Le vœu du regretté hadj Mohamed-Tahar Fergani ne restera pas un vœu pieu. Un vœu qui consistait en la baptisation «d’une rue, ou d’un édifice», comme il nous le répétait souvent. L’humour de hadj Fergani, voyant que son souhait ne se ferait pas de son vivant, lui a fait dire qu’il se contenterait… «d’une impasse !» Et bien, ce sera moins humide, moins sombre, plus grand et plus noble qu’une impasse.

En effet, près d’une année après son décès, survenu à Paris le 7 décembre 2016, le chanteur de l’inoubliable « Dhalma», le ministre de la Culture Azeddine Mihoubi sera l’hôte de Constantine pour l’ouverture du Festival du malouf et pour honorer la mémoire de Mohamed-Tahar Fergani, en baptisant le théâtre régional de Constantine (TRC) à son nom.
Cette baptisation n’a pas été un long fleuve tranquille, puisque Mihoubi devait déjà l’officialiser, le 16 avril passé, à l’occasion de la Journée du savoir. Seulement, une opposition farouche de plusieurs artistes et surtout pseudo artistes de la ville, a fait que la visite du ministre de la Culture et la baptisation soient «reportées». Nous avons même assisté à un sit-in des «opposants» sur les marches du théâtre, où ils ont dénoncé «le fait du prince» du ministère. «Le TRC doit rester aux comédiens, pas aux chanteurs», clamaient-ils. Tout en avouant leur admiration et leur reconnaissance à Fergani pour ce qu’il a fait pour le malouf.
On se souvient aussi que l’ex. désormais directeur du TRC Mohamed Z’tili avait participé au sit-in, «oubliant» qu’il est commis de l’Etat, et directement du ministère de la Culture auquel il s’opposait. Il payera son courage, ou son inconscience, par une résiliation de son poste de directeur du TRC, sans que la raison ne soit citée, bien sûr.
Les opposants ont proposé à la place de Fergani, pêle-mêle, les noms de Kateb Yacine, Redha Houhou et même Ben Badis, qui, comme chacun le sait ont été de «grands comédiens» de théâtre ! Du n’importe quoi.
Salim Fergani, qui était en tournée, à l’époque, à Paris, est rentré rapidement pour assister à la baptisation et apprendra à l’aéroport qu’elle a été reportée. Aujourd’hui, et sans doute échaudés par le sort de Z’tili, ces mêmes «opposants» découvrent à Fergani des talents de comédien et lui attribuent des rôles sur les planches qu’il n’a jamais tenus. Mohamed Ghernaout, un chercheur dans le domaine, nous garantira que «Fergani a bien participé à des tournées au sein de plusieurs troupes théâtrales dès les années 1940. Il accompagnait souvent le jeu des comédiens à la clarinette. Il a participé très souvent en tant que figurant, et a eu des rôles avec une ou deux courtes répliques, très rarement. Mais dire qu’il a été un comédien à part entière relève de la supercherie».
Azzedine Mihoubi, le ministre de la Culture, devra présider la cérémonie qui aura lieu au désormais ex-TRC, sous le haut patronage du président de la République pour qui hadj Mohamed-Tahar Fergani avait une immense admiration.
Cette baptisation vient à point nommé pour clore un débat qui n’aurait jamais dû naître, où plusieurs «artistes» se sont faits les porte-paroles de la famille Fergani voulant accaparer la paternité de l’action citée plus haut.