La libération de Louisa Hanoune permet désormais à la « pasionaria » du Parti des travailleurs de retrouver sa famille politique et de renouer avec le combat qu’elle mène depuis plus vingt ans en tant que cheffe de parti. Sortie de prison, elle retrouve ses marques et son champ d’action. Seule différence, mais de taille : elle le fait avec la réputation certes très discutable, mais ancrée dans l’imaginaire collectif algérien et du Hirak en particulier, d’avoir eu des contacts secrets et une proximité avancée avec le cœur du régime bouteflikien sur une scène nationale qui a beaucoup changé depuis son séjour carcéral. On comprend dès lors pourquoi elle et son parti réclament qu’elle soit acquittée purement et simplement.

Le verdict du procès en appel des accusés jugés lundi au tribunal militaire de Blida a été heureux pour Louisa Hanoune, condamnée à trois ans de prison dont neuf mois fermes, soit la période qu’elle a passée dans la prison militaire de Blida.
Un dénouement heureux pour la cheffe du Parti des travailleurs (PT) dont l’incarcération, il y a 9 mois, avait suscité une vague d’indignation chez plusieurs formations politiques, notamment du courant démocratique, alors que d’autres traitaient avec prudence cette issue.
Les premières images de Louisa Hanoune la montrent épuisée par le séjour carcéral, mais dont la hargne et la verve n’ont pas été atteintes. Preuve en est, sa première phrase à sa sortie de prison.
« Ma libération ne sera totale que quand il ne restera plus aucun détenu d’opinion», a-t-elle dit dans ce qui constitue une plaidoirie pour les détenus d’opinion. Mais plus que sa défense des autres détenus, Louisa Hanoune ne plaide pas moins son «acquittement pur et simple» récusant ainsi le jugement pour lequel elle ferait appel afin de pouvoir revenir sur la scène politique, un terrain duquel elle a été éloignée avec tout ce que cela cause comme frustration en plus, bien entendu, de sa privation de la liberté pendant près d’une année.
On l’aura ainsi compris que la militante de gauche ne compte pas lâcher prise même après la dure épreuve qu’elle vient de subir. Tout comme sa formation politique qui parle d’un « procès politique avec un verdict arrangé ». Un avis que la direction du PT légitime par la requalification des accusations retenues contre la secrétaire générale du parti. « Après neuf mois d’emprisonnement arbitraire, le tribunal militaire de Blida, qui a abandonné les deux chefs d’inculpation ‘‘complot contre l’autorité de l’Etat’’ et ‘‘atteinte à l’autorité de l’armée’’, pour lesquels il avait condamné Hanoune à 15 ans de prison ferme en première instance, a requalifié l’accusation pour ‘‘non dénonciation d’une réunion secrète’’ et a décidé d’une peine de 3 ans de prison dont 9 mois fermes pour ce nouveau chef d’accusation », fait remarquer la direction du PT.
Signe d’une détermination militante, le PT et Louisa Hanoune promettent d’ores et déjà de mener campagne « pour la libération de tous les détenus politiques et d’opinion comme partie intégrante de la lutte pour la démocratie menée par le peuple algérien depuis février 2019». Or, la mission de reconquérir politiquement la rue « accaparée » par le mouvement populaire est loin d’être une formalité pour une Louisa Hanoune qui semble avoir bien compris que la tâche qui l’attend sera difficile. Preuve en est qu’elle a tout de suite pris la précaution d’affirmer que la combat qui commence pour elle est de militer pour la libération des détenus, un sujet à très haute valeur politique ajoutée en ces temps de débats et de polémiques concernant la libération des détenus politiques et d’opinion. Et en récusant le verdict de la justice militaire, qui si elle l’a libérée ne l’a pas moins condamnée, ce qui laisse planer sur elle et les faits qui lui sont reprochés une ambiguïté qui n’est pas en sa faveur.
Notamment pour un PT, dont les relations avec le Hirak sont elles-mêmes complexes à déchiffrer, voire ambiguës – il ne semble pas que le mouvement populaire l’ait hisser sur les panthéons des héros et des personnalités qu’il n’a cessé de scander depuis le 22 février – et dont des Algériens reprochent à ce parti son «soutien critique» au règne de Bouteflika pendant de nombreuses années.
Aujourd’hui que les contacts de la première responsable du parti avec des voix du système, Saïd Bouteflika, Toufik Mediene et Bachir Tartag dans le présent cas, sont avérés, ce qui n’est pas condamnable du point de vue de la loi, mais qui ont coût politique à assumer, nul doute que le PT aura de la difficulté à sortir indemne politiquement. Circonstances aggravantes, cela arrive au moment où les formations politiques ont été toutes mises à rude épreuve par la séquence de révolte citoyenne ouverte par le mouvement populaire le 22 février de l’année écoulée. Une séquence qui a réduit les partis à accompagner un mouvement sur lequel ils n’ont aucune emprise.
En tout état de cause, la libération de Louisa Hanoune, si elle constitue une heureuse nouvelle pour la classe politique, notamment celle proche des valeurs du PT, n’en mettra pas moins à l’épreuve le parti appelé à armer son argumentaire pour convaincre les populations. L’agenda politique qui annonce des législatives anticipées et des élections locales juste après sera le baromètre de popularité pour le parti et l’ensemble de la classe politique.