La rencontre du chef du parti islamiste le Front pour la justice et le développement (FJD), Abdallah Djaballah, avec le président Abdelmadjid Tebboune, a replacé les mesures d’apaisement pour un véritable dialogue au centre des débats.

Le président d’El Adala a insisté auprès du chef de l’Etat sur la revendication portant « libération des détenus d’opinion interpelés pour avoir soutenu et participé au Hirak », appelant M. Tebboune à « protéger » la révolution populaire des tentatives visant à l’affaiblir. Pour Abdallah Djaballah, précisait hier son parti dans un communiqué, « le Hirak est une occasion historique pour faire rentrer l’Algérie dans l’ère des libertés individuelles et collectives et être au diapason des systèmes développés au monde ». Considérant le dialogue comme « choix idéal et efficace » pour sortir de la crise, le leader du FJD a expliqué au chef de l’Etat, qui s’est lancé dans une série de consultations politiques d’acteurs et de personnalités nationales autour des réformes à mener, que « les difficultés de la situation générale du pays, connectées à ce qui se passe en Libye notamment, ne permettent pas de perdre plus de temps ». Il faut donc « commencer à satisfaire les revendications légitimes du peuple exprimées à travers sa révolution pacifique depuis le 22 février 2019 », a-t-il plaidé.
S’agissant du projet de révision de la Constitution, Abdallah Djaballah a appelé à l’élaboration d’un texte consensuel qui réponde aux aspirations de l’Etat tracé par la proclamation du 1er novembre 1954, un Etat qui consacre la démocratie participative. Comme il a soutenu l’idée de passer par un référendum, avertissant que toute tentative d’isoler le peuple dans la prise de décision condamnera le projet à l’échec. Plus encore et au registre du rétablissement de la confiance entre le peuple et le pouvoir, le chef d’El Adala appelé à « écarter tous les corrompus et autres acteurs politiques qui ont participé à la crise qu’a connue le pays », sans pour autant nommer ses cibles. Mais, il est clair que le vieil islamiste visait les partis du pouvoir, notamment le FLN et le RND, que le Hirak ne cesse de dénoncer lors des marches.

« Écarter les symboles de l’ancien régime »
En tout état de cause, le déplacement au palais d’El Mouradia de Djaballah qui, à un moment du Hirak avait réussi à réunir un grand nombre de partis d’opposition et de personnalités autour de ce qui était appelé « Forces du changement », ne peut qu’accréditer la feuille de route du chef de l’Etat, à la recherche d’un consensus national des composantes politiques. A l’exception des partis du PAD (FFS, RCD, PT, PST, UCP, MDS et LADDH), M. Tebboune a déjà fait bonne impression chez d’autres formations politiques, à l’image de Talaie El Hourriyet et du MSP, deux partis reçus il y a quelques jours. Abderrezak Makri a même parlé de « visions rapprochées sur les réformes à mener », citant entre autres la nécessité d’aller vers des législatives anticipées après la révision de la Constitution et l’amendement du Code électoral. Une revendication réitérée par Abdelkader Sadi, président par intérim de Talaie El Hourtriyet, mais qui met l’accent sur le caractère « urgent » de ces élections pour arriver à « une Assemblée légitime qui donnera de la crédibilité à la révision constitutionnelle ».

Des défis à relever
A l’instar de Djaballah, la libération des détenus d’opinion a été défendue par Makri, Sadi et bien d’autres reçus au palais d’El Mouradia dans le cadre des mesures d’apaisement promises par le Président. C’est dire que si pour Abdelmadjid Tebboune, ces rencontres avec les chefs de partis politiques, après avoir invité des personnalités nationales, sont une occasion pour marquer des points auprès de l’opinion publique, il n’en demeure pas moins que pour ses hôtes, c’est l’occasion de mettre l’accent sur les questions que pose le Hirak depuis une année. Les libertés, la démocratie, la restitution de la parole au peuple et l’exclusion des symboles de l’ancien régime sont autant de points soulevés et mettent le pouvoir devant ses responsabilités. Et c’est là le défi du Président qui aura à démonter à travers la mouture du texte de révision constitutionnelle sa volonté d’aller vers l’instauration d’une démocratie en Algérie comme il l’a lui-même annoncé et promis.