L’Intersyndicale de La santé, composée du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu) et du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), devrait se réunir dans les prochains jours pour faire une évaluation globale et un état des lieux sur la situation dans le secteur de la santé, suite aux audiences accordées par le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid, qui se sont déroulées la semaine dernière avec les différents syndicats du secteur de la santé.

Pr Sihem Bounabi
Dr Lyes Merabet, président du SNPSP, nous a confié hier que suite à cette réunion, les syndicats vont évaluer «ce qui a évolué dans la situation qui prévalait avant le débrayage du 7 avril dernier» et voir ainsi dans quel sens ils peuvent se projeter à la suite de ces audiences et des engagement qui ont été pris au niveau des Conseils des ministres. Mais aussi suite «aux engagements pris, exprimés et assumés par le Président de la République à l’égard des professionnels du secteur de la santé», souligne-t-il.
Concernant l’audience accordée dernièrement par le ministre de la Santé au bureau du SNPSP, Dr Merabet affirme que la rencontre s’est déroulée dans une bonne ambiance et le ministre a réitéré les engagements du Président de la République, exprimant ainsi une réelle volonté politique de prendre en charge les revendications et faire en sorte que les problèmes soient réglés.
Dr Lyes Merabet déclare que «nous avons pris acte de cet engagement en attendant que ce soit concrétisé sur le terrain. Et nous espérons rapidement mettre d’abord en place les accords qui ont été finalisés il y a quelques années pour certains dossiers et engager des négociations sérieuses sur d’autres dossiers pour lesquels il n’y a pas eu d’accords jusqu’à présent». Il ajoute : «Nous espérons pouvoir le faire rapidement et nous attendons qu’au niveau du ministère de la Santé une réunion de la commission centrale soit proposée rapidement pour qu’on puisse statuer sur ce qui a été fait et ce qui doit être fait rapidement».
Dr Lyes Merabet souligne que lors de cette rencontre, trois dossiers prioritaires ont été abordés. En l’occurrence, la révision du statut particulier du régime indemnitaire, la promotion des différents grades, la classification des doctorants en médecine dentaires et en pharmacie. Il faut ajouter les dossiers des entraves syndicales.
A propos du premier dossier concernant les statuts indemnitaires, Dr Lyes Merabet explique qu’«il faut améliorer les salaires des professionnels de la santé et notamment des praticiens médicaux que nous représentons en tant que syndicat. Réviser ces statuts particuliers, parce que notre salaire est tributaire de cette démarche.»
Le deuxième dossier important pour le SNPSP, assainir le dossier de la promotion dans les différents grades et plus précisément les grades 2 et 3, spécialiste et généraliste. A ce sujet, Dr Lyes Merabet précise : «Bien sûr, parce qu’il y a une dérogation. Depuis, le début de l’année, des services du Premier ministère œuvrent pour une transformation automatique des postes budgétaires en postes de promotion, afin de limiter justement l’impact financier de cette opération de promotion dans les grades supérieurs. Mais sur le terrain, ce n’est pas encore mis en place. Nous avons donc demandé en urgence un comité technique représentant le syndicat et le ministère qui puisse être réuni afin de dégager les échéances et la feuille de route à travers lesquelles va se concrétiser justement ce dossier».
Le troisième dossier aussi important, c’est la classification des doctorants en médecine dentaire et en pharmacie. C’est un dossier qui traîne depuis 2012. Je rappelle qu’«en 2012, il y a eu un allongement d’une année pour le cursus de formation des médecins dentistes et des pharmaciens. Cette formation a été sanctionnée par un doctorat en médecine dentaire et pharmacie. Mais jusqu’à présent, ces doctorats ne sont pas classés sur la grille des salaires des fonctionnaires». Il ajoute : «il est temps que cette situation soit réglée.» Il rappelle également que c’est après plusieurs discussions et mouvements de protestation que «nous avons fini par aboutir, en 2018, à un accord entre le ministère de la Santé et le SNPSP. Le dossier jusqu’à présent est au niveau des services du Premier ministère, qui n’a, à ce jour, pas tranché pour valider l’accord». Concernant les entraves syndicales, et malgré les instructions du ministère, «le constat est amer car rien n’a pas bougé dans beaucoup de wilayas au niveau des établissements de santé. Il y a des difficultés à fonctionner en tant que syndicat dont les activités sont pourtant prévues par la loi». Le président du SNPSP ajoute que d’autres dossiers seront au centre des discussions, tels que la mise à jour des primes destinées aux wilayas du Sud et certaines wilayas de l’intérieur, qui sont toujours indexées à l’ancien salaire de base.

Ouverture des frontières : «On ne peut pas rester indéfiniment enfermés»
Par ailleurs, concernant l’actualité de l’ouverture des frontières, Dr Lyes Merabet déclare : «Je salue cette décision, d’autant plus que je suis pour l’ouverture des frontières. On ne peut pas rester indéfiniment enfermés». Il ajoute toutefois qu’«en réalité, les frontières n’ont jamais été fermées hermétiquement, puisque des Algériens hors statut ont été autorisés à circuler dans les deux sens. Alors que les frontières étaient fermées pour les Algériens. Et je tiens à dénoncer cela car c’est du laxisme de la part des autorités chargées de la mise en place du protocole sanitaire au niveau frontalier».
Dr Lyes Merabet s’insurge ainsi du fait de la politique de deux poids deux mesures concernant la circulation des Algériens au niveau des frontières où certains étaient libres de voyager et que d’autres, pourtant dans des situations prioritaires et difficiles, n’avaient pas le droit de traverser les frontières. Il affirme à ce sujet : «Pour moi, c’est une aberration d’interdire à des Algériens, porteurs d’un passeport vert, l’accès à leur pays et de rentrer chez eux.» Il précise également concernant ce sujet, qu’«il serait judicieux de renforcer la coordination de tous les services et secteurs concernés par la mise en place d’un protocole sanitaire appliquée strictement sur le terrain, sans favoritisme pour quiconque, car c’est la responsabilité de tous qui est engagée».
Estimant également que cela ne devrait pas concerner seulement les frontières aériennes, il s’agit de penser ouvrir graduellement les frontières maritimes et terrestres pour une réelle relance de la vie économique des sociétés et entreprises algériennes qui ont un manque à gagner.