L’acte 20 du mouvement populaire pour le changement du système aura été incontestablement celui de la réaffirmation de la capacité de mobilisation citoyenne qui ne faiblit pas en dépit du recours à des mesures de coercition de la part des forces de police.

Cette énième démonstration, si elle réjouit les animateurs du mouvement populaire est accompagnée d’un sentiment d’indignation et d’inquiétude compte tenu de la brutalité policière qui a marqué la journée du 5 Juillet, coïncidant avec la célébration de l’indépendance du pays.
Les scènes diffusées sur les réseaux sociaux montrant des agents de police tabassant des manifestants ont suscité la colère et l’indignation des Algériens, qui tiennent à préserver le caractère pacifique de leurs manifestations.
Ce recours à la force et à la répression s’ajoute à la série d’arrestations enregistrées ces dernières semaines parmi les manifestants, notamment ceux qui arboraient l’emblème berbère et qui ont été mis sous mandat de dépôt.
La scène politique a été aussi marquée par l’emprisonnement du moudjahid Lakhdar Bouregaâ, ce qui a choqué l’opinion nationale.
En signe de solidarité et de reconnaissance, le nom du commandant de la wilaya IV historique était très présent dans les manifestations d’avant-hier, au cours desquelles a été réclamée la libération du vieux maquisard.

Chez les partis politiques, le recours aux méthodes répressives a été fortement décrié par l’ensemble de la classe politique.

Indignation
Pour le président du RCD, Mohcine Belabbas, «c’est plus qu’un dérapage, c’est une atteinte à la dignité humaine et à l’honneur d’une nation, en ce jour de célébration de son indépendance, de la part d’éléments portant des uniformes de police». Il a estimé, à l’ouverture des travaux du Conseil national du RCD, qu’aucune initiative de sortie de crise ne peut aboutir si «des détenus d’opinion croupissent en prison, si la liberté de l’activité politique publique n’est pas garantie, si les entraves faites aux manifestations et à la liberté de circulation ne sont pas levées».
L’avocat Djamel Benyoub, de la même formation politique, et qui est membre du collectif plaidant la cause des manifestants arrêtés, a dénoncé «des entraves au droit de manifester», estimant que ce recours à la violence vise à «terroriser les populations».
Une lecture similaire est faite par Sofiane Djilali, président de Jil Jadid, qui a dénoncé, à l’ouverture du Forum des « forces du changement » le recours à la répression.

La nouvelle offre de dialogue sans écho sur le Hirak
«Il n’est pas possible de dialoguer alors que des jeunes et des moudjahidine sont en prison pour avoir participé à une manifestation, avoir arboré l’emblème amazigh ou même avoir critiqué les dirigeants du pays», a-t-il dit.
Le FFS a souligné, pour sa part, que «malgré le caractère particulier et historique de cette journée du 5 Juillet, fête de l’Indépendance nationale, un dispositif sécuritaire et répressif impressionnant et agressif a été mis en place par le pouvoir».
Le parti, qui «dénonce l’utilisation de la force et de la violence pour réprimer les manifestations pacifiques», s’insurge «contre la vague d’arrestations arbitraires qui a touché plusieurs citoyens, militants politiques et associatifs dont trois camarades du secrétariat national, Nabil Aït Ahmed, Idir Koceila et Douane Abdallah».
De son côté, le Réseau de lutte contre la répression avait fait état, au moment même des faits, d’une série d’arrestations parmi les manifestants, qualifiant l’acte d’«inadmissible», estimant qu’il s’agit de «graves dérives policières en fin de manifestation».
Par ailleurs et s’agissant de la nouvelle offre de dialogue formulée par le chef de l’Etat à la veille du 5 juillet, tout porte à croire qu’elle n’a pas suscité de réactions particulières au sein du Hirak où le refus d’une présidentielle organisée sous l’encadrement du pouvoir actuel a été une nouvelle fois exprimé.