Le mandat de la Minurso, la mission de l’ONU pour le Sahara occidental, a été prolongé de six mois après des tractations entre les membres du Conseil de sécurité. Un changement qui pourrait être interprété comme une pression envers les parties pour les pousser vers un nouveau round de négociations appelé de ses vœux par le représentant de l’ONU Horst Kohler.

Les Etats-Unis avaient soumis, jeudi, à leurs partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution révisé sur un renouvellement de la mission Minurso. Un projet qui ne porte plus que sur six mois. La rédaction de plusieurs paragraphes de ce texte a été revue sans véritable changement par rapport à la version initiale. Le texte a fait l’objet de plusieurs tractations avant son adoption avec notamment des réserves introduites par la Russie, la Suède et l’Ethiopie. Le texte révisé prévoit un renouvellement du mandat de la Minurso jusqu’au 31 octobre alors que la première version prévoyait le 30 avril 2019. Le texte demande aux parties de «reprendre des négociations (…) sans préconditions et de bonne foi» afin de parvenir à une «solution politique mutuellement acceptable» vers «l’autodétermination» du peuple sahraoui. Il est évident que l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, l’ex-président allemand Horst Koehler, veut absolument un nouveau round de négociations en 2018 après des années d’interruption. Le Maroc s’est montré agressif depuis quelques semaines à l’encontre des Sahraouis mais aussi envers son voisin l’Algérie, accusé de tous les maux dans le langage officiel et médiatique du royaume. Le Conseil de sécurité a appelé les partis au conflit à reprendre les négociations directes, estimant que le statut est «inacceptable», affirmant que la progression dans les négociations est essentielle pour améliorer la vie du peuple sahraoui. Cette référence semble faire directement référence au Maroc comme partie responsable de l’arrêt des négociations.
«Le droit à l’autodétermination»
Ainsi le Conseil de sécurité a réaffirmé «son plein appui» au secrétaire général de l’ONU et à son envoyé personnel, pour relancer un cinquième round de négociations avec une nouvelle dynamique «en vue de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable qui garantit le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination». Une motion qui ne plaît pas au Maroc qui voulait, en vain, orienter le texte vers une condamnation du Polisario. Le Conseil de sécurité semble à priori vouloir une relance rapide du processus de paix et c’est au Maroc, puissance occupante, d’apporter la preuve de sa bonne volonté d’entrer dans des négociations directes avec le Front Polisario. La partie sahraouie a, de son côté, réitéré à maintes reprises sa disponibilité à reprendre le processus onusien. En faisant monter la pression à propos de la crise à El Guergarat, le Maroc entend détourner l’attention du Conseil de sécurité du vrai problème qui est l’actuelle impasse politique dans laquelle se trouve le processus de paix. Il y a lieu de rappeler que c’est bien le Maroc qui a refusé l’arrivée d’une mission onusienne pour examiner sur le terrain la partie responsable de la violation de l’accord de cessez-le-feu dans cette zone sous surveillance des Nations unies. Rabat l’ayant qualifiée «d’inopportune et d’inappropriée». Les Nations unies ont d’ailleurs apporté un démenti formel aux accusations du Maroc sur la prétendue présence du Front Polisario à El Guergarat. Un démenti qui été suivi d’un rappel important sur les limites géographiques de cette zone qui n’incluent aucunement les territoires de Bir Lahlou et Tifariti. La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental comprend environ 400 personnels pour un budget annuel de 52 millions de dollars. Un coût qui pourrait expliquer en partie la pression du Conseil de sécurité à retrouver au plus vite un début de dialogue entre les parties pour une issue au conflit. n