Dans le cadre du travail mémoriel, le président de la République française, Emmanuel Macron, a décidé de faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles relatives à la guerre d’Algérie, a annoncé, hier, un communiqué de l’Elysée.

Le chef de l’Etat français «a pris la décision de permettre aux services d’archives de procéder dès demain [aujourd’hui, ndlr] aux déclassifications des documents couverts par le secret de la Défense nationale (…) jusqu’aux dossiers de l’année 1970 incluse», est-il indiqué de même source. «Cette décision sera de nature à écourter sensiblement les délais d’attente liés à la procédure de déclassification, s’agissant notamment des documents relatifs à la guerre d’Algérie», selon le communiqué de la présidence française.
Cette annonce intervient une semaine après la reconnaissance par le président Macron, «au nom de la France», que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été «torturé et assassiné» par l’armée coloniale pendant la guerre de libération en 1957. Ce travail sur la mémoire «sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois», afin que l’Algérie et la France puissent «avancer vers l’apaisement et la réconciliation», avait-il promis, ajoutant que «regarder l’Histoire en face, reconnaître la vérité des faits, ne permettra pas de refermer des plaies toujours ouvertes, mais aidera à frayer le chemin de l’avenir».
La décision sur la déclassification des archives vient suite au rapport de l’historien Benjamin Stora sur la question mémorielle de la colonisation et de la guerre d’Algérie, qu’il avait remis au président français le 20 janvier dernier et dans lequel il préconisait l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la Guerre de libération nationale (1954-1962).
Ce rapport, rappelle-t-on, avait suscité une vive polémique à l’encontre de l’historien de la part de nombreuses organisations liées directement au dossier de la Guerre de libération nationale, des historiens et chercheurs, des intellectuels et de simples citoyens qui lui ont reproché d’avoir «occulté les crimes de la France en Algérie» et de ne pas avoir préconisé des «excuses» de la France.
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune, en réponse à une question de la presse sur les relations entre l’Algérie et la France, a fait jouer le recul et la sagesse pour recadrer le débat empreint d’une atmosphère d’hostilités explicitement manifestée par certains partis et par des intervenants sur les réseaux sociaux. Il a affirmé que les deux pays entretiennent de «bonnes relations», même s’il existe «des lobbies en France» qui œuvrent à casser ces relations. Commentant le dossier de la mémoire, il a estimé que «les bonnes relations de l’Algérie ne sauraient être au détriment de l’Histoire ou de la mémoire. Nous ne renoncerons jamais à notre mémoire qui ne peut faire l’objet de marchandage mais les choses doivent se régler intelligemment et sereinement», a-t-il souligné, ajoutant que l’Algérie «avance résolument dans le cadre des bonnes relations avec la France car cette voie est toujours bénéfique». La suite des événements a conforté les déclarations du Président Tebboune, notamment avec cette dernière décision du Président Macron assimilée par des observateurs à un geste de détente dans les relations bilatérales.
Ce sont donc autant de gestes d’apaisement qui vont dans le sens de la «réconciliation des mémoires» et la décision sur les archives «démontre que nous allons très vite», a souligné l’Elysée dans son communiqué.
Notons que la portée de la décision de l’accessibilité des archives classifiées de plus de 50 ans dépasse le cadre de l’Histoire d’Algérie et le Président français a répondu favorablement aux attentes de la communauté universitaire qui se plaignait, notamment, des «difficultés d’accès» à ces archives, en raison de «l’application scrupuleuse d’une circulaire sur la protection du secret de la Défense nationale», selon l’AFP.
Dans une tribune publiée dans un quotidien français, cette communauté a relevé «une restriction sans précédent de l’accès aux archives contemporaines de la nation», notant que «la décision de déclassifier un par un les documents de la période 1940-1970 portant le tampon ‘secret’, dont la plupart étaient pourtant accessibles à tous depuis longtemps, porte atteinte à l’accès aux sources et bloque des recherches en cours».
«Le gouvernement français a engagé un travail législatif d’ajustement du point de cohérence entre le code du patrimoine et le code pénal» afin de «renforcer la communicabilité des pièces, sans compromettre la sécurité et la défense nationale», a précisé le communiqué de la présidence française, avec, comme objectif, de parvenir à un nouveau dispositif «avant l’été 2021».
Tout en saluant les récentes décisions prises par le Président français, les autorités algériennes réclament depuis des années l’ouverture des archives coloniales ainsi que le règlement de la question des «disparus» de la Guerre de libération nationale (plus de 2 200 personnes) et celle des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.