Devant la gravité et la menace que représente la pandémie de coronavirus sur la santé publique, la classe politique se joint à la campagne de sensibilisation à l’effet de prendre les mesures de prévention nécessaires. Les partis politiques engagés dans le Hirak n’ont pas hésité à joindre leurs voix aux appels de personnalités et autres figures, à l’image de Maître Mostefa Bouchachi, de Saïd Sadi ou encore de Djamel Zenati, à suspendre le mouvement. Pourtant, si «la trêve sanitaire» se précise au Hirak à partir de demain vendredi-57, la forme que devra prendre la contestation pour se maintenir n’est pas encore arrêtée. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), qui se dit «partie prenante du mouvement populaire», a décidé, a-t-il annoncé dans un communiqué, de «se conformer aux avis unanimes des scientifiques pour suspendre sa participation à toutes les activités qui peuvent être un vecteur de propagation du Covide-19 jusqu’à l’amélioration de la situation sanitaire». Une amélioration qui devra être «constatée par les spécialistes de santé publique de notre pays», a-t-il précisé.
Le parti de Mohcine Belabbas, tout en prenant l’engagement de «rechercher d’autres moyens de lutte pacifique» avec tous les acteurs politiques, syndicaux, associatifs et les activistes «engagés dans le combat pour la réappropriation de la souveraineté du peuple algérien», n’a pas encore tranché s’agissant de sa proposition. Il se limitera à soutenir que dans ce cadre, «les appels à vider les rues du pays une fois par semaine ou d’autres actions qui assurent la visibilité de la poursuite de la mobilisation contre la feuille de route du régime» sont des pistes autour desquelles «il faudra hâter le consensus».

Panne de propositions
De son côté, le Front des forces socialistes (FFS), malgré sa déchirure interne, n’est pas resté en marge du débat autour de la crise sanitaire inédite au monde causé par le virus Covid-19. Pour Hakim Belahcel, premier secrétaire national du parti, «l’heure est très grave». Dans un message aux militants, il estime que les gouvernements successifs «n’ont pas réussi à construire des infrastructures médicales à la hauteur des besoins, encore moins à élaborer et mettre en œuvre une politique sanitaire en mesure de dispenser des soins basiques à nos concitoyennes et concitoyens». La réalité, regrette-il encore, est qu’aujourd’hui les hôpitaux existants, «mal entretenus et insuffisamment équipés, incapables dans une situation normale de faire face à la prise en charge des malades, se trouveront vite dépassés par le nombre de cas à traiter dans l’immédiat».
«Devant la gravité de cette situation, le devoir de lucidité, de vérité et de pédagogie qui caractérise le FFS lui impose de recommander et non pas de suspendre, mais de transformer cette formidable révolution populaire, qui a ébloui le monde entier par son ingéniosité et son pacifisme, en une nouvelle prouesse collective et patriotique face au péril sanitaire qui nous guette», a plaidé dans son message Hakim Belahcel, rappelant «l’engagement sans faille» du parti dans le Hirak. Le FFS «ajoute sa voix à tous ceux qui appellent au sens élevé des responsabilités du mouvement populaire pour poursuivre la révolution sous d’autres formes afin de préserver la santé du peuple algérien menacée lors des regroupements de masse par la contagion du coronavirus», lit-on encore.
Le PT s’en remet aux «citoyens» !
Contrairement à ces deux formations politiques, le Parti des travailleurs (PT), lui, ne s’est pas clairement positionné, préférant renvoyer la balle dans le camp des citoyens qui sauront prendre la bonne décision. Devant une situation qu’il qualifie d’«exceptionnelle», le parti de Louisa Hanoune soutient, dans un communiqué, que «les consignes sanitaires devant être respectées par les citoyennes et citoyens pour préserver la santé de la population et stopper la propagation de l’épidémie, doivent émaner exclusivement des autorités sanitaires compétentes habilitées». «Le PT résolument engagé dans le combat pour la souveraineté du peuple estime que les citoyennes et citoyens sauront dégager l’attitude à adopter face à cette situation pour la poursuite de la mobilisation pacifique révolutionnaire», écrit le PT qui «rejette tout recours à la répression».
D’autres partis encore, moins impliqués dans le Hirak, se sont exprimés sur la question. Le MSP d’Abderrezak Makri a appelé «à l’arrêt des marches à travers tout le territoire national, dans ce contexte et au report du Hirak, jusqu’à ce que l’épidémie soit éliminée et son danger passé». Talaie el Hourriyet s’est joint également, hier, à cette campagne et a appelé «à la suspension des regroupements populaires, de quelque nature que ce soit, en raison des risques de prolifération des foyers de contagion encourus lors de ces rassemblements, risques auxquels notre système de santé ne pourrait faire face». Enfin, Abdallah Djaballah d’El Adala a estimé que «quel que soit l’intérêt attendu des marches, leur suspension temporaire pour repousser le danger doit l’emporter». n