Le décès, vendredi, suite à une infection au Coronavirus de la jeune médecin Wafa Boudissa, généraliste exerçant à l’hôpital de Ras El Oued, wilaya de Bordj Bou-Arréridj, a mis en émoi toute la région des Hauts-Plateaux bouleversée par les circonstances dans lesquelles est survenu ce drame dont l’onde de choc a gagné tous les Algériens attristés et consternés par la nouvelle.

Agée de 28 ans, Wafa Boudissa est décédée après un séjour d’une semaine à l’hôpital d’Aïn Kebira, la ville où elle résidait. En plus de la famille de la défunte endeuillée par la disparition de la jeune médecin qui était enceinte, ce drame a été également celui du corps médical, fortement mobilisé et au premier rang de cette bataille inlassable contre la pandémie de la Covid-19, qui enregistre une nouvelle victime.
Le décès de Wafa Boudissa allonge en effet la liste des médecins emportés par le nouveau Coronavirus dont la lutte a mis en état d’alerte tout le système de santé et le personnel qui y exerce en mettant en péril leur vie pour sauver celles des autres. Ils étaient déjà 8 médecins à trouver la mort à cause du coronavirus, avait déploré Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).
Le Dr Tilmatine, praticien généraliste à l’hôpital de Sidi M’hamed, est la première victime du virus dans le corps médical. Ensuite, il y a eu le professeur Si Ahmed, décédé au CHU de Blida, puis deux généralistes exerçant dans le privé à Blida, Dr Kebali et Dr Djama Kebir. Par la suite, la famille de la médecine a perdu le jeune Salim Latrèche de l’hôpital de Kherata, et Hamoudi Abdelkrim, exerçant à l’hôpital de Bouzaréah et un autre du CHU de Beni Messous. Le virus a aussi emporté deux médecins de Sétif, dont un est décédé au CHU Mustapha d’Alger, selon M. Merabet, qui a fait part d’autres cas de décès du personnel médical, citant notamment le chauffeur d’ambulance de l’hôpital de Boufarik, un infirmier à Blida et un agent de sécurité à l’hôpital de Béjaïa.
Cette exposition du corps médical au danger a fait réagir les pouvoirs publics à concéder une prime exceptionnelle au profit des personnels des structures et établissements publics relevant du secteur de la santé, mobilisés dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la propagation du coronavirus. La prime est servie mensuellement selon des montants forfaitaires allant de 10 000 DA au profit des personnels administratifs et de soutien, 20 000 DA pour le personnel paramédical et de 40 000 DA pour le personnel médical, selon le décret présidentiel instituant la décision. Elle est servie pour une période de trois mois renouvelables. Son bénéfice peut être étendu à d’autres catégories de personnels mobilisés dans ce contexte de crise sanitaire.

Ouverture d’une enquête
La disparition de Wafa Boudissa, au-delà de l’émoi qu’elle a suscité sur fond de condamnation générale, a provoqué un mouvement dans le secteur de la santé dont la hiérarchie a ouvert une enquête pour identifier les responsabilités de ce drame. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, qui s’est déplacé, hier au domicile familial de la défunte, a déclaré que l’Algérie «a perdu un médecin qui exerçait dans un service qui présente beaucoup de danger, ce qui soulève de nombreuses questions». Le ministre a fait part, par la même occasion, «des instructions qui ont été données à l’effet de dépêcher l’inspecteur général du ministère de la Santé et de la Population à l’hôpital de Ras El-Oued, dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, où exerçait Dr Boudissa, pour s’enquérir des raisons qui ont amené la défunte à travailler dans un service constituant un danger pour elle et son fœtus».
Sur les raisons qui ont poussé le médecin à continuer à exercer alors qu’elle était enceinte de huit mois et qu’elle était censée être légalement exempte, le ministre de la Santé a déclaré qu’elles «sont encore méconnues», promettant des «sanctions fermes» contre les responsables. «Le ministère de la Santé a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de la mort du médecin enceinte, survenue à l’hôpital d’Aïn Kebira, après avoir contracté le Coronavirus alors qu’elle exerçait à l’hôpital de Ras El Oued dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj», a souligné le ministre, accompagné de la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Kaouther Krikou.
Les deux ministres s’étaient rendus au domicile du médecin décédé dans la commune d’Aïn Kebira où ils ont présenté à sa famille les condoléances au nom du Président de la République, du Premier ministre, des membres du gouvernement et du secteur de la santé.
Relevant que l’enquête était en cours à l’hôpital de Ras El Oued, menée par l’inspecteur général du ministère de la Santé, M. Benbouzid a ajouté que «jusqu’à présent, aucune accusation n’est portée contre quiconque», affirmant «attendre les résultats de l’enquête». Pour sa part, le directeur de l’hôpital de Ras El Oued a indiqué dans un post facebook que la défunte a été admise à l’hôpital d’Aïn Kebira le 9 mai et que des analyses de l’Institut Pasteur ont confirmé qu’elle était atteinte de la Covid-19 en date du 12 mai avant de décéder le 15 mai.
Le même responsable soutient que le médecin n’avait pas eu à traiter les patients atteints du coronavirus dans la mesure où l’établissement de Ras El Oued n’est pas concerné par le traitement des cas de la Covid-19 qui sont admis au niveau de l’hôpital Bouzidi-Lakhdar au chef de lieu de la wilaya de Bordj Bou-Arréridj. Le premier responsable de l’hôpital de Ras El Oued ne s’est pas exprimé cependant sur les raisons pour lesquelles ce médecin continuait de travailler alors qu’elle était enceinte de huit mois. n