. Cela constitue une grave dérive et une menace pour tous les professionnels des médias». Déjà placé en garde à vue pendant trois jours sous les chefs d’accusation «d’incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l’intégrité du territoire national» il sera placé sous contrôle judiciaire. La justice a annulé cette décision en le plaçant en détention provisoire. Il a été arrêté vendredi en fin de journée et conduit dans un commissariat pour appliquer la décision prise par la chambre d’accusation près le Tribunal de Sidi M’hamed d’annuler l’ordonnance de mise sous contrôle judiciaire décidée par le juge et de le placer sous mandat de dépôt. Khaled Drareni, directeur de Casbah Tribune, avait été arrêté le samedi 7 mars alors qu’il couvrait une manifestation. Mercredi dernier à la surprise générale, la chambre d’accusation a annulé le contrôle judiciaire émis à l’encontre de Khaled Drareni ordonnant sa mise sous mandat de dépôt. Lors de sa mise en garde vue, plus de 250 journalistes avaient signé une déclaration dénonçant une atteinte au droit fondamental des journalistes à couvrir librement les évènements qui se déroulent dans le pays. Hier Pierre Audin, fils de Josette et Maurice Audin, a appelé dans le journal français l’Humanité à la libération du journaliste. «Il est urgent que Khaled Drareni soit libéré et que cesse le harcèlement qu’il subit de la part des police et justice algériennes», a-t-il appelé.
Des ONG dénoncent
Des ONG internationales de défense des droits de l’Homme et de la liberté de la presse ont dénoncé la mise sous mandat de dépôt du journaliste Khaled Drareni, critiquant l’emprisonnement d’un journaliste en pleine épidémie mondiale du coronavirus. Le Comité pour la protection des journalistes (Committee to Protect Journalists, CPJ) basée aux Etats-Unis, a appelé à «abandonner toutes les poursuites» et à libérer le journaliste. «A une période où la pandémie de Covid-19 met en évidence l’importance de rapporter des faits exacts, les autorités algériennes ont préféré opter pour restreindre la libre circulation de l’information», a dénoncé le CPJ. «Les autorités algériennes doivent libérer Khaled Drareni de cette peine de prison ridicule et abandonner toutes les poursuites retenues contre lui», a-t-elle souligné. L’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) a également dénoncé la mise sous mandat de dépôt du journaliste. «RSF dénonce l’utilisation éhontée du Covid-19 par le régime algérien pour régler ses comptes avec le journalisme libre et indépendant». Human Rights Watch (HRW) a également dénoncé la mise sous mandat de dépôt de Khaled Drareni. «Le pouvoir profite de ce que le monde est occupé par le Coronavirus pour accélérer la répression du Hirak», avait dénoncé Ahmed Benchemsi, responsable de HRW dans la région MENA. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) avait pour rappel appelé à l’ajournement du placement en détention préventive de Khaled Drareni, à cause de l’exceptionnelle situation sanitaire.
«La mise en détention préventive est une mesure exceptionnelle en vertu des dispositions de la Constitution et du code de procédure pénale. L’épidémie du coronavirus exige au contraire d’alléger la pression carcérale pour éviter la propagation du virus. La LADDH appelle à l’ajournement de la mise en détention préventive de Khaled Drareni», a noté Noureddine Benissad président de la LADDH.<