Le secteur de l’armement échappe aux conséquences économiques de la pandémie du Covid-19. Son marché qui avoisine bon an mal an les 100 milliards de dollars est toujours largement dominé par les Etats-Unis, qui voient leur part progresser de 32
à 39% en cinq ans. Ils sont suivis par la Russie et la France, deuxième et troisième exportateurs d’armement dans le monde.
La part de la Russie a reculé de 19%, notamment à cause de la baisse des débouchés en Chine, un pays devenu quasi indépendant de l’armement russe. Celle de
la France passe d’environ 6% à 11%.

par Lyes Sakhi
La Chine, quatrième exportatrice mondiale (4,6%) et l’Allemagne, numéro cinq (4,5%) ont gardé leur rang, mais ont vu leur part s’éroder légèrement. Mais de toutes les parties du monde, c’est l’Europe qui a affiché la plus forte croissance du commerce des armes lors des cinq dernières années et la tendance va fortement s’accélérer, selon un rapport de référence publié hier lundi par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Lors de la période 2017-2021, indique ce document, le commerce mondial d’armement a reculé de 4,6% par rapport aux cinq années précédentes, mais a bondi de 19% sur le continent européen. « L’Europe est le nouveau point chaud », souligne Siemon Wezeman, coauteur de ce rapport annuel depuis plus de trois décennies.
« Nous allons énormément augmenter nos dépenses militaires, nous avons besoin de beaucoup de nouvelles armes et une bonne partie viendra des importations », principalement intra-européennes et américaines, observe le chercheur dans un entretien à l’AFP et où il s’attend à des répercussions importantes de la guerre en Ukraine sur le marché européen de l’armement. L’isolement de la Russie provoqué le conflit en Ukraine ainsi que l’effet de fortes sanctions occidentales sur l’économie russe, risque de peser encore davantage sur son industrie de l’armement. « Il y aura certainement encore davantage de menaces de bâton du côté américain » envers les pays tentés d’acheter des armes russes, croit savoir M. Wezeman.
Plusieurs pays européens dont l’Allemagne ont déjà annoncé des plans massifs d’investissement militaire. Avions de combat – avec en tête le très moderne mais onéreux F-35 américain – missiles, artillerie et autres équipements lourds devraient nourrir les armées de pays européens, précise cette source. « La plupart de ces choses prennent un peu de temps, il faut décider, commander, et puis produire, donc ça prend quelques années au moins. Mais en réalité la tendance a déjà commencé après l’annexion de la Crimée en 2014, et on en voit déjà les effets aujourd’hui », observe encore l’expert du Sipri. La part de l’Europe dans le commerce mondial est ainsi passée de 10 à 13% lors des cinq dernières années et cette part va encore augmenter de façon « substantielle », ajoute-t-il.
Selon le Sipri, l’Asie-Océanie est restée la principale zone d’importation lors des cinq dernières années, avec 43% des transferts d’armes mondiaux et six des dix plus grands importateurs (Inde, Australie, Chine, Corée du Sud, Pakistan et Japon). Le commerce d’armement vers la zone la plus peuplée du monde a décliné d’environ 5% ces cinq dernières années, même si dans le détail, l’Asie de l’Est (+20%) et l’Océanie (+59%) affichent de fortes progressions, sur fond de tensions croissantes entre Pékin et plusieurs capitales asiatiques. « Les tensions entre la Chine et plusieurs pays d’Asie et d’Océanie sont le moteur principal des importations dans la région », observe l’Institut.
Au Moyen-Orient, deuxième marché avec 32% des importations mondiales, la progression a été de 3%, tirée notamment par les investissements du Qatar face aux tensions avec ses voisins du Golfe. « Les cours actuels du pétrole signifient qu’ils vont avoir beaucoup de rentrées, et généralement ça se traduit par d’importantes commandes d’armes », note M. Wezeman. Les Amériques et l’Afrique ont elles vu leurs parts décliner fortement, tombant à environ 6% respectivement. Par pays, l’Inde et l’Arabie Saoudite se partagent la première place mondiale des importations, avec 11% chacune, devant l’Egypte (5,7%), l’Australie et la Chine (4,8%). n