La décision prise en Conseil des ministres de suspendre l’importation des produits céramiques suscite une réaction contrastée des opérateurs. Les producteurs approuvent. Les détaillants font la grimace. Ils critiquent la qualité du produit local qui reste selon eux loin des standards internationaux.

Par Bouzid Chalabi
Si la mesure de suspendre les importations de produits céramiques (faïence sanitaire) et marbre fini, prise tout récemment en Conseil des ministres, a été bien accueillie par une grande majorité des industriels concernés, chez les commerçants, par contre, les avis sont mitigés. Reporters a recueilli leurs dires lors de son passage sur leur espace de vente. En voici les plus significatifs.
Autant du côté de la sortie Est des Pins-Maritimes ou de Chéraga Ouest où se concentre un grand nombre de vendeurs de céramique sanitaire et autres produits connexes, les patrons de ces espaces de vente nous ont rapporté que la suspension des importations de la céramique sanitaire et marbre fini est à la fois bonne et mauvaise en partie. Pour Saïd, activant dans un grand espace à Chéraga Ouest versé dans le commerce de la faïence sanitaire et autres produits connexes, entre autres les carreaux de marbre, «si les producteurs locaux vont certes tirer partie de la mesure de suspension des importations, il reste que dans notre corporation, du moins chez les professionnels, cela va sans aucun doute diminuer notre chiffre d’affaires». Il nous révèle dans ce sens : «La clientèle est de plus en plus exigeante car toujours à la recherche de ce qui a de mieux, c’est-à-dire les nouveaux modèles, fruits d’une industrie de pointe en la matière. Or, la recherche de l’innovation chez nos industriels est en quelque sorte ignorée. Pour preuve, dans de nombreuses unités de production, on travaille toujours avec les mêmes techniques et modèles que lors de leur mise en train. Résultats. La variété de l’offre sur le marché n’a guère changé depuis des années, alors que promoteurs immobiliers et particuliers à la page des nouveaux modèles tant sur le plan du design que de la qualité, ne sauraient s’en accommoder. C’est pourquoi ils sont très souvent tentés de s’approvisionner en produits importés qui répondent à leur goût. Mais maintenant que nos fournisseurs ne peuvent plus importer des produits finis, nous n’avons plus rien à leur proposer sur ce qui se fait le mieux dans les usines modernes. Ce qui va se traduire par un recul de notre chiffre d’affaires.»

La qualité et le choix à la manque
Des propos consolidés par Ahmed, un quinquagénaire, avec plus vingt ans d’expérience dans le domaine, patron d’un luxueux point de ventes aux Pins-Maritimes où sont mis en évidence une panoplie de modèles de faïence et accessoires de cuisine et salle de bains en marbre dernière génération, c’est-à-dire quasiment importés. En effet, ce dernier explique que « 80% des produits que nous exposons sont importés et avec la mesure de suspendre l’arrivée de produits étrangers, je dois penser dès à présent à achalander mon espace de vente en produits locaux tout au moins de moyenne gamme, faute d’autre alternative. En clair ce sont des clients de perdus car il se trouvera toujours sur le marché des produits importés ayant échappé aux contrôles des frontières maritimes». Sur un autre espace de vente mitoyen, Messaoud, originaire de Ghardaïa, s’est empressé de nous révéler son point de vue sur cette mesure de suspendre les importations. Il estime que « c’est une bonne chose car cela va permettre à nos producteurs nationaux d’investir davantage dans leur corps de métier, c’est-à-dire de moderniser leurs outils de production qui pourront imiter ce qui se fait de mieux actuellement dans l’industrie de la céramique et dans les produits conçus en intégralité avec du marbre».
Les producteurs doivent innover
Poursuivant dans ce sens, « il s’agit là d’une mesure qui a certes ses opposants, mais elle est rendue nécessaire si l’on veut que la facture d’importation du pays en produits industriels diminue, d’autant plus qu’il existe de nombreuses unités industrielles dans ce secteur». Et de finir par lâcher : «Il faut protéger la production nationale en ces matériaux précis de la concurrence étrangère. C’est vital car ce sont des centaines d’emplois qui sont en jeu.»
A Chéraga, ils sont peu à se joindre à l’avis de Messaoud. Selon Tahar, «la mesure de suspendre les importations est certes bénéfique, autant pour le pays que pour les producteurs locaux, mais il reste à savoir si ces derniers vont maintenir leur outil de production tel quel où tenter d’introduire de nouvelles techniques et par là même innover en matière de modèle car le marché est demandeur. Pour preuve, la clientèle notamment les promoteurs immobiliers, est toujours à la recherche de produits innovants avec un rapport qualité/prix qui leur est très intéressant».
Disons enfin que d’autres vendeurs rencontrés dans ces lieux sont restés dubitatifs au sujet de la mesure de suspendre les importations des produits finis en céramique et en marbre. L’un d’eux avouant dans la foulée : « Je ne saurai vous dire car l’informel est prédominant dans notre activité.»
Finalement, ce qui est sûr c’est qu’à travers cette mesure de suspendre les importations, ce sont bien sûr les fournisseurs étrangers et en premier les Espagnols qui seront le plus pénalisés à partir du moment où ils occupent la première place au tableau des fournisseurs algériens en faïence céramique tandis que les Italiens sont classés premier pour ce concerne le marbre fini importé par leur clientèle algérienne.
Il importe de rappeler que le marché algérien compte une cinquantaine d’entreprises spécialisées dans la fabrication de carreaux de faïence.