Un match important nécessitait des choix cruciaux. Djamel Belmadi, sélectionneur de l’équipe nationale, en a fait dimanche lorsqu’il a établi son onze de départ pour le Togo à Lomé. Un duel comptant pour la 5e journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2019 que les «Verts» se devaient -surtout- de ne pas perdre dans un premier temps et de l’emporter si possible. Avec une équipe très offensive, le coach national  a gagné un pari fou. Celui de corriger les Togolais chez eux (1/4) en inscrivant trois buts rien que lors de la première demi-heure. Une performance qui a offert les 3 points et la qualification à la CAN pour les Fennecs qui termineront, quoi qu’il arrive, leaders du groupe « D ». Elle permet aussi de mettre fin à une longue disette de 2 ans et demi sans succès à l’extérieur.

Battus à Cotonou en octobre dernier, les «Fennecs» étaient sérieusement en danger avant de se rendre chez les «Eperviers». Fragilité, perte de repères et incapacité de faire le jeu, «El-Khadra» présentait de dangereux symptômes. Elle était même devenue une sélection fantôme. Juste l’ombre de celle qui avait réalisé un magnifique et mémorable Mondial en 2014 au Brésil. Pourtant, l’ossature était quasiment la même à quelques départs en retraite près et des joueurs qui ont pris de l’âge et vu leur forme baisser. Un statut de grand d’Afrique biaisé.
Mais voilà qu’en l’espace d’un match, les camarades de Riyad Mahrez ont survolé la partie dans un stade plein à craquer. Rien n’a semblé les perturber. Ni le contexte, ni l’ambiance hostile. Encore moins l’adversaire qui n’avait pas vraiment fait le poids en prenant 3 buts après 30 minutes de jeu.

La gagne partout

Pour la première fois depuis un bon moment, deux ans et demi plus précisément, on a pu voir nos Dz jouer le foot qu’ils aiment. Qu’on aime. Dominer l’adversaire sur le plan physique et tactique mais aussi technique. Le tout était illustré dans le 4e but signé Bounedjah, qui s’est joué de son vis-à-vis d’un superbe petit pont dans un angle mort pour se présenter face au portier et le lober. Tout en lucidité. Perspicacité, c’est LE mot pour qualifier l’attitude des poulains de Belmadi dimanche. Un groupe ambitieux et valeureux qui a pu retrouver les certitudes ainsi que la culture de la gagne à l’extérieur. Pour le coach : «Il était inadmissible de rester près de trois ans sans gagner à l’extérieur. Il fallait mettre fin à cette mauvaise habitude. Désormais, on ne doit plus avoir à enregistrer de telles mauvaises séries. C’est fini. On doit savoir gagner à domicile et à l’extérieur aussi.» C’est la mentalité des Winners.

Solidaire pour renforcer la solidité
On était donc loin du vulnérable et des largesses qu’on a pu voir lors des derniers mois. Le jeu a semblé plus cohérent. Plus fluide. Même s’il y a eu quelques failles par moment. Il faudra y remédier avant le début de la CAN 2019 en juin prochain pour se présenter au tournoi continental avec l’équipe la plus infaillible possible.
La défense, qui a encore une fois craqué avant-hier, sera le chantier par excellence pour le driver. Un secteur de jeu très sensible et décisif pour espérer aller le plus loin possible dans la compétition phare du football africain. Cependant, l’attaque des «Guerriers du Sahara» reste l’atout premium avec les Mahrez, Bounedjah, Slimani, Feghouli, Brahimi outre le très prometteur Ounas ainsi que Benzia. Parmi eux, le piermier nommé sera la tête de Gondole. Malgré lui car il joue pour un club huppé : Manchester City. L’exigence lui collera à la peau comme les adversaires qui voudront le marquer. D’ailleurs, dimanche, il a planté un doublé pour répondre à ceux qui ont dit qu’il n’avait le même rendement avec la sélection comparé à ses prestations avec les «Citizens».

Les individualités au service du collectif

Emmanuel Adebayor, la star du Togo ayant joué au plus haut niveau, avait son avis sur ce sujet : «Mahrez est actuellement un des meilleurs joueurs africains. Ce n’est pas pour rien s’il évolue dans un des meilleurs clubs de la Premier League, dans une équipe qui compte des joueurs comme Aguero, Sané, De Bruyne et d’autres encore. Sans oublier qu’il est dirigé par un des meilleurs entraîneurs au monde à savoir Pep Guardiola. Aujourd’hui (dimanche, ndlr), il a fait étalage de tout son talent et a grandement participé au succès de sa sélection. Rien à dire, c’est un joueur très talentueux qu’il faut protéger. Mais quand les choses vont mal, c’est souvent les stars qui sont ciblées», a réagi le longiligne avant-centre passé par Arsenal et City aussi. En tout cas, Belmadi a décidé, malgré les critiques à l’encontre de Mahrez, de maintenir au poste même s’il a fait sauter d’autres joueurs du onze pour le moment. Des habituels indéboulonnables. Pour preuve, Bentaleb, méconnaissable ces derniers mois, n’a pas été retenu. Un signal fort que Riyad a, manifestement, reçu. Pour le chef de la barre technique, la star, c’est l’équipe et l’union fait la force. Le message est passé. Le doute est-il définitivement chassé ? C’est ce qu’on saura lors des prochaines sorties. A commencer par l’examen blanc contre la Gambie en mars prochain. Sur le plan comptable, il ne changera rien au classement puisque Feghouli & cie se sont assurés la première place. Sur le plan du suivi, il sera important car il faudra confirmer et prouver qu’on a basculé dans la classe au-dessus.