Synthèse Kahina Terki
Le Burkina Faso est encore sous le choc après l’attaque djihadiste qui a fait 160 morts dans la localité de Solhan. Ce massacre est le plus lourd dans ce pays qui connait une insécurité croissante depuis 2015, année à partir de laquelle les enlèvements et les attaques se sont multipliés sous la signature des groupes jihadistes, affiliés aux franchises islamo-terroristes d’Al-Qaïda ou de l’Etat islamique. Les violences perpétrées par ces groupes armés, qui se sont intensifiées en 2019, entremêlées à des conflits intercommunautaires, ont fait plus de 1.400 morts et plus d’un million de déplacés alors que des pans entiers du pays sont inaccessibles en raison de l’insécurité.
Le Burkina est classé par les pays les plus pauvres au monde (182e sur 189 par le Pnud). Entre janvier et septembre, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë a presque triplé à 3,3 millions de personnes, selon l’ONG Oxfam. Le nord du pays , comme une large partie du Mali et l’ouest du Niger, est une vaste région rurale peu habitée avec, pour les populations pastorales, peu d’accès à l’éducation et aux services sociaux de base.
C’est sur ce terreau fertile où les Etats centraux n’ont que peu d’emprise, différents groupes jihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda, un autre à l’organisation Etat islamique (EI), ont essaimé. La province de Yagha, où est situé le village de Solhan, est connue comme une zone d’action du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda) et de l’EI. Rivaux, ils combattent pour le contrôle des territoires. Un détachement militaire est bien présent à Sebba, à une vingtaine de km de Solhan, mais n’est intervenu que plusieurs heures après l’attaque. Sans revendication, il était impossible hier lundi de savoir qui de l’EI ou d’Al-Qaïda avait mené l’attaque. L’armée, peu formée et peu équipée, est retranchée dans des camps souvent installés dans la proche périphérie des centres urbains. Totalement dépassée depuis 2015, elle n’arrive pas à faire face. Fin 2019, Ouagadougou a officialisé la mise en place de groupes locaux d’autodéfense, supplétifs civils de l’armée, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Mais, comme au Mali voisin où l’Etat a officieusement soutenu plusieurs milices, l’essor de ce groupe paramilitaire a entraîné des représailles contre les civils, premières victimes du conflit sahélien. Ils sont visés par les VDP et/ou l’armée quand ils sont soupconnés de soutenir les jihadistes, et par ces derniers quand ils sont accusés d’être proches des autorités. Des militaires étrangers, français de l’opération Barkhane et tchadiens de la force régionale du G5 Sahel (Mauritanie, Tchad, Burkina, Mali et Niger), opèrent également dans le nord du Burkina où des opérations conjointes sont organisées.
D’abord minoritaires et regroupés dans un seul groupe (Ansarul Islam, proche d’Al-Qaïda, installé sur la frontière malienne) en 2015, les jihadistes n’ont cessé d’étendre leur influence depuis. L’extrême porosité des frontières avec le Niger et le Mali, dans la zone dite des «trois frontières» près de laquelle se trouve Solhan, a amplifié le phénomène. Comme au Niger, les autorités burkinabè ont longtemps rejeté la faute sur le voisin malien, affirmant encore début 2021 que les jihadistes du Sahel étaient Maliens et faisaient des razzias sur leurs territoires respectifs. Une réponse sécuritaire a d’abord été privilégiée. Le président Kaboré a ensuite ouvert la porte à un retour de jihadistes s’ils déposaient les armes, notamment dans la région de Djibo (nord), mi-2020. Un ministère de la Réconciliation a été fondé début 2021. En interne, des doutes sur la capacité de l’Etat à répondre, ont fissuré la relation entre politiques et militaires. (Sources AFP)