Lors de sa visite de travail dans la 4e Région militaire, à Ouargla, en début du mois, le chef de l’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah avait estimé qu’il était «opportun de convoquer le corps électoral le 15 du mois de septembre courant». Aujourd’hui, tout porte à croire que l’on sera dans les délais fixés.
La machine électorale est mise en marche et rien ne semble en mesure d’arrêter la volonté du pouvoir à appliquer sa feuille de route d’organisation de l’élection présidentielle vers la fin de l’année 2019, pour sortir de la crise.
Il suffit de voir la rapidité avec laquelle les deux projets de lois relatifs à l’amendement du code électoral et à la création de l’autorité indépendante des élections ont été proposés pour se rendre compte que le processus est bel et bien lancé. Dernière étape des préparatifs à ce rendez-vous, l’adoption par le Parlement desdits textes. A l’APN, cela a nécessité deux jours, soit hier et aujourd’hui. Même la commission des affaires juridiques n’a pas jugé utile d’apporter, ne serait-ce qu’un amendement aux moutures présentées par le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati.
Pour sa part, le président de l’Assemblée populaire nationale (APN) a estimé que les deux projets revêtaient un caractère « urgent » au vu du règlement intérieur de l’APN. D’après Slimane Chenine, «cette urgence est basée sur la réalité que vit notre pays», et la persistance de la crise «nous a obligés à faire preuve de souplesse en termes de délais requis pour étudier les deux projets de façon à aider à sortir le pays de sa crise et mettre en place les garanties adéquates pour l’organisation de l’élection présidentielle», a-t-il appuyé. Passée cette phase, le Sénat se met de la partie, puisque c’est demain que la chambre haute du Parlement va débattre et voter les deux projets. Pour « la bonne cause », les sénateurs se voient ainsi obligés de travailler un vendredi. Ce qui est vraiment rare pour cette institution.
Ainsi donc va s’achever, comme prévu par le pouvoir, la préparation de l’élection présidentielle qui devrait avoir lieu automatiquement vers la fin de l’année, c’est-à-dire trois mois après la convocation du corps électoral. Mais, au-delà, c’est l’incertitude. En effet, au septième mois du Hirak, rien n’indique que le peuple algérien est totalement acquis à l’idée d’aller voter pour élire un nouveau président de la République. Au 29e vendredi, le slogan « makach intikhbat ya el issabat » avait encore retenti. Et l’adoption de ces deux textes de lois risque de se heurter au mouvement populaire qui semble déterminé à poursuivre sa marche pour le changement radical du régime. Certes, il peut s’agir de « garanties » de transparence des élections, comme le défend le pouvoir.
Mais, force est de constater que le contexte n’est pas assez apaisé pour permettre le déroulement d’une consultation électorale. La classe politique, les organisations de la société civile continuent d’insister sur d’autres points, notamment la libération des détenus d’opinion, dont les porteurs de l’emblème amazigh, le respect des libertés de manifestation et de rassemblement et l’ouverture des médias. Plus que ça, le départ du gouvernement de M. Noureddine Bedoui est parmi les exigences de la classe politique, voire même du panel de Karim Younès, qui a mené le dialogue à l’issue duquel les deux textes de lois ont été élaborés. A cela s’ajoutent les plateformes de sortie de crise adoptées par différentes parties, surtout au sein de l’opposition. D’un côté, les forces du changement, qui s’attachent à la déclaration de Aïn Benian du 6 juillet, et qui s’articule sur une série de mesures avec le départ de tous les symboles du régime, avant d’aller vers une présidentielle. De l’autre, les forces de l’alternative démocratique qui insistent sur un processus constituant. Sans oublier les dynamiques de la société civile qui tentent de rapprocher les deux visions. C’est dire que même si le pouvoir arrive à programmer une autre élection présidentielle, après celles du 18 avril et du 4 juillet avortées, la question pendante restera de savoir si le peuple et la classe politique sont prêts à suivre ? En tout état de cause, une telle démarche n’est pas gagnée d’avance et ne sera sûrement pas sans conséquences pour la suite des événements. En attendant la réaction de la rue et des acteurs politiques, d’ores et déjà, les appels au rejet d’un autre scrutin sont lancés sur les réseaux sociaux. Ce qui n’est pas pour arranger l’agenda de sortie de crise du pouvoir.