Deux semaines après la note du ministère de l’Intérieur, qui soumet toute manifestation populaire à une déclaration et une demande d’autorisation préalable, les marches hebdomadaires du vendredi (le 118e) pour le changement n’ont pas eu lieu sur l’ensemble des wilayas au vu du dispositif sécuritaire mis en place.

PAR NAZIM B.
Le soir de vendredi, le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Saïd Salhi, a indiqué que «sur 800 manifestants pacifiques interpellés à la 118e marche du mouvement populaire, près de 40 personnes ont été mises en garde dont une dizaine de femme». Bilan actualisé par l’activiste Zaki Hannache, qui a évoqué hier (samedi), 53 placements en garde à vue à travers 8 wilayas (Alger, Skikda, Mila, Constantine, Bordj Bou-Arréridj, Tizi Ouzou, Tébessa et Boumerdès), dont 5 femmes.
Pour de nombreux observateurs, les autorités ne comptent plus tolérer les manifestations populaires, ce qui a été critiqué par des partis de l’opposition qui ont tourné le dos aux prochaines législatives anticipées. «Le gouvernement franchit un pas qualitatif en dictant, à travers un communiqué, de nouvelles mesures restrictives pour, cette fois, empêcher carrément la poursuite des manifestations du vendredi et du mardi, déjà marquées de plus en plus par la montée de la répression et les violences policières», avait indiqué le PT de Louisa Hanoune.
«Le dernier communiqué de l’Intérieur sur les manifestations du Hirak est porteur de menaces», selon la LADDH, laquelle a estimé que «par cette sommation, le pouvoir veut remettre en cause les acquis du 22 février 2019 et empêcher l’expression pacifique dans l’espace public». Hier, le Parti socialiste des travailleurs (PST) a informé que «le pouvoir a engagé des poursuites judiciaires en référé pour la suspension provisoire du parti et de toutes ses activités ainsi que la fermeture de ses locaux».
C’est dans ce contexte tendu que la campagne de sensibilisation au rendez-vous électoral du 12 juin prochain a abordé hier son troisième jour après avoir été lancée jeudi dernier par l’ensemble des participants. Plus que les sorties de proximité et les meetings populaires qui n’ont pas encore connu leur vitesse de croisière, les prétendants ont tendance à s’appuyer sur les réseaux sociaux pour faire entendre leurs voix et convaincre les électeurs. Au vu de ce qui s’est déroulé jusque-là, force est de constater que les listes indépendantes données comme singularité de ce scrutin, au vu du nombre important enregistré pour cette joute, peinent à se donner de la visibilité. Ce qui n’est pas sans déplaire aux formations politiques, notamment celles qui nourrissent de grandes ambitions à cette occasion, à l’image du MSP, dont le président Makri fait preuve d’entrain et d’ingéniosité dans ses sorties dans lesquelles il défend le principe de la participation tout en critiquant «la position nihiliste» des partisans du boycott.
Pour leur part, les deux figures du FJD, Abdallah Djaballa et Lakhdar Benkhelaf, sont au front de la campagne du parti menée sous le mot d’ordre «restituons le pouvoir au peuple». Pour le parti de Jil Jadid, dont c’est la première participation au jeu électoral, sa campagne semble avoir privilégié un travail de proximité et de contact avec les populations accompagné par une forte présence sur les réseaux sociaux. Pour sa part, le FLN semble trouver de sérieuses difficultés à se présenter comme première force politique du pays aussi bien à cause de son discrédit auprès des populations que par les dissensions internes qui le traversent. «Plus que par le passé, le parti a enregistré un engouement de 3 000 candidats en 2021, un nombre plus important que celui connu en 2017 et 2012…», s’est réjoui son secrétaire général.
De son côté, Abdelkader Bengrina a soutenu hier à Sétif que «cette échéance électorale sera l’un des piliers à même de garantir la réussite de la réforme politique en attendant la mise en place des fondements d’un nouveau système consacrant la rupture avec les anciennes pratiques».