Les révélations de l’ancien parlementaire FLN et vice-président de l’Assemblée nationale populaire sur le commerce délinquant des listes des candidats à la députation en 2017 sont d’un effet massue sur une représentation déjà en mal de crédibilité. La mauvaise réputation de la majorité, FLN et RND compris, alourdie par les aveux de M. Tliba, rend la tenue de nouvelles législatives plus qu’évidentes…

Même si ce n’est pas l’une des voix écoutées d’un champ politique aphone, les mots du sulfureux ancien député Baha Eddine Tliba devant le Tribunal de Sidi M’hamed, où il a «exposé«comment s’exerce le commerce mafieux des listes électorales, affaiblissent plus que jamais une Assemblée qui bat de l’aile de toute part depuis son installation. «Djamel Ould Abbès ( SG du FLN) m’a remis un plan de financement de la campagne électorale et le prix d’une tête de liste était fixé à 6 milliards centimes«, avait lâché Tliba lors du procès de mercredi dernier.
En bousculant ainsi à sa manière une APN à laquelle il n’aurait jamais pu accéder si ce n’était la «chkara politique«, érigée en mode d’éligibilité électorale, Tliba semble avoir sonné l’accélération de la dissolution de la chambre basse du Parlement et ouvert un boulevard à la tenue des législatives ; un Parlement dont la mandature en cours semble être chaotique.
A commencer par les circonstances de son élection marquée par la désaffection populaire, en passant par l’épisode du cadenas et le limogeage de son ancien président, jusqu’à la série de démissions des députés, individuelles dans certains cas, et au nom du parti comme ce fut le cas du Parti des travailleurs (PT).
A mi-mandat, l’APN est donc à la croisée des chemins et dans le sillage de la «bombe«Tliba, les langues ont commencé à se délier qui, pour discréditer davantage un Parlement fragile et peu représentatif des forces politiques et sociales du pays, qui, pour réclamer sa rapide dissolution car «inapte«à débattre et approuver les lois de la République.
Mais, visiblement, le scénario de la dissolution de l’APN, et donc de la tenue des élections législatives anticipées, se précise, si l’on se réfère aux déclarations du président par intérim du Conseil de la national, Salah Goudjil, lors de l’ouverture de la session ordinaire du Parlement mercredi dernier.
«Le peuple algérien approuvera certainement le projet du Président sur la révision constitutionnelle pour entamer ensuite le processus de construction de la nouvelle République. Il doit faire la différence entre l’Etat et le pouvoir, l’Etat ne changera pas tant que ses institutions resteront solides», soulignera-t-il, avant d’affirmer que «la révision de la loi sur les élections et les partis politiques avant l’organisation des élections législatives et locales a pour objectif de conférer la légitimité et concrétiser la volonté populaire».
Ce scénario n’agrée pas cependant au Rassemblement national démocratique (RND), qui tente de se remettre en selle, estimant qu’une dissolution des Assemblées équivaut à une «transition déguisée«. «Dissoudre les Assemblées élues est synonyme d’une période de transition déguisée. Cela veut dire le retour au vide politique«, a déclaré mercredi son secrétaire général, Tayeb Zitouni, qui promet que sa formation «se dressera contre ces «manipulations politiques des promoteurs de l’idée de dissoudre le Parlement«. L’on ne se sait pour l’heure qu’elle sera la position de l’ancien parti unique, qui a, jusque-là, la mainmise sur la majorité parlementaire, alors qu’il va de soi que les partis du courant démocratique réitèrent leur préférence pour un processus constituant. Au mois de mai dernier, le porte-parole de la Présidence de la République, Mohand Oussaïd Belaid, a indiqué, lors d’une conférence de presse organisée au Palais d’El Mouradia, qu’«à ce stade, il n’y a pas d’utilité à organiser des élections législatives ou locales anticipées».
Auparavant, le Président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré, lors d’une rencontre avec des journalistes de la presse nationale, que «l’Algérie aura de nouvelles institutions d’ici la fin de l’année».