Douze assemblées générales synchronisées seront organisées, aujourd’hui, dans nombre de wilayas. Elles scelleront le sort et l’avenir du mouvement de grève des médecins résidents déclenché depuis plus de quatre mois. Les blouses blanches devront décider de poursuivre le débrayage ou de le suspendre après les résultats rendus publics de la réunion, tenue dimanche, entre le ministre de la Santé et les délégués du Camra.

Dans le P-V ayant sanctionné cette rencontre, qualifiée de « positive » et « fructueuse », une phrase a été glissée à la fin : « La mise en œuvre de toutes ces décisions reste conditionnée par l’arrêt de la grève et la reprise du travail ».
Comprendre que la balle est désormais dans le camp des grévistes pour mettre un terme à un bras de fer qui n’a que trop duré et pris en otage des milliers de patients et paralysé les soins dans les hôpitaux.  Bien que le Pr Mokhtar Hasbellaoui se soit montré « confiant » que ces derniers prendraient « la sage décision », il n’en demeure pas moins que dans l’autre côté, c’est-à-dire chez les résidents, l’heure n’est pas à l’euphorie. Ce que le premier voit comme « accord positif » est considéré par les autres comme « un leurre ».
« Il est vrai que la décision finale reviendra à l’ensemble des résidents, mais, je vous assure que la majorité est déçue par le contenu du P-V », nous dira le Dr Nehlil Boussad, membre du bureau national du Collectif autonome des médecins résidents (Camra).   « Le nombre de points existent déjà dans la loi, tandis que l’essentiel de la plateforme de revendications n’a pas été satisfait », a-t-il soutenu. Joint par nos soins, notre interlocuteur s’est montré « pessimiste » quant au vote d’aujourd’hui. D’ailleurs, les premières réactions sur les réseaux sociaux après la publication du P-V commun, samedi soir, n’ont pas du tout été encourageantes et ne prédisent rien de bon.

Déception

« Vous nous avez donné beaucoup d’espoir pour qu’enfin, vous nous présentez de tels résultats ! », regrette un résident. Un autre écrit : « Je ne vois aucun positif dans ce document», alors qu’un autre se demande carrément « à quand la prochaine action ? », dans une allusion directe à la suite du combat.
Pourtant, il faut reconnaître que dans le compte-rendu de la réunion ministère de la Santé-Camra, il y a eu accord sur de nombreux points qui n’avaient jamais fait l’objet d’entente jusque-là. Concernant la lancinante question du service civil, il a été retenu le principe de « fixer la durée de 3 à  4 ans pour les villes universitaires du nord du pays et de 1 à 2 ans pour les autres villes, y compris les villes universitaires du Sud ».
« En deçà des attentes », estime le Dr Nehlil, il fera remarquer que le caractère obligatoire reste toujours. Quant à la prime d’installation plafonnée auparavant à 20 000 DA, elle sera « versée mensuellement» et « variera entre 20 000 et 60 000 DA».

Les nouveautés

Aussi, s’agissant du plateau technique, il a été retenu que les affectations se feront en fonction de la disponibilité pour chaque spécialité.
« Ceci est une condition pour l’ouverture du poste », indique le document, dont on a retenu aussi « le principe d’affectation par groupe, de spécialités homogènes, dans un hôpital de référence ».
Des mesures qui ont déjà été validées lors des précédentes réunions. Mais, la grande « déception » des résidents, pour reprendre les propos de notre interlocuteur, a trait au service
national pour lequel les deux parties se sont mises d’accord pour que  la durée accomplie dans ce cadre soit «déductible de la durée du service civil ».
Présenté, par ailleurs, comme acquis et nouveauté à l’occasion de cette réunion, le statut particulier sera rouvert. Le ministre de la Santé a donné « un accord pour la réouverture du dossier en vue d’apporter toutes les corrections nécessaires  aux insuffisances et incohérences contenues », est-il mentionné.
Les aspects à revoir se limiteront pourtant au « droit au congé de maternité, à la couverture juridique, aux congés spéciaux et au congé scientifique ». « Les dispositions pouvant engendrer une incidence financière » sont exclues de révision, certainement au vu de la situation financière que traverse le pays. Sur ce, le représentant du Camra attire l’attention sur le fait que « l’on est devant une promesse, pas plus ». « Il y a eu des promesses en 2011, mais qui n’ont pas été satisfaites à nos jours. Comment voulez-vous qu’on se contente d’un engagement alors qu’on n’est même pas sûrs si l’actuel ministre sera maintenu à son poste ?»  s’interroge le Dr Nehlil.
Reconnaissance du Camra
Outre d’autres points relatifs au logement, au congé de maternité, à la formation et à l’exercice de l’activité lucrative, les médecins résidents ont arraché un acquis et non des moindres. Il s’agit de la reconnaissance du Camra comme représentant légal « conformément à l’article 42 de la loi 90-14 », peut-on lire dans le P-V. En effet, ledit article de la loi du 2 juin 1990 modifiée portant sur les modalités d’exercice du droit syndical, stipule que « lorsqu’aucune organisation syndicale ne remplit les conditions prévues aux articles 35 et 40 de la présente loi, la représentation des travailleurs salariés est assurée par des représentants élus directement par l’ensemble des travailleurs salariés (…) ». Reste à savoir enfin si les médecins résidents feront des concessions en se contentant de ce qui a été accordé pour le moment, même s’ils décident de poursuivre ultérieurement le mouvement, et mettre fin à la grève.  Après les AG d’aujourd’hui, « le bureau national du Camra devrait se réunir ou annoncer directement la décision finale, suivant la tendance générale ».