Le vote de la résolution concernant le mandat de la Minurso au Conseil de sécurité de l’ONU a été reporté. Alors que les tractations se poursuivaient au sein du Conseil de sécurité sur une nouvelle mouture du texte, sur instructions des Etats-Unis, le vote prévu initialement hier est ajourné à vendredi.

La raison invoquée pour ce report est de donner plus de temps aux négociations après que certains membres du Conseil de sécurité aient relevé un déséquilibre dans son contenu. La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, et l’Ethiopie, membre non permanent, auraient proposé des amendements au texte après avoir constaté un manque d’équilibre, estimant que la position du Maroc avait pris plus d’importance que celle des Sahraouis. Ce qui pouvait nuire à une résolution voulue «juste et équitable» comme préconisé par le Secrétaire général de l’ONU. «La France, membre permanent du Conseil de sécurité, aurait particulièrement pesé pour l’insertion de passages exigés par le Maroc, et condamnant le Sahara occidental», déclare une source proche du dossier. La Russie et l’Ethiopie voudraient introduire certaines modifications au texte au sujet du conflit, avant son adoption prévue demain vendredi. Mardi, la mission américaine a déclaré aux membres du Conseil qu’elle «a besoin d’un peu plus de temps pour examiner» les changements proposés et a prévu de distribuer un nouveau projet de résolution. Selon des indiscrétions, la résolution dans sa mouture actuelle n’est pas favorable au Front Polisario et exigerait même des Sahraouis de «s’abstenir de toute action déstabilisatrice pouvant menacer le processus onusien de paix dans la région». Le texte appelle «les Etats voisins» à s’impliquer dans le processus qui doit mener à une paix durable, une allusion indirecte à l’Algérie qui refuse à ce qu’elle soit impliquée directement dans un conflit dont elle n’est pas partie.  Ce projet de résolution présenté par les Etats-Unis appelle également les deux parties en conflit à retourner à la table de négociations «sans conditions préalables et de bonne foi» pour trouver une solution mutuellement acceptable. Une référence qui pourrait déplaire à Rabat. Les deux parties en conflit, à savoir le Maroc et le Sahara occidental, sont dans l’expectative, espérant que le contenu de la résolution ne leur soit pas défavorable.

«Un conflit qui n’a que trop duré»
Le Maroc, par le biais de son représentant permanent à l’ONU, s’active pour que l’objet de la résolution soit conforme aux thèses expansionnistes de Rabat, tandis que le Sahara occidental aspire à ce que la légitimité internationale soit respectée par les Etats membres du Conseil de sécurité. Au moment où le makhzen veut faire croire que le Front Polisario viole délibérément l’accord militaire, signé en 1997, et l’accord du cessez-le-feu, signé en 1991. Ce qui va à l’encontre de la réalité du terrain. Le Royaume du Maroc ne veut pas uniquement faire croire que le Front Polisario déploie des éléments armés dans la zone tampon de Guergueret, mais aussi que les localités de Bir Lehlou et de Tifariti font partie de la zone tampon et que les Sahraouis y font des incursions. Or, selon les termes de Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, «Tifariti et Bir Lehlou ne sont pas situés dans la zone tampon», démentant les allégations du Maroc. Le 29 mars dernier, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a remis son premier rapport sur le Sahara occidental. Un rapport dans lequel il reproche principalement au Maroc de ne pas coopérer avec les instances onusiennes et panafricaines pour trouver une issue à la question sahraouie.  Le Secrétaire général de l’ONU avait conclu que le conflit sahraoui n’a que trop duré et qu’il devrait cesser pour le bien et la dignité des Sahraouis, y compris ceux des camps de réfugiés ayant fui leur pays suite à l’invasion marocaine en 1975.  Antonio Guterres précise avoir proposé dans son rapport la relance du processus de négociations avec un nouvel esprit qui reflète les orientations du Conseil de sécurité, afin de parvenir à une approche juste qui permettra l’autodétermination du peuple sahraoui. Une approche que rejette catégoriquement le Maroc, qui refuse un tour de table en dehors de sa proposition qui consiste principalement en la négociation d’un statut d’autonomie du territoire sahraoui et, bien sûr, en associant Alger à un processus qui ne le concerne pas. Sur ce sujet, M. Guterres a été très explicite dans son rapport en disant que l’Algérie comme la Mauritanie ne sont que des Etats voisins et non une partie impliquée directement dans les négociations sur le statut du Sahara occidental.