L’échec des négociations autour de la future politique pétrolière de l’OPEP+ a mis le marché dans tous ses états, les analystes craignant désormais un déficit en approvisionnement, à l’heure où les stocks mondiaux s’inscrivent en nette baisse. Les prix ont en revanche battu de nouveaux records. Les deux indices, américain et européen, ont atteint des sommets inégalés depuis respectivement 2014 et 2018. L’OPEP se trouve désormais au centre d’une pression accrue exercée par les grands pays consommateurs de pétrole, dont les Etats-Unis et l’Inde, invitant l’Organisation à se ressaisir et éviter de retarder la reprise économique mondiale.

Par Hakim Ould Mohamed
Les prix du pétrole ont atteint des sommets inégalés depuis plusieurs années après que les producteurs de l’OPEP+ aient échoué à trouver un compromis sur la prochaine politique en matière d’offre pétrolière. Le brut Brent a atteint, hier, un sommet de 77,84 dollars, un niveau jamais vu depuis octobre 2018, avant de perdre de son élan et de s’échanger à 76,91 dollars le baril vers midi GMT. Les contrats à terme sur le brut US, le West Texas Intermediate (WTI), se sont échangés en hausse de 75 cents, ou 1%, à 76,91 dollars, après avoir atteint 76,98 dollars plus tôt dans la matinée, le plus haut depuis novembre 2014. Les ministres de l’OPEP+, qui regroupe les producteurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avec la Russie et d’autres producteurs non-OPEP, ont abandonné les pourparlers, lundi, les négociations n’ayant pas réussi à mettre fin aux divisions au sein du groupe. Les Émirats arabes unis ont déclaré qu’ils accepteraient d’augmenter la production, mais ont rejeté une proposition distincte visant à prolonger les restrictions jusqu’à fin 2022 à partir de la date limite d’avril. Certaines sources de l’OPEP+ ont déclaré à l’agence britannique Reuters que l’OPEP+ finira par reprendre les discussions ce mois-ci et accepterait de pomper davantage à partir d’août, tandis que d’autres sources ont déclaré que les restrictions actuelles pourraient rester en place. L’échec des producteurs de l’OPEP+ à trouver un consensus sur la prochaine politique en matière de production, sur fond de querelles auxquelles se livraient Saoudiens et Emiratis, n’a pas été sans conséquences sur le marché qui semble se resserrer davantage, alors que les stocks continuent de baisser. Cette baisse est en grande partie due au fait que l’OPEP+ offre moins de pétrole et que la croissance de la demande attendue dans les mois à venir risque de dépasser l’offre, estiment les analystes et les professionnels du secteur. Le groupe OPEP+ devrait ajouter 2 millions de barils par jour (bpj) entre août et décembre.

Baisse des stocks mondiaux
Cette perspective est tributaire, néanmoins, d’un accord entre les Émirats arabes unis et tous les autres producteurs sur les niveaux de calcul de la production. Un tel accord semble désormais peu probable car l’OPEP+ a reporté sine die sa réunion de lundi matin. L’offre supplémentaire proposée de 2 millions de b/j, en versements mensuels de 400 000 b/j, serait considérablement inférieure à ce dont le marché pétrolier aurait besoin, alors que la demande rebondit, selon de nombreux analystes. Le plus grand négociant en pétrole au monde, Vitol Group, estime également que le marché mondial du pétrole continuera de se resserrer, indépendamment du fait que l’offre devrait augmenter pour le reste de 2021. En conséquence, les stocks mondiaux de pétrole devraient continuer à baisser car les marchés auraient besoin de plus de pétrole brut que l’OPEP+ prévoit d’en ajouter pour le reste de l’année. Un assouplissement de 400 000 bpj des coupes chaque mois jusqu’en décembre soutiendrait les prix du pétrole, ont déclaré, lundi, les stratèges d’ING. Depuis plusieurs semaines, les indications et commentaires des principaux producteurs de l’OPEP+ suggèrent que l’alliance n’allègerait pas trop les niveaux de production, du moins pour les quelques mois à venir. Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdelaziz Ben Salman, a signalé le maintien d’une politique prudente au sein de l’OPEP+. «Il y aura toujours une bonne quantité d’offre pour répondre à la demande, mais nous devrons voir la demande avant de voir l’offre», a déclaré Abdelaziz Ben Salman lors d’un forum en Russie début juin. Les prévisions d’un retour en force de la demande entretiennent de l’optimisme sur le marché pétrolier, bien qu’une grande partie des analystes préviennent que l’OPEP+ ne laissera pas les prix du pétrole dépasser les 80 dollars le baril. Un pétrole au-dessus de 80 dollars ralentirait la croissance de la demande et nuirait aux économies en reprise. Pendant ce temps, le troisième importateur mondial de pétrole, l’Inde, a encore une fois appelé l’OPEP+ à assouplir les réductions et à arrêter la hausse des prix menaçant la reprise de la demande.

Goldman Sachs prévoit un Brent à 80 dollars
La banque américaine d’affaires, Goldman Sachs, a indiqué, hier, que l’échec des pourparlers avait introduit de l’incertitude dans la trajectoire de production du groupe OPEP+, tout en maintenant sa prévision d’un prix du Brent à 80 dollars le baril et d’une augmentation progressive de la production au début de l’année prochaine. «Les différences entre les deux parties», l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis en l’occurrence, «semblent surmontables car les deux pays conviennent d’augmenter la production jusqu’à la fin de l’année avec l’incertitude toujours élevée pour les objectifs de 2022, rendant inutile aujourd’hui tout engagement à long terme», estime Goldman Sachs dans une note diffusée, hier, au lendemain de l’échec des pourparlers de l’OPEP+. De son côté, l’administration Biden fait pression pour une sortie de l’impasse et un compromis entre les producteurs, a déclaré, hier, un porte-parole de la Maison Blanche. «Nous ne sommes pas partie prenante de ces pourparlers, mais les responsables de l’administration se sont engagés avec les capitales concernées pour demander instamment une solution et un compromis qui permettra aux augmentations de production proposées de se concrétiser», a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche. Malgré l’échec des pourparlers et le report sine die de la réunion de l’OPEP+, le ministre irakien du Pétrole Ihsan Abdul Jabbar a indiqué, lundi, rester optimiste, que son pays ne voulait pas voir les prix du pétrole grimper au-dessus des niveaux actuels et qu’il espérait qu’une date d’une nouvelle réunion de l’OPEP+ serait fixée dans les 10 jours à venir. Signe d’un resserrement du marché, le principal exportateur de pétrole du groupe OPEP+, l’Arabie saoudite, a relevé les prix de vente officiels de toutes les qualités de brut qu’il vend à l’Asie pour les livraisons prévues pour août, a déclaré, hier, la compagnie pétrolière de l’État saoudien, Aramco. n