Les propos tenus par Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, à propos d’un éventuel gazoduc reliant le Nigeria à l’Europe via le Maroc, est une véritable douche froide pour les promoteurs de ce projet.

Par Hakim Ould Mohamed
Après plusieurs mois de forcing diplomatique et médiatique auprès des Européens, ces derniers disent niet. L’Union européenne «n’a pas demandé le transfert de gaz du Nigeria via le Maroc», a affirmé Josep Borrell, lors d’une visite effectuée au Maroc. La réponse du diplomate européen est sèche et ne souffre d’aucune ambigüité. Depuis l’université euro-méditerranéenne de Fès où il était invité, Josep Borrell n’est pas allé par trente-six chemins pour dire la position de l’Union Européenne à propos de ce prétendu projet: «si le projet est destiné seulement à transporter du gaz vers l’Europe, nous en serons ravis, mais nous ne l’avons pas demandé».
Assurément, les Marocains ne s’attendaient nullement à cette réaction peu accommodante, alors que le Maroc tentait depuis quelques mois déjà de couper l’herbe sous les pieds de l’Algérie qui a déjà conclu des accords pour une interconnexion avec le Nigeria via un gazoduc et qui offre de biens meilleurs avantages comparatifs dans l’exportation de gaz à destination du Vieux Continent. En effet, en juillet dernier, l’Algérie a signé avec le Nigeria et le Niger un mémorandum d’entente pour une interconnexion en pipelines et entend, à terme, acheminer plus de 30 milliards de m3 par an de gaz naturel depuis le Nigeria. Avec les deux gazoducs déjà opérationnels, à savoir l’Enrico Mattei et le Medgaz, dont les études de reconversion au transport de l’hydrogène devaient être lancées en ce début 2023, l’Algérie offre de meilleurs avantages que les fournisseurs actuels et potentiels de l’Europe, exception faite de la Russie, plus grand fournisseur de l’Europe en gaz. Et comme les Européens veulent se détourner du gaz russe, l’Algérie s’impose comme une alternative sérieuse et fiable sur les tablettes des Européens, notamment avec l’interconnexion prévue avec le Nigeria qui permettrait d’acheminer d’importants volumes une fois le gazoduc opérationnel. Mieux, l’Algérie entend relancer le projet d’un troisième gazoduc la reliant à l’Europe. En effet, en plus du gazoduc Enrico Mattei et du Medgaz, l’Algérie n’écarte pas l’éventualité de relancer le projet du gazoduc GALSI la reliant à la Sardaigne. Cette annonce a été faite, début décembre, par le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, lors de sa participation, à Rome, à la 8e édition du Forum de haut niveau pour le dialogue en Méditerranée (ROME-MED). «Nous sommes aussi attentifs aux besoins de nos clients, et disposés à relancer et à réactualiser les études du gazoduc GALSI, reliant l’Algérie à la Sardaigne», a indiqué le ministre de l’Energie et des Mines, expliquant à la même occasion que la réalisation de ce second gazoduc «permettra à l’Italie de renforcer son rôle de hub gazier européen». Plus récemment, le ministre a indiqué, dans une interview accordée au magazine allemand «Der Spiegel», que «notre pipeline est plus sûr et plus viable économiquement. Tandis que l’autre pipeline (Nigéria–Maroc), qui traverse 12 pays sur une distance de plus de 6000 km, est plus complexe et illimité». Plus explicite sur le sujet, Mohamed Arkab a précisé que «le financement de ce projet (gazoduc Nigéria-Maroc) est également flou», soulignant, à la même occasion, que «l’Algérie possède les ressources et la volonté de financer une grande partie du gazoduc transsaharien (TSGP)». En plus de la viabilité économique du gazoduc, l’Algérie envisage d’exporter de l’hydrogène à destination de l’Europe, dans une stratégie de diversification, à terme, de ses exportations en produits énergétiques, mais aussi en réponse aux nouvelles ambitions de l’Europe, lesquelles consistent à donner la part belle aux énergies nouvelles dans leur mix énergétique. La reconversion du Medgaz au transport de l’hydrogène et les accords conclus récemment avec l’Allemagne, dont l’objectif est de développer la filière hydrogène en Algérie, procurent au pays une place de choix dans les futures politiques énergétique de l’Europe. n