Par Nadir Kadi
Alors que la «brouille» entre Paris et Alger se poursuit depuis près d’une semaine, suite aux propos du président français Emmanuel Macron ; ce dernier à de nouveau abordé hier la «question» de la mémoire entre les deux pays lors d’un entretien à la radio France Inter. Appelant en substance à «l’apaisement» et la poursuite du dialogue sur la question de la mémoire.
Pour rappel, les premières déclarations, rapportées jeudi par le journal Le Monde, avaient notamment laissé entendre que «l’écriture de l’histoire en Algérie» après la guerre d’indépendance avait été faite par un «système politico-militaire» basé sur «une rente mémorielle». Des propos qui avaient immédiatement suscité la colère d’Alger, d’autant qu’ils intervenaient dans un contexte déjà tendu de la «crise» des laissez-passer consulaires et des «restrictions» à la délivrance de visa aux Algériens. Et la réaction algérienne avait notamment été le rappel de l’ambassadeur à Paris dès samedi, en plus de l’interdiction du survol de l’espace aérien aux avions militaires français.
Nouvelle prise de parole qui n’a cependant pas apporté hier de nuance ou de démenti aux propos rapportés par la presse, mais au contraire, une confirmation implicite. Le président E. Macron a toutefois expliqué le contexte franco-français de ses déclarations, liées, explique-t-il en substance, à une discussion sur le projet de dialogue sur la mémoire entre les deux pays, et au sein de chaque société. Ainsi du coté français, «nous avons enclenché un travail (…) avec le rapport demandé à Benjamin Stora, la commission que nous allons lancer sur la base de ce travail» précise E. Macron, avant d’ajouter qu’il s’agit d’un «travail en profondeur avec la jeunesse française et franco-algérienne. On se dit des choses qui ne sont pas agréables pour nous-mêmes». Quant à l’état d’esprit côté algérien, il serait tout autre : «Quant la question m’a été posée sur l’accueil du rapport de Benjamin Stora en Algérie, j’ai été obligé de dire la vérité. Avec le président Tebboune, nous en avons parlé. C’est quelqu’un en qui j’ai confiance, il a eu des mots amicaux et proportionnés. Mais la contrepartie de Benjamin Stora a eu des mots extraordinairement durs». Benjamin Stora, ayant parfois été «insulté, menacé suite à ce rapport. On ne peut pas faire comme si cela n’était rien».
Quant aux «suites» que pourrait prendre ce coup de froid, et cette véritable crise diplomatique entre les deux pays, le président français, en abordant uniquement la question mémorielle, déclare : «Nous devons continuer de cheminer, mon souhait est qu’il y ait un apaisement (…) Je pense qu’il est mieux de se parler et d’avancer». Appelant plus loin à «reconnaître toutes ces mémoires» et leur «permettre de cohabiter»… «J’ai le plus grand respect pour le peuple algérien et j’entretiens des relations vraiment cordiales avec le président Tebboune». Un «travail» de mémoire qui s’annonce toutefois difficile : «Il y a toujours des désaccords», précise-t-il, faisant allusion à une histoire encore très présente. «Il y aura immanquablement d’autres tensions». «Ce ne sont que des histoires de blessures, le problème est que beaucoup de ces blessures sont inconciliables les unes avec les autres», est-il ajouté à propos des deux lectures de l’histoire de la guerre d’indépendance.
Volonté «d’apaisement» qui, du côté algérien, n’avait toujours pas été commentée dans l’après-midi d’hier. La dernière position en date est celle donnée par le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane lors de sa visite d’inspection dans la wilaya d’Oran, dans le cadre des préparatifs des jeux Méditerranéens 2022. Le chef du gouvernement a, en effet, déclaré, lundi, que l’Algérie ne saurait être affectée par des déclarations qui tentent de porter atteinte à son histoire et à ses racines. Allusion au propos rapportés par la presse sur la nature de l’Etat Algérien avant la colonisation, auxquels Aïmene Benabderrahmane répond également : «Nous n’accepterons jamais ce genre de déclarations, car l’Algérie est un peuple et une nation debout ayant marqué l’Histoire. Il suffit de se référer à Imedghassen, Massinissa et l’émir Abdelkader».
Par ailleurs, et bien qu’aucun lien factuel ne peut être fait entre les deux événements, la «brouille» et la crise diplomatique entre les deux pays, aurait également une cause plus terre-à-terre, à savoir la demande de Paris d’accélérer la délivrance de laissez-passer consulaires, indispensables à l’expulsion de ressortissants algériens présents de manière illégale sur le sol français. Une demande, non satisfaite, ou seulement de manière partielle, selon Paris. Cette situation aurait ainsi entraîné, le 28 septembre dernier, l’annonce de mesures de rétorsions sous forme de limitation de visas accordés aux Algériens. Une démarche également entreprises à l’encontre du Maroc et de la Tunisie, que les autorités algériennes avaient officiellement dénoncée en convoquant, le lendemain, l’ambassadeur de France en Algérie ; immédiatement notifié d’une «protestation formelle du gouvernement algérien» contre «une décision unilatérale du gouvernement français affectant la qualité et la fluidité de la circulation des ressortissants algériens à destination de la France».