Lors de sa première sortie officielle sur le terrain, lors d’une visite d’inspection à l’unité de Saidal de Médéa, le nouveau ministre de l’Industrie pharmaceutique a déclaré, samedi dernier aux médias présents que «des laboratoires dont je ne citerais pas le nom ont réussi à corrompre les médecins et les pharmaciens», jetant ainsi un véritable pavé dans la mare.

Par Sihem Bounabi
Face à de telles accusations, Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), contacté par Reporters, a réagi : «Ce sont des propos très graves et lourds de sens. Si il y a des preuves sur des situations pareilles, il faut agir et ne pas faire dans la généralisation.» Il précise ces propos en soulignant que «lorsque ce n’est pas identifié et que des mesures ne sont pas prises et des démarches engagées, cela sous-entend que n’importe quel médecin est corrompu». Enchaînant que «c’est un peu fort comme déclaration et ce n’est pas normal».
Le président du SNPSP insiste ainsi sur le fait que s’il y a des preuves pour appuyer de telles déclarations, il faut agir pour que les choses aillent mieux et s’il n’y a pas de preuve, «il suffit de commenter des situations sans pointer du doigt quiconque».
Lyes Merabet tient également à préciser que «s’il y a des preuves ou des dossiers sur des personnes ou des groupes de personne que le ministre connaît je pense qu’il faut orienter ces dossiers vers les instances compétentes afin de mener des enquêtes.
Et si les faits se confirment les gens doivent être sanctionnés». Ajoutant toutefois que «continuer à dire les choses de cette manière et semer le doute dans la tête des gens par rapport à toute la corporation sans exception, je pense sincèrement que ce n’est pas une bonne chose». «On ne peut pas accepter que les blouses blanches soient entachées par de telles déclarations sans preuve et sans désigner les personnes concernées car on ne peut pas accepter que tous les médecins soient mis dans le même panier» car «tous les médecins ne sont pas malhonnêtes et sont autant patriotes que le ministre de l’Industrie pharmaceutique.»
Renforcer la formation continue et encadrer les relations
D’un autre côté, Dr Lyes Merabet tient à mettre en exergue le fait que la problématique du lobbying du médicament et de l’industrie pharmaceutique existe à travers le monde, expliquant que cela a un certain poids sur le fonctionnement des structures de santé et l’orientation des prescriptions d’une manière ou d’une autre, y compris par rapport aux recommandations et aux résultats des recherches qui sont publiés. Il estime ainsi que «le problème des lobbys est beaucoup plus complexe».
Le président du SNPSP suggère dès lors que ce qui est important, c’est de trouver de véritables solutions face au lobbying pharmaceutique et qui doivent être avant tout «des solutions pratiques».
Il précise à ce sujet qu’«il s’agit de se poser la question comment s’est établi ce lien entre les médecins prescripteurs ou les pharmaciens et ces lobbies du médicament et des produits pharmaceutiques ?» Enchaînant que «c’est tout simplement parce qu’il y a un espace qui est resté vide à cause de l’absence des institutions par rapport au cadre réglementaire qu’il faudrait mettre en place pour encadrer cette relation, les barrières qu’il faudrait mettre en place pour justement empêcher que ces relations débordent sur des situations où il y a une influence sur les prescriptions et une certaine orientation pour recommander tel ou tel produit».
Ainsi, Dr Lyes Merabet estime qu’il est important d’occuper ces espaces en proposant «un programme de formation continue, agir sur le programme de formation continue initial et empêcher que ces lobbies de l’industrie pharmaceutique soient majoritairement dépositaires justement du sponsoring par rapport à toutes les journées ou congrès qui sont organisés par les sociétés savantes dans les différentes spécialités», suggère-t-il.
Le président du SNPSP plaide ainsi pour un véritable changement en profondeur en estimant que «pour que cela change, il faut qu’il y ait des réunions de coordination avec les partenaires sociaux qui représentent la corporation médicale qui sont les prescripteurs mais également les pharmaciens qui sont entre guillemets les vendeurs de ces produits ou qui dispensent les médicaments et les produits pharmaceutiques».
Il ajoute également qu’«il s’agit de mettre en place de véritables discussions autour de cette question de la formation et de la formation continue avec justement le ministère de l’Enseignement supérieur, les facultés de médecine et les sociétés savantes pour ressortir des recommandations nationales, propres à nous, et ne pas rester justement à la merci de toutes les recommandations qui viennent d’ailleurs et dont nous savons très bien qu’elles sont plus ou moins orientées par les lobbies de l’industrie pharmaceutique».
Par ailleurs, concernant la reprise du dialogue social avec le ministère de la Santé, Dr Lyes Merabet a confirmé qu’une demande d’audience a été adressée au nouveau ministre Abdelhak Saisi et qu’ils attendent une réponse. Il déclare à ce sujet que «l’avantage pour nous c’est que c’est quelqu’un du secteur qui est là depuis une trentaine d’années en tant que responsable du secteur de la santé et il est au courant de nos dossiers.
Mais pour le moment, nous attendons qu’une audience avec le ministre soit programmée pour pouvoir parler de reprise de dialogue». Il conclut en déclarant qu’ «en ce moment, au SNPSP, on prépare le conseil national qui est prévu au début du mois du novembre prochain et on espère préparer une synthèse avec une audience préliminaire avec le responsable du secteur et une réunion technique officielle dans le cadre de la commission mixte centrale pour voir dans quel sens certains de nos dossiers ont avancé et l’état d’avancement de notre plateforme de revendications». <