Un parmi les nombreux points abordés par le Conseil des ministres d’avant-hier a semblé, pour certains, incongru et ils n’ont pas hésité à utiliser le terme d’«indécent». La raison est en relation avec le 7e art. Un président qui regroupe tous les membres du gouvernement pour discuter d’un film ! Le raccourci était simple, simpliste et déroutant à plus d’un point. La Fake news flagrante, c’est que le sujet a été le troisième point d’un des six secteurs ministériels qui étaient au menu du Conseil des ministres. Un fait qui montre clairement que le film était loin d’être au «centre» de la réunion. Toutefois, l’essentiel est ailleurs. Il s’agit du raisonnement en lui-même. Ainsi, étant donné que l’Algérie subit de plein fouet une double crise, sanitaire et économique, avec à la clé l’hécatombe des feux de forêt, il est inconcevable, selon ceux qui sont montés au créneau, de «penser» au cinéma. Relancer le projet de production du film «l’Emir Abdelkader» serait donc inopportun ! Au-delà de l’importance du personnage, et de son universalité, il y a cette insupportable légèreté avec laquelle la culture (parce que, faut-il le rappeler, le cinéma en fait partie) est (pas que parfois) considérée. Un pays, c’est donc uniquement le budget de «la bouffe» et des voitures à importer ! C’est faux évidement, mais certains semblent prêts à accepter cette «situation» sans rechigner. C’est inadmissible !
Le cinéma est tellement important que sous-estimer son impact, c’est afficher tout simplement son ignorance. Plusieurs pays l’ont compris, et depuis longtemps, et ont pu acquérir via le 7e art de solides dividendes. Le soft power en est l’une de ses «expressions». Les Etats-Unis, l’Egypte, la Syrie (avant 2011), la Turquie, l’Inde et bien d’autres n’ont pas lésiné sur les moyens pour booster leur cinéma. Vouloir en faire de même (sans négliger les autres secteurs bien-sûr) est loin d’être un «luxe». Les générations futures du pays ont besoin, avant tout, d’avoir des armes immatérielles pour affronter un avenir qui s’annonce (pour toute l’humanité) bien difficile.
L’occasion de rappeler une citation attribuée à l’ex-Premier ministre britannique, Winston Churchill. C’était durant la Seconde Guerre mondiale, quand il lui a été demandé (pour l’effort de guerre) de couper dans le budget des arts. Sa réponse vaut tous les discours : «Sans la culture, pourquoi combattre ?»…

  • NB: La photo montre une des scènes du film « Fadhma N’Soumer », sorti en 2014 et réalisé par Belkacem Hadjadj