Les psychologues seront les bienvenus pour figurer parmi le Comité scientifique chargé de suivi de la Covid-19, a affirmé hier le ministre de la Santé, qui portait ainsi sa réponse au Syndicat des psychologues qui a émis le vœu d’en faire partie. Mais la déclaration du ministre invitant les psychologues à «apporter leur contribution et participer dans la mobilisation et dans la lutte contre le coronavirus» n’a pas été du goût des destinataires.

Interrogé lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale, sur la possibilité d’élargir le comité scientifique aux psychiatres, psychologues et syndicalistes du corps médical, le ministre de la Santé a souligné que le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus est ouvert à tout professionnel impliqué dans la lutte contre la Covid-19.
«Les membres du Comité scientifique sont choisis en fonction des aptitudes qu’ils ont et qui entrent dans le cadre des missions du comité», a noté, d’emblée, le ministre pour qui, «le comité est ouvert à toute personne impliquée dans la lutte contre la pandémie».
Soulignant que le comité comporte «beaucoup de membres qui ne sont pas inscrits dans la liste qui n’est pas restrictive», Benbouzid a précisé avoir enregistré la doléance des psychologues. «Ils sont les bienvenus», dit-il à ce propos tout en rappelant toutefois qu’un comité «doit orienter et qu’il ne faut pas qu’il soit pléthorique».
Sur les réseaux sociaux et sur la page officielle du Syndicat national algérien des psychologues (Snapsy), la déclaration du ministre «exacerbe la colère des psychologues» invités à apporter leur contribution et participer dans la mobilisation et la lutte contre le coronavirus. Ils continuent à se plaindre d’être marginalisés dans la stratégie de lutte contre le coronavirus. «Par sa déclaration, le ministre donne l’impression que les psychologues n’ont rien fait depuis que le pays a enregistré son premier cas, le 25 février, alors que ce n’est pas le cas», écrit le syndicat sur sa page Facebook. Le syndicat étaye sa position en rappelant que «12 psychologues ont contracté le virus dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions». «On s’est, dès le départ, organisé sur le terrain pour apporter un soutien moral aux malades et au personnel soignant sous pression face à l’épidémie de la Covid-19», poursuivent les psychologues qui indiquent que le personnel soignant est «confronté à l’anxiété liée au coronavirus, peur pour soi, crainte de contaminer ses proches, fatigue, stress de réorganisation». D’ailleurs, dans le cadre de sa mobilisation contre le coronavirus, le syndicat a mis en place un «réseau national d’écoute et de soutien psychologique» pour soulager les citoyens et les maux des soignants et les aider à surmonter l’épidémie, expliquant que le vrai travail des psychologues commencera dans la période post-coronavirus. Le syndicat avait, pour rappel, adressé en juin dernier, une demande d’audience à Abderrahmane Benbouzid afin de discuter de nombreux points dont certains liés à la crise sanitaire du coronavirus, notamment «la non-mise en place» de cellule de soutien et d’accompagnement psychologique dans toutes les structures de santé publique pour soutenir les malades ayant contracté la Covid-19 ainsi que le personnel médical et paramédical mobilisé dans la lutte contre le coronavirus.
«On se demande pour quelles raisons les mesures d’accompagnement psychologiques liées au coronavirus n’ont pas été généralisées dans tous les établissements de santé publique», avait écrit le syndicat dans une correspondance adressée à la tutelle. Le syndicat avait suggéré au lendemain de l’enregistrement des premiers cas de la Covid-19 dans le pays de mettre en place des dispositifs d’intervention à travers un accompagnement psychologique aux citoyens rapatriés mis en confinement médical comme les personnes atteintes du coronavirus, ainsi que de fournir un soutien psychologique aux équipes médicales et paramédicales intervenantes afin de prévenir des situations d’épuisement et de stress extrême. Dans certains CHU du pays, des psychologues ont été mobilisés pour être à l’écoute du personnel médical, exposé à un «débordement émotionnel» suite à la grande pression qu’ils vivent au quotidien. <