Par Nadir Kadi
Le président du Club algérien des risques majeurs, Abdelkrim Chelghoum, a estimé, hier, sur les ondes de la Radio algérienne, que les dernières précipitations ont révélé «les carences», «les défaillances» et l’impréparation face aux risques naturels. L’universitaire et expert en génie parasismique et dynamique des sols, qui met notamment en cause le manque de vigilance des communes, quant à l’application des dispositions de la «loi relative aux risques majeurs», a naturellement évoqué, hier, l’impressionnant éboulement survenu mardi dernier au niveau de la station de bus Bir-Mourad-Raïs et les risques d’effondrement de l’immeuble qui le surplombe. L’expert, tout en posant des questions quant à la valeur du permis de construire, recommande ainsi le démantèlement pur et simple de cet imposant immeuble de sept étages toujours en construction en bordure de la falaise. Un tel projet n’aurait jamais dû être autorisé, a-t-il estimé : «L’immeuble n’aurait jamais dû être construit sur ce site (…) si l’on se réfère à la loi 04-20, ce promoteur n’aurait pas dû obtenir de permis de construire», a-t-il expliqué. La seule solution, aujourd’hui, pour Abdelkrim Chelghoum reste le démantèlement de l’imposante bâtisse malgré la difficulté que cela représente sur ce site. «Ce bâtiment, construit au bord d’une falaise, ne peut pas tenir, car les glissements de terrain sont évolutifs. Il n’y a aucune autre alternative que de le détruire» et le «démembrement devra se faire de façon technique intelligente pour ne pas toucher l’environnement et le voisinage». Pour rappel, la chute mardi dernier d’une partie de la falaise avait immédiatement posé la question de l’intégrité du bâtiment qui surplombe la station de bus et une rue très fréquentée ; les autorités avaient dès mardi pris des «mesures d’urgence» en détournant la circulation et demandé une expertise auprès du CTC d’Alger pour «évaluer les risques», selon les premières précisions de la Direction des travaux publics.
Construction «à risque» qui n’est pas un «cas isolé», a ajouté A. Chelghoum, président du Club algérien des risques majeurs, qui déplore ainsi que les dernières pluies «certes, fortes (…) environ 400 mm de précipitations en une semaine, mais pas diluviennes comme certains le prétendent» aient pu paralyser 57 communes de la capitale. Une situation qui fait la preuve que «les mesures préventives basiques et minimales n’ont pas été implémentées». Ainsi, l’expert, qui parle carrément de «bricolages» dans la conduite de certains projets de construction d’urbanisation et d’aménagement du territoire, explique plus loin que «la cause principale des effondrements est le mauvais choix du sol (…) Le problème de la prévention des risques majeurs c’est le choix des terrains à construire». Les dernières pluies ont, en ce sens, été un révélateur d’une situation connue des professionnels du domaine : «Ce que nous vivons actuellement ce sont les carences et les défaillances de la non-participation et de l’impréparation dans la gestion des risques au niveau des communes.»
Le responsable a par ailleurs souligné hier que le cœur du problème réside davantage dans la non-application de la législation que dans la nécessité de nouvelles lois. Abdelkrim Chelghoum explique à ce propos que la loi «04-20 relative à la prévention des risques majeurs» n’est tout simplement pas appliquée dans son intégralité à cause de l’absence de certains textes d’applications : «La loi 04-20, parue en 2004, n’a pas été appliquée et il lui manque encore une trentaine de textes que nous avons proposé et qui sont restés lettre morte». Quant à la gestion au quotidien, elle doit rester une attribution locale, estime le président du Club algérien des risques majeurs : «On ne peut pas gérer les risques majeurs à partir du sommet, il faut les gérer à partir de la base (…) L’APC représente la colonne vertébrale dans l’organisation de toute prévention contre les risques majeurs, comme stipulé dans la loi 04-20». n