Par Sihem Bounabi
L’annonce du ministère de la Culture et des Arts de la prolongation du mandat de la commission du Fonds national pour le développement des arts et de la technique et de l’industrie du cinéma (Fdatic) est tombée, hier, au grand soulagement des professionnels du septième art algérien qui se sont mobilisés depuis des mois pour exprimer leur sidération et leur colère suite à la dissolution de ce fonds au mois de décembre dernier.
Dans le communiqué du ministère de la Culture, il est précisé que «cette prolongation permettrait de poursuivre l’étude des projets proposés et d’en accueillir de nouveaux». En outre, suite à cette prolongation, le Fdatic devra également «reverser les financements en suspens pour les projets en cours de réalisation et ceux finalisés», après validation des procédures nécessaires, et «récupérer les fonds alloués aux projets inachevés depuis plus de dix ans».
Cette décision a été annoncée suite à une rencontre entre la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji, et des producteurs et professionnels du cinéma dont notamment Boualem Ziani, Karim Moussaoui et Belkacem Hadjadj.
Lors de cette rencontre, la ministre a également annoncé la levée du gel sur l’acquisition de matériel de numérisation au profit du Centre algérien de la cinématographie et la relance du projet de création d’un centre des archives cinématographiques, un nouvel acquis pour la préservation du patrimoine du cinéma algérien.
Par ailleurs, la ministre de la Culture a lors de cette occasion annoncé l’organisation de sessions de formation dans les métiers du cinéma en partenariat avec l’Association des producteurs algériens de cinéma et l’organisation d’ateliers de réflexion avec les professionnels du secteur durant le dernier trimestre de l’année en cours.
Pour rappel, depuis l’annonce de la dissolution du Fdatic, les professionnels du septième art s’étaient mobilisés en collectif pour tirer la sonnette d’alarme sur les conséquences désastreuses d’une telle décision mettant en «danger de mort» la production cinématographique en Algérie.
Le collectif regroupant auteurs, techniciens, comédiens, réalisateurs et producteurs avait ainsi appelé à la sauvegarde du Fdatic, qui avait été clôturé à la date du 31 décembre 2021, selon de loi de finance 2021 publiée dans le Journal Officiel.
En effet, dans le projet de loi de finance (PLF) 2021, le Fdatic faisait partie de la liste de fonds d’affectation spéciale au secteur de la Culture, concernés par cette mesure, selon les termes de l’article 166 de ce projet de loi. Il est précisé dans le texte que ces comptes «continueront à fonctionner» jusqu’à la mise en place de la procédure de budgétisation appropriée qui devra aboutir au plus tard le 31 décembre 2021.
Lors de la présentation de ce texte à l’Assemblée populaire nationale (APN), la clôture des comptes spéciaux du Trésor avait été justifiée par le fait «d’améliorer la gouvernance et de mieux maîtriser la recette et la dépense publiques à travers une réhabilitation des principes budgétaires, à savoir l’annualité, l’unité et l’universalité budgétaire». Une justification contestée par les professionnels du secteur du cinéma qui avaient exprimé leur «sidération» face à un tel amalgame dans une lettre ouverte au Premier ministre où il a été interpelé sur le fait d’amalgamer des fonds conjoncturels et temporaires avec le FDATIC, qui existe depuis 1967 et qui implique toute une profession.
Le collectif des professionnels du secteur avait aussi affirmé que «la dissolution du FDATIC est une réelle mise en danger pour le cinéma algérien.» insistant sur le fait que «ce qui est en jeu, c’est l’existence d’un cinéma algérien et de l’initiative algérienne. Un cinéma qui ne soit pas assujetti à des initiatives étrangères seulement. Il est ici question d’indépendance et de l’originalité du cinéma algérien.» <