Le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum semble au four et au moulin dans l’épineux dossier libyen. Il s’est rendu hier à Tripoli, en Libye, durant laquelle il a rencontré Fayez Al-Sarradj, chef du Gouvernement national libyen (GNA). Une rencontre où il a été question de la cessation de la violence et du refus de toute intervention étrangère dans un conflit qui menace toute la région.
Sabri Boukadoum venait juste de prendre part, dimanche à Munich, en Allemagne, à la première réunion du Comité international de suivi de la Conférence de Berlin sur la Libye. Au cours de la réunion, de nombreux intervenants, notamment le co-président de la conférence, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, ainsi que la représentante des Nations unies « ont salué l’initiative de l’Algérie, qui a organisé à Alger, le 31 janvier 2020, une rencontre sur la Libye avec les pays voisins ». Boukadoum a réitéré la position de l’Algérie sur le dossier libyen, insistant sur « une solution qui ne peut être que politique ». Dans son intervention, Boukadoum a rappelé la capacité des Libyens « à dépasser leurs divergences sans ingérence extérieure ».
Le ministre a en outre lancé un appel pour « un appui de la communauté internationale aux efforts visant à permettre au peuple libyen de sortir de cette crise, qui affecte durement ce pays voisin et dont l’impact se fait ressentir bien au-delà de ses frontières ».
Le chef de la diplomatie algérienne a également réitéré « l’entière disponibilité » de l’Algérie à accompagner les Libyens dans « le processus de dialogue et de règlement politique, tout en restant à équidistance de toutes les parties et avec le même degré de franchise et de confiance ».

L’embargo sur les armes non respecté
Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas s’est félicité de la poursuite des pourparlers entre les protagonistes de la crise en Libye. Les belligérants se sont mis d’accord à Genève, au terme de la première session de pourparlers, sur la nécessité d’aboutir à un cessez-le feu durable en Libye. « La bonne volonté ayant animé les deux parties, lors de cette première session, en vue d’aboutir à un cessez-le-feu a motivé la Manul (mission des Nations unies) de proposer une nouvelle date pour la poursuite des pourparlers », a d’ailleurs indiqué l’ONU. Lors de cette première session des pourparlers, les parties libyennes ont admis la nécessité de transformer la trêve en vigueur en Libye en un cessez-le-feu durable même s’il subsiste quelques « points de divergence », selon l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé. Lors de la Conférence internationale sur la Libye, tenue le 19 janvier à Berlin, il était question notamment du respect de l’embargo sur les armes en Libye et de la non-interférence dans les affaires intérieures du pays en crise depuis l’intervention de l’Otan en 2011. Selon les représentants d’une douzaine de pays ayant pris part à la Conférence sur la sécurité à Munich, des violations de l’embargo sur les armes sont toujours commises par « certains pays ». Les violations de l’embargo sur les armes ont été à l’origine de la « violation » du cessez-le feu en vigueur, a admis Stéphanie Williams, adjointe de l’émissaire de l’ONU pour la Libye. Pour cette dernière, la situation reste particulièrement préoccupante sur le terrain, « plus de 150 violations ont été recensées, et le peuple libyen continue de souffrir, la situation économique continue de se détériorer, exacerbée par le blocus des installations pétrolières » ajoutera-t-elle.

Un stock non contrôlé
La Libye possède « le plus grand stock de munitions non contrôlées au monde », en raison de la poursuite des combats et des violations de l’embargo sur les armes dans ce pays, a déclaré hier un autre responsable de l’ONU. Citant de récentes conclusions du service de l’action antimines de l’ONU, Yacoub El Hillo, représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, a indiqué qu’environ 150 000 à 200 000 tonnes de munitions incontrôlées se trouvent actuellement sur le territoire libyen. Si l’on ajoute le grand nombre de drones survolant le ciel, l’inquiétude s’impose. Le pays constitue « le plus grand théâtre du monde pour l’utilisation de la technologie des drones », estime El Hillo, pour qui « tout le monde a quelque chose qui vole dans le ciel libyen ». En parallèle, le deuxième round des réunions du Comité militaire libyen mixte « 5+5 » se tient à Genève pour tenter de maintenir le respect d’un cessez-le feu toujours précaire. Les Nations unies ont exprimé l’espoir de transférer un message responsable et sérieux aux prochaines négociations politiques libyennes prévues le 26 février. Le premier round des réunions de cette commission militaire mixte avait été tenu du 3 au 18 février. Des pourparlers qui engagent cinq officiers supérieurs représentants le GNA et cinq autres officiers nommés par « l’Armée nationale libyenne » de Haftar.