Acquittée le 2 janvier, suite à la décision de la Cour d’appel du Tribunal militaire de Blida, Louisa Hanoun, secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT) a donné, hier, dans une déclaration vidéo diffusée sur la page Facebook du parti, sa lecture du processus juridique qui la conduit aujourd’hui à être totalement innocentée, alors qu’elle avait été reconnue coupable de complot contre «l’autorité de l’Etat et de l’Armée». La responsable politique, remise en liberté dès février 2020 à l’issue du premier procès en appel, a en ce sens pointé du doigt un jugement et un verdict «politiques». Et d’accuser à son tour «une certaine partie» de tentative de complot contre le peuple.
En effet, dans un discours souvent ponctué de critiques, mais aussi de messages adressés au «système», réclamant notamment la «libération de tous les détenus d’opinion», Louisa Hanoun explique que l’ensemble de l’affaire qui lui a été reprochée faisait partie, selon elle, d’une réaction plus large contre les manifestations déclenché le 22 février 2019. Précisant en ce sens, en évoquant le contexte de sa réunion avec le frère du Président de l’époque, et l’ancien responsable des services secrets : «Aujourd’hui, je clarifie encore les choses. Le 26 mars, il y a eu un complot contre le processus révolutionnaire, l’objectif était de voler la victoire du peuple qui a réussi à faire démissionner Abdelaziz Bouteflika (…) On a voulu faire croire que cette démission était le résultat d’une certaine intervention.» La responsable politique ajoute ici que l’objectif pour «cette partie» qu’elle ne nommera pas, était d’éviter le «départ de tout le système» et le passage à une «deuxième république».
La responsable du PT souligne également que ce nouveau jugement «fait tomber toutes les accusations de complot contre l’Etat et l’Armée ou toutes tentatives de coup d’Etat». L’une des «véritables» raisons des accusations portées contre elle aurait été la position de son mouvement. «Je ne suis jamais revenue sur mes déclarations, j’ai réitéré les positions du parti sans concession, j’ai rappelé notre programme, la nature de socialiste de notre parti, nos principes, nos combats pour la souveraineté du peuple». L’objectif de sa condamnation étant ainsi de museler l’espace public. «Ceux qui ont planifié ce complot ont utilisé la répression, ils ont commencé avec moi comme responsable politique, ils ont voulu faire taire toutes les voix.» Ces mêmes personnes «ont réussi», selon Hanoune, «à gagner du temps pour le système, ils ont réussi grâce aux médias, à leurs mensonges. Mais ils n’ont pas réussi à casser l’esprit révolutionnaire, même si le confinement a limité la mobilisation».
Laissant entendre, dans cette même logique, qu’elle considère l’ensemble de cet «épisode» comme une conséquence de son action et de ses positions politiques : «Je savais que je ne resterais pas en prison (…) La vérité devait sortir. Le dossier était politique dès le premier jour, même les questions que l’on me posait étaient politiques». La secrétaire générale du PT explique, également, que ses proches et les militants de son parti la considèrent aujourd’hui comme «politiquement renforcée». Elle-même, sur une note plus personnelle, aurait toutefois été surprise par la lourdeur du premier verdict de 15 ans de prison «lors du jugement comme durant les autres, j’avais la conscience tranquille (…) Quand on m’a condamné à 15 ans de prison, tout le monde pensait que j’allais m’évanouir. Je dois dire que j’ai ri, et ce n’était pas un rire nerveux. Ce verdict dépassait la fiction».
Responsable qui fait par ailleurs le lien entre sa situation et celles «des autres prisonniers d’opinion et politiques», Louisa Hanoune déclare : «J’espère que cette décision marque le début d’un large processus rectificatif de la politique et dans le domaine des droits démocratiques». Elle a également demandé hier au président de la République Abdelmadjid Tebboune de «donner l’ordre» : «J’ai recouvré toutes les conditions juridiques de la libération, mon casier judiciaire est vierge (…) mais du point de vue politique je ne me sens pas encore totalement libre, ce sera le cas quand tous les prisonniers d’opinion et politiques seront libres. Si le Président veut montrer ses bonnes intentions, je lui demande de donner l’ordre de les libérer».
Le même discours aura été, sur un autre registre, l’occasion pour la responsable d’aborder la situation économique et sociale actuelle, décrite en substance comme «catastrophique», en tenant notamment pour preuve qu’il «a été dit que, durant le dernier Conseil des ministres, le Président n’était pas totalement satisfait de la situation. Si seulement il y avait une moitié de positif». Louisa Hanoun estime ainsi que «les causes du 22 février sont toujours là, elles sont même multipliées et approfondies avec les problèmes sociaux, économiques et en termes de droits et de libertés». Cette année 2021, explique-t-elle, «sera l’année des combats, du militantisme des travailleurs, des jeunes, des étudiants pour les droits et libertés démocratiques. Il s’agit de défendre les fondements de la nation, sa souveraineté contre les dangers intérieurs et extérieurs». La responsable du PT a demandé, hier, au gouvernement de revenir sur certaines dispositions en matière de gestion économique, en appelant à «suspendre la décision d’ouvrir le capital des banques et la destruction du secteur public (…) Au contraire, il faut le sauver, c’est lui qui est toujours en première ligne. La propriété collective est inaliénable (…) J’ai entendu dire qu’ils veulent ouvrir le capital aux Algériens mais aussi aux investisseurs étrangers». n