Le Fonds d’aide à la presse a été réactivé, a annoncé le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, précisant que cette décision a été prise par le Premier ministre à sa demande. Une bonne nouvelle sans doute pour l’ensemble des médias, notamment ceux de la presse écrite qui ont pâti ces dernières années d’une crise financière aiguë et rendue quasiment difficile à surmonter pour un bon nombre d’entre eux par le gel de ce fonds, en 2015.
«Indépendamment des futures ressources du Fonds d’aide à la presse, qui a été gelé en 2015 et vu ses réserves transférées au Trésor Public. Ce Fonds, et c’est là une vraie bonne nouvelle, a été réactivé sur décision du Premier ministre et à ma demande», a, en effet, fait savoir M. Belhimer dans un entretien paru hier sur le quotidien La Sentinelle. Il a, à ce propos, souligné que la presse «bénéficiera donc de deux sources de subvention directes ou indirectes, via l’Anep et ce Fonds d’aide».
Pour rappel, le premier responsable du secteur avait évoqué, début mars dernier, ce retour en indiquant que son département allait faire une proposition dans cet objectif. M. Belhimer s’adressait alors aux syndicats des journalistes qu’il avait tenté de rassurer à travers cette opération. Depuis, la situation des médias s’est davantage détériorée avec de nouvelles cessions de parution dans le monde de la presse écrite et un écran noir affiché par certaines chaînes TV qui n’arrivaient plus à poursuivre leur activité avec des caisses vides et une crise économique transformée en tunnel sans issue par l’épidémie de la Covid-19.
Quant aux journalistes qui tentent de poursuivre l’aventure en ces temps, où le professionnalisme et l’amour du métier ne suffisent plus à confectionner un journal, ils le font dans des conditions inédites, évoluant dans un «on ne sait pas de quoi sera fait demain» plus qu’éprouvant.
Le retour du Fonds d’aide à la presse pourra-t-il donc concourir à réhabiliter ce qui reste à réhabiliter du métier de journaliste ? Profitera-t-il à qui de droit, en écartant tout ce beau monde d’intrus qui se sont sucrés sur le dos de la corporation ? L’espoir mérite peut-être d’être maintenu lorsqu’on entend le premier responsable du secteur répéter régulièrement que le soutien de l’Etat à la presse passera par une série de critères qui, entre autres, visent à faire le ménage dans le secteur.
Lequel ménage sera également fait au sein des médias publics, audiovisuels et écrits confondus, a laissé entendre le ministre. C’est d’ailleurs une mise en demeure à peine voilée qu’il leur est adressée, leur rappelant que l’heure a sonné pour leur restructuration et leur mise à jour aux exigences actuelles du secteur. D’où la réorganisation «en profondeur» à laquelle appelle le même responsable, précisant qu’il s’agira pour ces médias de «se moderniser et de se transformer en entreprises organisées en portails numériques offrant des produits variés». Autrement dit, l’offre des médias publics devra évoluer de sorte à être «basée sur le texte, le son et l’image, ce qui est une règle valable pour tout le monde : presse écrite imprimée, sites électroniques, radios et télés», a-t-il insisté, non sans souligner que «cette évolution nécessaire est parfaitement conforme à la volonté et à la vision du Président de la République lui-même qui a fait de son 6e engagement pour la fondation de la Nouvelle République un pilier essentiel».
Interrogé sur un chantier de restructuration des groupes publics de communication, M. Belhimer a indiqué qu’«‘il n’est pas encore question d’un nouveau chantier de restructuration des groupes publics de communication qui aurait été lancé en bonne et due forme». Pour lui, «il s’agit à l’heure actuelle de la nomination de nouveaux directeurs généraux et présidents-directeurs généraux d’entreprises du secteur économique de la communication». Ces responsables sont chargés «d’assainir des sociétés assises actuellement sur des déséquilibres structurels, financiers et humains et qui accumulent déficits de tous genres et pertes d’argent», a-t-il dénoncé.
Dans cette logique, ils ont pour mission de «préparer à constituer à terme des groupes économiques autonomes sous l’égide du Conseil des participations de l’Etat (CPE) qui dépend du Premier ministre», a-t-il expliqué, avant de citer les entités concernées par cette opération, à savoir l’Anep, les imprimeries et les six titres de la presse écrite publique. «Une fois assainies, ces entreprises devraient se diversifier et produire de la richesse pour ne plus avoir à dépendre du budget du ministère de la Communication ou de la manne providentielle de l’Anep qui maintient notamment les six journaux publics sous perfusion financière permanente».
«En attendant, la publicité publique continuera effectivement à constituer l’essentiel des aides de l’Etat à la presse nationale dans son ensemble», a ajouté M. Ammar Belhimer. n