PAR INES DALI
C’est dans un communiqué au vitriol que le Parti des travailleurs (PT) a délivré son appréciation des élections législatives de samedi dernier et des estimations provisoires qui ont été communiquées durant ces dernières heures. Les leçons à tirer de ce vote, selon le parti, sont plusieurs et confirment le divorce entre l’opinion et le gouvernement. Après avoir salué «l’écrasante majorité des Algériens» qui ont «réaffirmé leur rejet du chaos dislocateur qui ouvre la voie aux ingérences étrangères», le PT estime que le véritable taux de suffrage du vote du 12 juin est celui qui a été donné par l’autorité électorale en fin de journée du 12 juin: « les résultats annoncés par l’ANIE en fin d’après-midi (16 heures) faisant état d’un taux de participation de 14,7% nationalement et moins de 5% à l’étranger, correspondaient effectivement, à la fin de l’opération de vote», affirme-t-il dans un communiqué publié hier à l’issue de sa réunion hebdomadaire.
Selon le PT, «l’écrasante majorité du peuple algérien vient, une fois de plus, à travers une abstention sans précédent, d’exprimer une défiance claire à l’égard de toute opération politique visant à sauver le système honni hérité du modèle de parti unique contre lequel s’est soulevé le peuple en février 2019». Et ce, «par-delà les résultats finaux qui seront annoncés quant à la composante politique et humaine de la future APN», souligne le parti.
«A travers l’abstention massive, la majorité du peuple vient de confirmer sa capacité de discernement, son patriotisme et son attachement à son droit de décider de son sort souverainement et librement», poursuit la formation de de Louisa Hanoune qui a boycotté les législatives pour la première fois depuis 1997. Elle estime que la défiance populaire exprimée la majorité des Algériens « décrète que le système en place depuis 1962, avec la même nature, les mêmes pratiques et dont les politiques qui ont ruiné le pays sont approfondies, doit partir pour que puisse s’exercer la plénitude de la souveraineté du peuple, seul habilité à définir la nature du régime et donc des institutions conformes à ses aspirations».
Le PT poursuit que «l’écrasante majorité du peuple, qui à travers l’abstention massive sans précédent à l’échelle nationale et dans l’émigration vient de réaffirmer l’unité du peuple, confirmant sur le terrain électoral que le processus révolutionnaire du 22 février 2019 est bel et bien vivant et réaffirme son rejet de toute tentative visant à le dénaturer ou le confisquer en rejetant un scrutin qui vise à imposer le maintien du statu quo mortel, la majorité à travers un silence assourdissant a hurlé ses souffrances, ses privations grandissantes de ses droits politiques, sociaux et économiques».
Mettant en exergue que «ni les moyens matériels et financiers colossaux mis au service de ce scrutin, ni l’instrumentalisation de la menace étrangère, ni la propagande officielle ni le matraquage des médias publiques et privés n’ont pu briser la détermination de la majorité du peuple ni altérer la conscience collective», il revient sur «la colère grandissante de la majorité du peuple plongée de plus en plus dans la pauvreté voire la misère pour de très larges couches».
Cette colère, considère le PT, est la continuation des mobilisations ouvrières, populaires et de jeunes, des couches moyennes laminées, des grèves des travailleurs et fonctionnaires… «C’est aussi l’expression de la colère des étudiants confrontés au démantèlement de l’université, de toutes les couches sociales victimes d’une véritable descente aux enfers depuis le confinement dit sanitaire, comme c’est le cas du retour en force de la tragédie de la Harga. C’est la colère contre les décisions antiéconomiques et antisociales que le gouvernement a mis en œuvre sous couvert de confinement sanitaire et qui ont engendré un désastre effrayant en matière de perte d’emplois, de fermeture d’entreprises publiques et privées, d’effondrement du pouvoir d’achat, d’anarchie généralisée et de dérèglementation mortelles dans les services publiques».
Poursuivant sur la même lancée, le PT affirme que «le rejet massif traduit l’indignation de la majorité devant la régression sans précédent sur le terrain des libertés démocratiques, la fermeture des champs politique et médiatique, la répression des marches et rassemblements, la criminalisation/judiciarisation/diabolisation de l’action politique, de la profession de journaliste, d’avocat, de la liberté d’opinion, de conscience, y compris de recherche académique, de l’exercice des libertés syndicales, l’indignation devant les milliers d’interpellations, les centaines de détenus politiques et d’opinion…». Il traduit aussi «le rejet franc de la légalisation et de l’institutionnalisation de l’arbitraire via des amendements au code pénal qui visent à bâillonner et encamisoler la société algérienne».
Et au Parti des Travailleurs de conclure que les premiers résultats du 12 juin courant «renvoient aux raisons mêmes qui ont été à l’origine du déclenchement de la révolution du 22/02/2019 : le mépris et la hogra du pouvoir qui était en place, à l’égard de la majorité du peuple, l’écrasant sur le terrain politique économique et social sur fond de délabrement accéléré du pays et nul ne peut nier que ces raisons se sont exacerbées de façon effrayante».