Le scénario que craignaient les observateurs de l’évolution de l’épidémie du Covid-19 dans notre pays est devenu une réalité. Hier, mardi, les autorités du pays ont à nouveau ordonné la mise sous confinement partiel de 18 communes de la wilaya de Sétif. Le placement à l’isolement fragmentaire de ces collectivités, entre 13 heures de l’après-midi et 5 heures du matin, est devenu inévitable en raison du non-respect des règles de prévention et de protection et après la hausse inquiétante des contaminations au nouveau coronavirus.

C’était prévisible. Plusieurs communes de la wilaya de Sétif, devenue épicentre de l’épidémie du nouveau coronavirus, doivent passer aujourd’hui en mode confinement partiel. Au vu de la situation épidémiologique qui a prévalu ces derniers jours au niveau de cette wilaya, avec une hausse sensible des cas de contamination et les conséquences qui ont suivi, dont la saturation des services Covid au niveau des hôpitaux, un reconfinement de certaines localités était devenu inévitable. Des localités dans d’autres wilayas devraient certainement être soumises à des mesures qui seraient en conformité avec l’évolution de leur situation épidémiologique.
«Un confinement partiel sera imposé à compter de mercredi (aujourd’hui, ndlr), de 13 heures au lendemain 05 heures, dans 18 communes de la wilaya de Sétif, et ce, pour une durée de quinze jours», a indiqué le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, dans un communiqué diffusé hier, expliquant que cette mesure entre «dans le cadre du renforcement des mesures préventives contre la propagation du coronavirus».
Les communes concernées par cette décision de durcissement du confinement prise conséquemment à l’évolution de la situation épidémiologique au niveau de cette wilaya, sont «Sétif (chef-lieu de wilaya), Aïn Arnat, Aïn Abassa, Ourissia, Ain Oulmène, K’sar El Abtal, Guellal, Ain Azel, Ain Hd’jar, Bir H’dada, El Eulma, Bazer Sekra, El Guelta Ezzerka, Bougaa, Aïn Roua, Beni Oussine, Baida Bordj (Centre) et Aïn K’bira», a précisé le ministère de l’Intérieur dans son communiqué. Ainsi, durant quinze jours, le confinement partiel impliquera pour les communes susmentionnées «un arrêt total» de l’ensemble des activités commerciales, économiques et sociales y compris la suspension du transport des voyageurs et la circulation des voitures, est-il expliqué de même source. En parlant d’activités commerciales et économiques, certains estiment que la limitation de ces acticités dans la commune d’El Eulma suite aux nouveaux horaires de couvre-feu sera «un coup dur pour cette commune connue pour être une plaque tournante du commerce et un pôle industriel non négligeable».
Des décisions similaires pourraient être prises
dans d’autres wilayas
Quoi qu’il en soit, le non-respect des mesures de prévention a conduit à une situation épidémiologique qui était attendue et à une décision également attendue, notamment après que le gouvernement eut appelé les autorités locales à prendre les décisions qui s’imposent. A la fin du dernier, le gouvernement avait, en effet, exhorté les autorités locales de procéder au confinement ciblé des localités où des foyers d’infection de Covid-19 était mis à jour et en cas de recrudescence des contaminations. Les mêmes autorités ainsi que les services de sécurité étaient appelés à «appliquer, avec toute la rigueur et la fermeté nécessaires, les sanctions prévues par la loi et les règlements en vigueur à l’encontre de tout contrevenant aux mesures de prévention sanitaire».
La wilaya de Sétif est classée deuxième en terme de nombre d’habitants après la capitale et c’est la troisième la plus touchée par la pandémie après Blida et Alger. Jusqu’à hier, elle a totalisé près de 1.600 cas de contamination au Covid-19. D’où, la nouvelle mesure concernant la wilaya de Sétif intervient, explique le ministère de l’Intérieur, «en application des dispositions du décret exécutif 20-168 du 29 juin 2020 portant prorogation du confinement partiel à domicile et renforcement du dispositif de lutte contre l’expansion du Covid-19, notamment son article 3 obligeant mesdames et messieurs les walis, lorsque la situation sanitaire l’exige, de procéder au confinement partiel ou total ciblé d’une ou de plusieurs localités, communes ou quartiers connaissant des foyers ou des clusters de contamination».
Les nouvelles mesures pour la wilaya de Sétif ont été saluées par le membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution du nouveau coronavirus, Dr Mohamed Bekkat Berkani, «étant donné que les autorités locales connaissent mieux la situation épidémiologique dans leur région et ont la latitude d’agir». Il explique que «cela fait partie de leurs responsabilités et entre également dans le cadre de la décentralisation de la décision préconisée par le gouvernement» car «ce n’est pas normal que ce soit le gouvernement qui décide au niveau local» ou «que ce soit le ministère de la Santé qui intervient, à chaque fois, pour des décisions pouvant ou devant être prises au niveau local».
De la responsabilité des autorités locales, des DSP…
Par ailleurs, au vu de la situation dans d’autres wilayas qui connaissent un fort taux de contamination, il n’exclut pas que leurs responsables locaux puissent prendre des décisions similaires en procédant à un confinement partiel mais tient à souligner, encore une fois, que cela relève désormais de «leurs prérogatives et leur responsabilité».
Dr Bekkat Berkani va plus loin, en répondant à une question sur les carences dans la gestion de la maladie dans certains hôpitaux des wilayas de l’intérieur, en estimant qu’«il est légitime que la population exprime son désarroi» et qu’il est «anormal qu’il faille, parfois, que ce soit le ministre de la Santé qui se déplace lui-même dans certaines localités pour régler un problème. Il faut que les autorités locales prennent leurs responsabilités, prennent les décisions au niveau des hôpitaux, voient leurs demandes et doléances. C’est le travail des walis, des directions de la santé et de la population (DSP) au niveau des wilayas, etc. Sinon à quoi sert-il d’avoir des autorités locales notamment en cette période de coronavirus où tous les responsables à tous les niveaux doivent agir et conjuguer leurs efforts ?».
A titre d’exemple, des habitants de Biskra qui ont perdu un de leurs proches suite au coronavirus se sont rassemblé devant la DSP pour réclamer plus de moyens pour le service Covid à l’hôpital de la ville. Ils ont été touchés dans leur chair et comprennent parfaitement que cette maladie ne pardonne pas peut être fatale si elle n’est pas bien prise en charge. C’est ce qui a poussé, encore une fois, Dr Bekkat Berkani à lancer un énième appel à la vigilance, notamment en respectant le port du masque et la distanciation physique, déclarant, par la même occasion, que les «citoyens qui ont perdu un des leurs peuvent aussi faire de la sensibilisation en exhortant les autres à respecter les mesures de prévention, car qui de mieux que quelqu’un qui a perdu un proche pour véhiculer le message de l’impérative prévention ?».
C’est le même appel lancé par le professeur Réda Malek Hamidi, chef de service réanimation au CHU de Béni Messous (Alger), qui a affirmé que les deux services réservés pour les cas graves de Covid-19 ne sont plus en mesure d’accueillir d’autres malades. Dans son appel, il déclare que «le service de réanimation du CHU de Béni Messous est saturé. Choisissez entre le masque de protection et le masque d’oxygène». Parmi les wilayas les plus touchées par la pandémie, outre Sétif, Blida et Alger, il y a Oran, Constantine, Ouargla, Tipasa, Batna, Ain Defla, Bejaia, Tlemcen, Biskra, Djelfa, Medea, Annaba et Boumerdès, n