Le Japon et la Chine passent, à leur tour, à l’exploitation de leurs réserves stratégiques de pétrole, emboitant le pas aux Etats-Unis qui avaient annoncé, mardi, l’utilisation de «50 millions de barils de pétrole prélevés sur leurs réserves stratégiques dans une tentative de faire baisser les prix de l’essence, en forte augmentation».

Par Feriel Nourine
L’annonce a été faite dans un communiqué de la Maison-Blanche, soulignant de nouveau que cette opération «se fait en parallèle avec d’autres Etats, gros consommateurs d’or noir, en particulier la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni», a rappelé la même source.
Pays le plus en vue parmi les partenaires des Etats-Unis dans cette démarche, le Japon avait fait savoir, depuis déjà samedi dernier, qu’il allait la mettre en application. Son Premier ministre Fumio Kishida avait, à cet effet, déclaré que son gouvernement envisageait de puiser dans les réserves de pétrole en réaction à la hausse des cours du brut, avait rapporté l’agence de presse Kyodo.
Hier, dans une déclaration sans aucun effet de surprise, le même responsable a fait savoir que son gouvernement allait permettre l’utilisation de certaines réserves de pétrole, en réponse à une demande des Etats-Unis. Ce qui va constituer une première dans ce pays grand consommateur de brut, sachant que la loi japonaise ne permet le recours aux réserves stratégiques pétrolières qu’en cas de catastrophes naturelles ou de risques géopolitiques, faut-il le rappeler. C’est pourquoi, M. Kishida a tenté de rassurer sur cette exception. «Nous avons travaillé avec les Etats-Unis pour stabiliser le marché international et nous avons décidé de nous joindre à eux pour vendre une partie de nos réserves nationales de pétrole d’une manière qui ne contrevient pas à la loi existante sur les réserves de pétrole (japonaises)», a-t-il répondu aux journalistes. Un peu plus tard dans la journée, La Chine a rejoint le duo Etats-Unis-Japon dans la cadre d’un consensus géopolitiquement inédit que plusieurs pays sont en train d’édifier contre la montée des cours de l’or noir.
Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a confirmé hier que Pékin se joignait à la manœuvre. «La Chine, au regard de ses besoins et de ses conditions actuelles, puisera dans ses réserves nationales de pétrole brut et prendra d’autres mesures nécessaires afin de maintenir la stabilité du marché», a-t-il déclaré devant la presse. Tout comme le Premier ministre japonais, M. Zhao, n’a pas précisé quand ces prélèvements auraient lieu ni quelle quantité de pétrole Pékin envisageait de mettre sur le marché.
D’après l’agence financière Bloomberg, le président Biden aurait discuté de cette initiative la semaine dernière, lors de son premier sommet par visioconférence avec son homologue chinois Xi Jinping. Dans un discours prononcé mardi, Joe Biden a annoncé cette «initiative majeure» autour des grands consommateurs de pétrole, en reconnaissant que celle-ci «ne va pas faire baisser les prix du jour au lendemain» mais qu’elle «fera une différence», a-t-il promis. Dans l’après-midi, la pression sur l’Opep+ poursuivait sa montée. Dans l’après-midi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est entrée en scène pour appeler l’alliance à augmenter son offre. «J’espère vraiment que, lors de leurs prochaines réunions, (…) ils prendront les mesures nécessaires pour rassurer le marché pétrolier et aider les prix à revenir à des niveaux raisonnables», a indiqué le directeur de l’agence américaine basée à Paris, Fatih Birol. Le patron de l’AIE inscrit son discours en droite ligne avec les pays qui se tournent vers leurs réserves stratégiques, considérant que le niveau actuel des cours de l’or noir faisait «porter un fardeau aux consommateurs», notamment dans les pays émergents.
Pour rappel, l’Opep+ a déjà promis de riposter à la démarche américaine et ses alliés avant même que les premiers recours aux réserves stratégiques ne soient annoncés par les Etats-Unis, puis le Japon et la Chine. Lundi, l’alliance avait déjà prévenu qu’elle n’excluait pas de réduire sa production en cours, si ces pays venaient à mettre dans le marché leurs stocks stratégiques estimés à plusieurs millions de barils par jour. «Libérez des millions de barils de pétrole de vos stocks d’urgence et nous répondrons probablement», a lancé l’Opep+ à ces pays, soulignant que la stratégie mise en avant par les pays grands consommateurs de brut «n’est pas soutenue par les conditions du marché». Maintenant que le plan des réserves stratégiques a été mis en branle sur le terrain, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires de l’alliance vont assurément passer leur temps à trouver la riposte idoine avant de la mettre à exécution lors de leur réunion ministérielle, la semaine prochaine. En attendant, le marché pétrolier ne semble pas être secoué par ce qui se passe autour de lui. Les deux références européennes cédaient hier du terrain, mais sans perdre de leur valeur. A la mi-journée, les prix restaient même assez confortablement installés au-dessus des 80 dollars, alors que ces derniers jours, ils étaient descendus nettement plus bas. n