L’entreprise portugaise ACA Engenharia SA, chargée de la réhabilitation du complexe touristique Tipasa-Village (ex-CET), a laissé dans le désarroi une cinquantaine d’entreprises sous-traitantes algériennes, qui dénoncent et crient à qui veut les entendre la situation financière désastreuse due aux impayés dont ils sont victimes.

de Tipasa, Seddiki Djamila
Les responsables de plus d’une cinquantaine d’entreprises se sont donné rendez-vous, mercredi dernier, à l’entrée du complexe Tipasa-Village, qui a ouvert ses portes récemment, pour exprimer leur désarroi et attirer l’attention des responsables sur leur situation marquée par les impayés des travaux effectués pour le compte de l’entreprise portugaise. Cette dernière, selon eux, ne donne plus signe de vie et ses responsables, détachés en Algérie, sont tous partis depuis le déclenchement du Hirak et suite à la crise sanitaire. Les protestataires rencontrés se disent désemparés, ne sachant à quel saint se vouer, le seul interlocuteur qui reste est l’EGT Tipasa, qui dit ne pas être concernée, car il n’y a aucun lien qui la lie à ces sous-traitants algériens. Ces derniers ont signé leurs contrats avec ACA qui, apparemment, s’en lave les mains, puisqu’elle a déjà quitté le pays laissant derrière elle de nombreuses malfaçons et autres réserves techniques. Les protestataires, qui disent avoir fait appel à la justice pour régler le différend qui les oppose à ACA, qui les a confortés dans leurs droits, sont déterminés à aller jusqu’au bout «en faisant pression sur l’EGTT pour régler leurs factures impayées». Ces travaux ont consisté, selon chaque cas, en terrassement, maçonnerie, implantation de végétation, réalisation de piscines, d’un horse club, d’équipements cuisines, portes-fenêtres, aménagement de la forêt récréative, etc. Selon nos interlocuteurs, les Algériens qui ont travaillé à 100% dans ce projet ont eu les quatre derniers mois des situations financières difficiles à cause des factures impayées dont certains ont perdu tout leur capital.
«Désemparés, perdus sans perspective pour nos entreprises et nos travailleurs»
«Les Portugais sont partis et pris l’argent avec eux, déplorent-ils, nous laissant face à un vide et des interlocuteurs inexistants.» Le Directeur général de l’EGTT par intérim, expliquent-ils à Reporters, qui les a reçus à leur demande, «reconnaît que nous avons travaillé, mais se dit non concerné par le problème, puisque l’interlocuteur des sous-traitants est l’entreprise ACA réalisatrice des projets». Les témoignages étaient nombreux sur les difficultés financières qu’ils traversent et nombre d’entre eux se disent solidaires de leurs collègues qui sont pris à la gorge avec des dettes. L’un d’eux, disent-ils, est même parti à l’aventure en prenant un bateau clandestin pour échapper à ses créanciers qui le menaçaient.
Les représentants de la cinquantaine d’entreprises réparties entre fournisseurs et sous-traitants expliquent que c’est l’entreprise portugaise qui a les a contactés après un appel d’offres qui a retenu les mieux disant. Selon leurs propos, tout s’est bien passé jusqu’à mai 2019. Depuis cette date, aucune de nos factures n’a été honorée par ACA (90% des travaux achevés). Un des présents au rassemblement du CET Tebbal Boudjemaâ, fournisseur en articles, explique que leur ressentiment est grand. C’est le cœur gros qu’ils racontent que les travaux «ont été faits par des Algériens et les Portugais ont, seulement, encadré les travaux et la réalisation». Ce qui justifie que, faute de paiement, «tous les fournisseurs et sous-traitants ont arrêté de travailler, après mai 2019. Les responsables de l’EGTT les ont, par la suite, contactés pour leur demander de poursuivre le travail en promettant qu’ils seront tous payés à la fin de l’année, arguant que c’est un projet important pour le pays et qu’il ne fallait pas l’entraver. Malheureusement pour eux, entre temps, les dirigeants de l’entreprise sont allés en prison, les comptes de l’EGTT sont bloqués et nous, depuis deux ans, nous sommes désemparés, perdus sans perspective pour nos entreprises et nos travailleurs. Aujourd’hui, nous n’avons aucun interlocuteur. Les Portugais sont partis et ont rapatrié l’argent et ce qui reste au niveau de l’EGTT sous forme de cautions, destiné aux sous-traitants, selon ACA, est bloqué. On se retrouve sur la carreau, ballotté entre les uns et les autres. Nous avons fait appel à HTT et avons été reçus par le PDG Bounafâa Lazhar. Il nous a fait part de sa stupeur et chargé l’EGTT de nous recevoir».
Pour eux, selon le jeune entrepreneur en aménagement intérieur, Latlane Redouane, son entreprise TCA «est au bord de la faillite avec 45 travailleurs au chômage et ses efforts de 12 ans sont partis en fumée. La seule solution est que l’EGTT les prenne en charge d’autant que celle-ci vient de récupérer beaucoup d’argent de ACA, à savoir toutes les cautions déposées d’un montant de plus de 30 milliards de centimes (3 millions d’euros), en plus d’autres indemnités relatives au glissement dans les délais de livraison. Il y aussi l’argent des trois dernières factures impayées qui sont chez l’EGTT, ainsi que la retenue de garantie, qui est de 2 millions de dinars. Au total, l’EGTT a à sa disposition près de 6 millions de dinars. «Ce qui est, selon nos interlocuteurs, largement suffisant pour nous payer». Ils en veulent pour preuve un article dans le contrat qui stipule que si ACA ne peut pas honorer ses engagements, l’EGTT les prend en charge.
Imbroglio administratif
Cet imbroglio administratif ne semble pas près de se régler à moins d’une intervention des pouvoirs publics. Selon nos informations, glanées ici et là, il n’y aurait aucun contrat qui lie l’EGTT aux entreprises sous-traitantes, excepté le fait que ces dernières ont travaillé sur le projet de réhabilitation et de modernisation du complexe. Selon des responsables au fait du dossier, l’EGT Tipasa n’a aucunement été concernée par le choix de ses entreprises sous-traitantes, car selon les contrats signés il n’y aurait même pas sa signature comme le stipule la réglementation en vigueur qui prévoit de faire appel à 30% de sous-traitants pour la réalisation des travaux. Celle-ci stipule que «la sous-traitance ne peut être autorisée que pour une partie des travaux dont le montant est égal ou inférieur à 30%. Les prestations concernent pour la partie bâtiment les corps d’état secondaires et pour l’infrastructure les VRD. A ce titre, les entreprises faisant appel à la sous-traitance doivent présenter des références (qualification, classification, moyens humains et matériels) qui seront examinés par le maître de l’ouvrage conformément au critère de classification du lot concerné». Selon nos informations cette clause n’aurait pas été respectée, ou a été ignorée par les ex-responsables de l’EGTT. On ignore totalement comment s’est faite la signature des contrats et encore moins la situation des impayés des sous-traitants. La question qui se pose est où étaient les responsables de l’EGTT et ceux chargés du suivi du projet pendant le déroulement des travaux ? La réponse est que ces derniers étaient aux abonnés absents et plusieurs d’entre eux se trouvent en détention provisoire depuis le 1er juin dernier pour mauvaise gestion et autres malversations diverses.
Les six PDG et directeurs chargés des finances et du suivi du projet de modernisation devaient comparaître en justice hier samedi devant le Tribunal de Tipasa.
Les protestataires quant à eux ont prévu hier samedi un rassemblement devant le Tribunal pour attirer l’attention des responsables sur leur situation qui demande une intervention des pouvoirs publics, pour mettre fin à cette injustice qui pénalise des entreprises algériennes prises en otage, selon leurs propos. n