L’arrestation de Saïd Bouteflika, frère et conseiller de l’ex-président de la République, et les deux généraux des services de sécurité à la retraite, Mohamed Mediène dit Toufik et Athmane Tartag dit Bachir, a suscité moult réactions et a été diversement appréciée au sein de la classe politique ou auprès de personnalités nationales.

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), par la voix de son porte-parole Aïssiouane Yassine, a déclaré hier à Reporters : «Ils peuvent arrêter qui ils veulent, la guerre des clans qui a miné le destin national ne nous intéresse pas. Elle n’intéresse pas le peuple algérien. Il faut qu’on sorte de cette lutte clanique pour placer l’Algérie sur le rail de la démocratie». Il poursuit que «le peuple algérien exige un changement radical du système et non un replâtrage à travers des gens que nous avons déjà connus et qui sont toujours là. Le changement radical du système ne peut se réaliser qu’en dehors et contre le système en place. Cela veut dire que tous les visages du pouvoir doivent partir pour laisser place à une période de transition où le peuple algérien est le seul souverain».
Il conclut en affirmant que «ce à quoi nous sommes en train d’assister aujourd’hui est une militarisation de la vie politique algérienne. Or, l’armée doit être en dehors de la chose politique. Ses missions sont constitutionnelles et très claires : c’est la sécurité du territoire».
L’ex-président du RCD, Saïd Sadi, a également réagi à ces arrestations, dans une longue déclaration publiée sur sa page facebook. «Au stade où nous en sommes, les liens entre des tractations entre Gaïd Salah, Khaled Nezzar et Liamine Zeroual et les trois arrestations ne sont que des possibilités ou, peut-être, des probabilités. Il convient donc de toujours demeurer mesuré dans les analyses et de ne pas, systématiquement, hurler avec les loups. Mais si ces interprétations venaient à se vérifier, ce serait encore plus terrible pour le pays que tout ce que l’on pouvait imaginer», a-t-il déclaré. «Ce n’est pas en se focalisant sur la guerre des clans, si spectaculaire soit-elle, que l’on va dépasser les problèmes qui minent le pays. Et cette bataille d’Alger, remportée par un clan sur un autre, sur fond de coterie régionaliste, n’annonce rien de bon quant à la stabilité et la cohésion de la nation pour laquelle se sont levés des millions d’Algériens depuis le 22 février (…). D’autres évènements, autrement plus importants et prometteurs pour l’Algérie, construisent la nouvelle histoire.
C’est vers eux que doivent tendre et converger nos énergies et attentions. D’où l’impératif de toujours revenir à l’essentiel qui se joue chaque vendredi pour bien analyser l’autre bataille d’Alger. La vraie», a ajouté l’ex-chef du RCD.
Le MSP pour un processus «vérité et justice»
Pour sa part, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) considère que l’arrestation des personnes en question est «un développement qualitatif de la campagne d’arrestations en cours en Algérie» et salue «la possibilité de pouvoir interroger des responsables quelles que soient leur force, leur immunité et leurs ramifications». Néanmoins, le parti d’Abdarrazak Mokri souligne que «ce qui a permis à la bande d’exister, de prospérer et d’immuniser ses têtes, c’est le système politique issu de la fraude électorale et contre la volonté populaire». Pour venir à bout de ces pratiques, il préconise que «seule la véritable démocratie peut constituer un rempart contre la constitution d’une autre bande, l’émergence d’autres barons mafieux et la prédation des richesses du pays». Le MSP appelle au lancement d’un processus «vérité et justice» pour déterminer quelles sont les parties qui ont été touchées par la fraude dans les élections sur le plan politique et à titre individuel, avant de mettre en cause «des interférences du DRS qui a été, depuis de longues années, le bras du système politique dans ses diverses composantes en poursuivant les personnalités et les partis et en propageant la corruption». Dans ce sens, il évoque la nécessité d’une reconnaissance et d’une indemnisation morale. «La détermination conjoncturelle et personnelle dans la lutte contre la corruption et l’arrestation des responsables accusés de fitna par le commandement de l’état-major, quels qu’ils soient, est sans aucun doute importante – et nous remercions leur auteur -, mais ce qui garantit la continuité, l’efficacité et la justice contre la corruption, le complot, c’est la mise en place d’institutions crédibles», soutient le MSP. «Le lancement du processus de lutte contre la corruption et la poursuite des personnes accusées de conspiration sont très importants et doivent être soutenus par la population, mais ce qui importe le plus pour assurer la continuité et éviter le retour en arrière, c’est de répondre aux aspirations du mouvement populaire, dont le départ des «trois B», et la réussite d’une transition démocratique sans heurts, reflétant la volonté populaire par le biais d’élections libres et régulières (…)», relève le MSP.

Pour un «véritable système politique civile»
Le MSP appellera, par ailleurs, l’ANP à accompagner la transition en se retirant du champ politique. «L’intérêt du pays, sa prospérité et son développement résident dans la mise en place d’un véritable système politique civil, en sortant de la façade démocratique et les luttes de clans. L’intérêt de l’armée et la garantie du maintien de sa crédibilité et de sa communion réalisée avec le mouvement populaire consistent à accompagner une véritable transition démocratique sans heurts et à ne plus prendre partie – comme ce fut le cas par le passé – contre ou en faveur de quelque parti politique», conclut le MSP.
De son côté, Soufiane Djilali, en commentant les trois arrestations, dans une conférence devant des étudiants de l’université de Bouira, «parle de rupture au sein du système en vigueur et d’un réaménagement profond à l’intérieur même du système». Le chef de Jil Jadid conclut, en affirmant, que «l’arrestation des trois personnalités signe l’effondrement du système Bouteflika».