Il y a de cela une année, les valeurs du marché pétrolier amorçaient une violente chute – aussi spectaculaire que le retournement de situation vécu à la mi-2014 – affectées cette fois-ci par la psychose qui s’est emparée de certaines villes chinoises au lendemain de l’apparition de centaines de cas de Covid-19. La crise économique déclenchée par le coronavirus a été l’une des pires que l’industrie pétrolière n’ait jamais connue.

La demande de carburant s’est effondrée d’un cinquième, les prix sont tombés en dessous de zéro sur les places américaines, le baril de Brent a chuté à moins 17 dollars et les producteurs ont déversé plus d’un milliard de barils excédentaires. Une année plus tard, sous l’effet de la politique de soutien des prix au moyen d’une réduction de la production, menée par l’Opep et ses partenaires non-Opep, les cours ont repris des couleurs et les contrats à terme ont atteint un sommet jamais vu en un an, à 60 dollars le baril à Londres la semaine dernière, alors que la consommation chinoise de brut dépasse les niveaux antérieurs au virus. Cependant, les économies occidentales restent toujours fragiles et la demande de carburants – en particulier dans l’aviation – reste déprimée. Les signaux de reprises sont néanmoins de plus en plus visibles au fur et à mesure que les campagnes de vaccination s’accélèrent dans le monde, notamment dans les pays industrialisés et émergents. Cette lueur d’espoir qui pointe à l’horizon de 2021, une année après le retournement de situation de février 2020, s’apparente à du pain béni pour les majors, déstabilisées par un brut bon marché qui les a contraints de réduire la voilure et tailler dans les effectifs. Pour les Etats dont le budget dépend essentiellement de la bonne rentabilité du baril de pétrole, à l’instar de l’Irak, de l’Angola, ayant déjà sollicité l’aide du Fonds monétaire international pour faire face aux crises provoquées par la chute des prix du pétrole, la reprise des cours est une bouée de sauvetage. Même les grosses cylindrées de l’Opep, dont l’Arabie saoudite, considèrent les revenus supplémentaires comme cruciaux pour leur équilibre budgétaire. L’Algérie n’est pas en reste puisque la rechute des prix a siphonné l’ensemble des avoirs en dinar, mis les entreprises à genoux, alors que les stocks en devises n’ont jamais atteint un niveau aussi bas conséquemment au creusement des déficits jumeaux. Les contrats à court terme ont accumulé une prime considérable ; un signe on ne peut plus solide d’une reprise qui décidément ne trompe point. C’est un signe qui est d’ailleurs surveillé de près par les négociants de brut. C’est un signe qui démontre également que les raffineurs sont en train de creuser dans les énormes stocks qui se sont accumulés durant l’année précédente, une des pires crises qu’a connue le marché. Ces stocks plongent partout, des grands dépôts aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis à la flotte de pétroliers autrefois réquisitionnée pour abriter des barils qui ne trouvaient pas acheteurs même à prix négatifs.

Des signes de reprise et des inquiétudes
Autre signe d’une reprise qui ne trompe pas : les stocks mondiaux ont diminué d’environ 300 millions de barils depuis que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses partenaires ont procédé à de profondes réductions de production en mai 2020. L’Organisation prévoit d’épuiser encore 82 millions de barils ce trimestre, ramenant les stocks des pays industrialisés à leur moyenne quinquennale d’ici août. Des stocks excédentaires pèsent sur les prix du pétrole. Et l’élimination du surplus pourrait ouvrir la voie à une nouvelle reprise des cours. L’un des moteurs qui est à la source directe de cette reprise est le rebond de la consommation de pétrole, notamment en Asie. Non seulement la Chine a connu une reprise en forme de V, mais elle est de retour dans un mode de croissance significatif, ce qui alimente l’optimisme chez les investisseurs et les producteurs. En Inde, la consommation de carburant est revenue à des niveaux normaux. A cette résilience du continent asiatique est venue se greffer le temps exceptionnellement froid qui frappe d’autres continents, dont l’Amérique, et qui tire davantage la demande au pétrole. Cette vague de froid a fait grimper la demande mondiale de pétrole de 1 million de barils par jour, car la flambée des prix du gaz naturel a incité le passage aux générateurs diesel pour l’électricité. Pour ainsi dire, une année après le retournement de situation sur le marché pétrolier, celui-ci semble guérir peu à peu, mais il est loin d’être complètement rétabli. Preuve en est que la consommation mondiale de pétrole est toujours en baisse d’environ 5% à 7% par rapport à il y a un an. Même la consommation chinoise fait face à des vents contraires, car la résurgence des infections impose au gouvernement le retour à des confinements des populations. Les problèmes liés au déploiement mondial des vaccins et le risque de mutations virales plus dangereuses du virus aggravent les craintes d’une nouvelle rechute du marché. Ces préoccupations ont été largement compensées par les réductions massives de l’offre entreprises par l’Opep et ses alliés. La réponse initiale de l’Opep au choc pandémique a aggravé la crise du marché pétrolier. En mars de l’année dernière, l’Arabie saoudite et la Russie se livraient une guerre des prix qui a eu des conséquences désastreuses sur le marché. Les deux poids lourds du marché ont ensuite enterré leur hache de guerre et réduit la production d’un niveau sans précédent de 10 millions de barils par jour, soit environ 10% des approvisionnements mondiaux. L’Opep+ continue de réduire sa production d’environ 7 millions de barils par jour pendant. Pendant ce temps, les Saoudiens font une réduction supplémentaire d’un million de barils par jour en février et mars pour stimuler la reprise.