Après «l’exécution» atroce de Chaïma, le débat sur la levée du moratoire sur l’application de la peine de mort est relancé. Sur les réseaux sociaux, écœurés, des milliers d’internautes exigent le retour de la potence pour le monstre, récidiviste…

Ils auraient été aujourd’hui de beaux jeunes hommes. Ils auraient eu vingt ans, un peu plus. Mais Haroun et Brahim ne verront jamais leur treizième année. En 2013, deux monstres ont décidé qu’ils ne vivraient pas. C’était il y a sept ans, et un sociopathe avait demandé à son compagnon et complice d’aller «ramener des garçons pour s’amuser». Brahim et Haroun se trouveront au mauvais endroit, au mauvais moment.
Ils seront retrouvés le lendemain dans des valises, abusés et strangulés.
Cheima était sorti. On ne sait pas pou où, ni pourquoi. Là n’est pas notre propos. Du haut de ses 19 ans, presque une beauté fatale, elle ne reviendra pas à la maison. Un monstre, un autre avait décidé de la «punir» en la violant, l’égorgeant et la brulant. Tout simplement.
Brahim, Haroun, les deux Chaïma, Salsabil, Khaoula, Amira, et tant d’autres enfants ou ados qui ont quitté ce bas monde à la fleur de l’âge. Leur seul tort et d’avoir croisé un jour un monstre assoiffé de sexe, ou de sang, ou les deux. Les rapts avec homicides se multiplient malheureusement chez nous depuis une vingtaine d’années, et la justice aura, la plupart du temps, la main lourde en condamnant leurs auteurs à la peine capitale. Mais personne ne passera sur le billot, sur la chaise électrique, au gibet, ou par les armes.
Le moratoire sur la peine de mort, à partir de 1993, est toujours actif. Le dernier exécuté a été Hocine Abderrahim après sa condamnation à la peine capitale, suite à l’attentat de l’aéroport d’Alger le 26 août 1992.
Depuis les couloirs de la mort sont toujours là, où s’entassent des dizaines de condamnés qui ne verront jamais la sentence ultime appliquée. La vox populi ne cesse, dès qu’il y a une affaire qui secoue les tréfonds de tout être humain, de réclamer le retour de la faucheuse pour les auteurs de rapts d’enfants, de viols, et de meurtres. L’Etat ne cédera jamais et les monstres resteront isolés dans leurs cellules jusqu’à… Au fait jusqu’à quand ?
«Faux, nous dira un avocat du barreau de Constantine. Les condamnés à mort sont dans une cellule individuelle, c’est vrai, mais le couloir de la mort n’est qu’une vue de l’esprit. Ils ont à leur disposition Internet, un régime spécial, la télé, les visites, les journaux. Les soi-disant droits de l’homme sont passés par là.»

Le débat sur la peine de mort revient
En tout cas, avec la disparition de deux filles enfants à Tlemcen au mois d’août, dont l’une a été retrouvée, et «l’exécution» atroce de Chaïma, le débat sur la levée du moratoire sur l’application de la peine de mort est relancé. Sur les réseaux sociaux, écœurés, des milliers d’internautes exigent le retour de la potence pour le monstre, récidiviste, qui a tué Cheima. Même des cadors des droits de l’homme demandent l’application de la sentence de mort sur des cas bien précis d’assassinats et d’enlèvements, surtout d’enfant.
Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune n’est pas resté insensible à la souffrance des parents des victimes d’atrocités, ni aux doléances des internautes scandalisés, car il a profité du conseil des ministres pour ordonner «l’application des peines maximales, sans possible allègement ou grâce, contre les auteurs de crimes d’enlèvement de personnes», et ce «quels que soient les tenants et aboutissants de l’acte d’enlèvement.» Par «application des peines maximales», le doute n’est plus permis de penser que c’est la peine capitale qui va réinvestir les prétoires des tribunaux.
Néanmoins, le président de la République a précisé «que la Loi fasse la distinction entre les affaires liées à l’état civil, à l’instar des cas d’enlèvement d’enfants issus de mariages mixtes, et celles s’inscrivant dans le cadre de la protection et de la lutte contre l’enlèvement pour éviter les dilutions.»
Aux associations de la société civile qui auront à jouer dans la nouvelle Algérie, le président proposera à ces dernières de se constituer en tant partie civile, impliquant, par la même, toute la société algérienne.
Tout cela pour «l’engagement de l’Etat à protéger les citoyens, à renforcer la justice et la primauté de la loi en vue de consolider le processus démocratique et restaurer l’autorité de l’Etat pour être juste et protecteur des faibles au vu de la propagation du phénomène d’enlèvement, étranger à notre société.»
Il est donc clair que le débat sur l’application de la peine de mort est relancé, et bien relancé. La multiplication des cas d’enlèvements pour des motifs pécuniaires et/ou crapuleux, suivis le plus souvent d’assassinats odieux ne sont plus «un fléau étranger à la société algérienne» malheureusement. Ce n’est pas encore une seconde nature, mais tout porte à croire que ce phénomène, ce «fléau», n’est pas près de disparaitre. Le retour de l’application de la peine de mort le fera-t-il fléchir ? La peine de mort sera-telle dissuasive ? Elle ne l’a pas été dans d’autres contrées et ne le sera sans doute pas sous nos latitudes. Mais le débat est tout juste relancé, et les avis, toujours aussi tranchés, chacun y allant de ses arguments, s’entrechoquent et se contredisent. A la justice de prendre, donc, ses responsabilités. n