Habitué aux frasques en tout genre du Président américain, le monde de la finance, de la politique et de la santé n’a été qu’à moitié surpris de sa décision inique de cesser toute collaboration financière à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais que cela vienne en plein «boum» de la crise mondiale sanitaire, liée au coronavirus, on mesure le degré d’atteinte décisionnel du locataire de la Maison-Blanche.


Se croyant sûrement encore animateur d’une émission télé américaine aussi insipide que la couleur de ses cheveux, le Président Trump s’était illustré par son fameux «you’re fired !» (Tu es viré !), réplique qu’il adressait aux candidats perdant dans son show. Cette fois, le «you’re fired» adressé à l‘OMS aurait prêté à rire, si l’Organisation mondiale de la santé n’était pas en pleine crise sanitaire et… financière aiguë.
Les arguments tout trouvés de Trump ne satisferaient pas un gosse de dix ans, «mauvaise gestion» et «dissimulation», mais bon, puisque son pays détient encore la corde de la majorité des bourses à contributions de pas mal d’organisations, Unicef, OMS, ONU, UNHCR, et bien d’autres, «la blague» de Trump risque de laisser des traces, comme elle en a laissé sur la contribution de 200 millions de Dollars retirée à l’Autorité palestinienne.
Mais connaissant le tempérament Wall Street de Donald Trump, ce dernier réagit exactement avec un credo à la chienlit des pires capitalistes : «Je suis là pour faire des affaires, et il faut que ce soit toujours moi qui gagne». On se rappelle que Trump a tout fait pour saborder les efforts de l’Opep + à garder un prix «digne» du baril de pétrole. Il a réussi au-delà de ses espérances, puisque la maison du cartel pétrolier et ses «amis» avaient craquelé de toutes parts et le prix du pétrole partait en vrille menaçant l’économie mondiale. Seulement à trop jouer avec le pétrole, on risque de se brûler, et les premières victimes du show de Trump ont été les petites compagnies américaines produisant le pétrole de schiste. Eh oui, un baril à moins de 45 dollars n’arrange pas les Américains car le coût du baril dépasserait de loin son prix de vente. Et là, le monde a redécouvert en Trump le «sauveur» du secteur, s’imposant comme «arbitre» entre la Russie et l’Arabie Saoudite qui se faisaient une guerre féroce pour le contrôle du marché de l’or noir.
Consternation internationale
Pour l’OMS, Trump se comporte aussi en enfant gâté à qui l’on a cassé son jouet. Crime de lèse-majesté, l’Organisation mondiale de la santé a «félicité» la Chine pour sa gestion du Covid-19 et sa disponibilité pour mettre à la disposition du monde entier ses recherches sur la possibilité d’un traitement ou d’un vaccin. Là, Trump, qui se frottait les mains en exhortant, presque en menaçant, les capitaines de l’industrie du médicament américaine à trouver la parade au coronavirus et «à sauver le monde», traduire par «se remplir les caisses» de l’ex-première puissance mondiale.
Refusant aussi de se plier aux recommandations sanitaires de l’OMS, Trump a été très vite débordé par le virus, lui, qui est en pleine campagne électorale, qui ne dit pas son nom, pour 2020, et espérait retirer que des bénéfices pour sa réélection. Les chiffres du chômage et de l’économie plaidant pour lui, Trump a en quelques semaines perdu tous ses repères, tous les chiffres qui faisaient sa fierté passant au rouge. Les seuls chiffres qui maintiennent les Etats-Unis sur la première marche du podium sont le nombre de contaminés, le nombre de morts, le record de décédés pour une seule ville et les enterrements dans des fosses communes. Nous vous épargnerons les chiffres, car personne ne peut se délecter du malheur des autres. A part le champion du «you’re fired» peut-être.
Les réactions à l’incartade de Trump n’ont pas tardé à fuser, allant de l’étonnement à l’incrédulité, en passant par les insipides «regrets» de la France, elle aussi complice de Trump dans la théorie du complot contre la Chine.
La «seule préoccupation de l’OMS est d’aider à sauver des vies» et à «mettre fin à la pandémie de Covid-19», a répliqué le Directeur général de l’agence onusienne, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sans mentionner explicitement la décision américaine.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, de son côté, estime que «n’est pas le moment de réduire le financement des opérations de l’OMS ou de toute autre institution humanitaire combattant le coronavirus. Il sera toujours temps d’étudier par la suite comment ont réagi tous ceux qui ont été impliqués dans la crise».
La Chine, au banc des accusés par les Etats-Unis et la France, et que Trump voudrait au ban de la communauté internationale, a révélé sa «vive préoccupation». Cette décision allait «affaiblir les capacités de l’OMS et miner la coopération internationale contre l’épidémie».
Nettement plus mesurée, la déclaration du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, qui «regrette profondément la décision américaine, estimant que les efforts de l’OMS sont plus nécessaires que jamais pour aider à contenir et à réduire la pandémie».
La France… «regrette»
L’Allemagne, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, en la curieuse absence de réaction de la chancelière Merkel, pense qu’«un des meilleurs investissements est de renforcer les Nations unies, en particulier l’OMS, qui est sous-financée, par exemple pour le développement et la distribution de tests et de vaccins», et que «blâmer n’aide pas».
Son coq soudain aphone, la France «regrette» la décision américaine, selon la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, une Franco-Africaine, que l’on envoie souvent au casse-pipe quand il faut procéder par des généralités.
Plus ferme, son Premier ministre venant tout juste de sortir de son confinement, le Royaume-Uni «n’a pas l’intention d’arrêter de financer l’OMS, qui a un rôle important à jouer pour mener la réponse sanitaire mondiale», selon le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson. Et de poursuivre qu’«il est essentiel que les pays travaillent ensemble pour contrer cette menace commune».
La Russie n’y va pas par quatre chemins en dénonçant une «approche très égoïste» de la part des Etats-Unis et la qualifiant de «très alarmante».
Le mécène et patron de Microsoft, Bill Gates, un des principaux bailleurs de fonds privés de l’OMS, surtout pour la vaccination des enfants en Afrique, a jugé la décision de son Président de «dangereuse (…) pendant une crise sanitaire mondiale», appréciant que «si le travail (de l’OMS) est arrêté, aucune autre organisation ne peut la remplacer. Le monde a besoin de l’OMS». Enfin, la voix de l’Afrique que certains «scientifiques» français veulent comme terrain d’essai pour un éventuel nouveau vaccin, et par le biais du président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, juge la décision américaine de «profondément regrettable, et plus que jamais, le monde dépend de la capacité de leadership de l’OMS pour diriger la lutte contre la pandémie de Covid-19». Encore une fois, l’ennemi de la santé, Donald Trump, foule aux pieds les règles les plus élémentaires de coopération internationale contre un danger sanitaire, lui, qui a abrogé l’Obama Care pour ses compatriotes, faisant du système de prise en charge sanitaire américain le plus pourri au monde.<