Comment rattraper les jours de congé forcé pris par les élèves de l’Education nationale pour stopper les cas d’infection et prévenir toute nouvelle contamination au Covid-19 ? En réponse à cette question, le département de Belabed propose un programme de rattrapage par le réaménagement des examens de fin de cycle et la réduction des vacances de printemps. Les syndicats, eux, doutent de l’efficacité de ce plan qu’ils jugent «insuffisant» en comparaison avec les cours perdus pendant la pause sanitaire et les divers mouvements de grève.

PAR MILINA KOUACI
Le ministère de l’Education nationale maintient une année scolaire à trois trimestres. Cependant, le département de Abdelhakim Belabed a pris une série de mesures relatives à un réaménagement du calendrier des examens des deux trimestres restants et des vacances. Il a, en effet, annoncé, samedi dans un communiqué rendu public, le report des devoirs surveillés et des compositions du deuxième trimestre à une date ultérieure et de réduire la durée des vacances de printemps à neuf jours.
La période de quinze jours, durant laquelle les écoles ont été fermées en raison de la propagation du coronavirus dans le milieu scolaire, a impacté le déroulement du programme et de l’année scolaire. Le ministère a annoncé le report des devoirs surveillés, prévus pour le deuxième semestre, au CEM et au lycée à la période s’étalant du dimanche 20 février au jeudi 24 février. Il a aussi décidé de reporter le déroulement des compositions du deuxième semestre pour les trois cycles pédagogiques du dimanche 20 mars au jeudi 24 mars. Le ministère a pris la décision de procéder aux corrections collectives avec les élèves, de leur remettre les feuilles de réponses et tenir des conseils de classe hors temps réservé au cours, du dimanche 27 mars au jeudi 31 mars et de réduire la durée des vacances de printemps à neuf jours en les reprogrammant du jeudi 31 mars au samedi 9 avril.
Le partenaire social est, cependant, moins optimiste. En raison de la suspension des cours, les écoles accusent un retard de trois semaines dans l’avancement du programme scolaire. Outre la fermeture des écoles, la grève cyclique de deux jours par semaine initiée par le Cnapestea également ralenti le programme scolaire. Cependant, le défi pour les parents d’élèves est celui de la qualité de l’enseignement et de l’amélioration du niveau des élèves. «Je me demande si l’école est un lieu d’éducation ou uniquement d’organisation et de déroulement des devoirs et examens», s’est écrié Ali Benzina, président de l’Organisation nationale des parents d’élèves (ONPE). «Les enfants vont à l’école pour apprendre et consolider leurs connaissances et non pour être examinés, notamment dans ce contexte exceptionnel, où ils ont perdu jusqu’à un mois de cours. Même si le ministère de l’Education a décidé d’exploiter une semaine des vacances de printemps pour rattraper les cours, le programme de l’année scolaire est irrécupérable à moins de bourrer le crâne des élèves», s’insurge M. Benzina.
Moins alarmiste, le président de l’Unpef, SadekDziri, estime que les mesures arrêtées par la tutelle vont permettre de ne récupérer qu’une partie des cours perdus du fait du maintien des devoirs surveillés et des examens du 2e trimestre. «Nous aurions aimé que la tutelle annule les devoirs et maintient les examens afin de gagner une semaine de cours. Malheureusement, cela n’a pas été le cas», regrette M. Dziri. Les mesures vont permettre de récupérer une partie des cours perdus. «Les écoles ont été fermées pendant trois semaines, écourter les vacances d’hiver d’une semaine va permettre de récupérer 10 jours de cours.» Toutefois, il estime que le retard est récupérable si la situation sanitaire reste stable et gérable dans l’enceinte scolaire.
Ce dernier rappelle que le ministère a mis en place des plans exceptionnels portant organisation de la scolarité des élèves et a raccourci le programme scolaire en l’adaptant à la situation sanitaire exceptionnelle. «Le retard n’est pas énorme comme le laisse penser certaines parties. Il est récupérable si la situation sanitaire reste gérable et les écoles maintenues ouvertes», précise le président de l’Unpef.
Dans un autre contexte, le président de l’ONPE reproche à la tutelle d’annoncer des décisions qui «ne sont pas concrétisées sur le terrain». La tutelle a insisté sur la nécessité d’une prise en charge psychologique des élèves via le système d’orientation scolaire et de les accompagner pour surmonter les effets de cette pandémie sur les plans psychologique et éducatif. «Il n’y a que les écoles secondaires qui disposent de conseillers d’orientation scolaire, et encore, pas tous les lycées», dénonce M. Benzina. Il estime que cette mesure «est loin d’être appliquée sur le terrain». Il indique que les enseignants ont entamé dimanche les cours, sans revenir sur la période de fermeture des écoles, demandant ainsi d’associer les pédagogues et les psychologues scolaires dans la concertation et la prise de décision. «Sans eux, les résultats ne seraient pas satisfaisants», prédit M. Benzina.