Les cités universitaires sont encore sous le choc depuis le décès, samedi, d’une résidente de la cité de jeunes filles Ouled Fayet 2 dans des circonstances dramatiques.
Le drame, en plus d’avoir endeuillé la famille de la défunte, originaire de Tiaret, continue de susciter émoi, consternation et désarroi dans les facultés et cités universitaires. Ce qui n’est pas sans rappeler les récurrents cris d’alerte des étudiants quant aux conditions préoccupantes dans lesquelles ils vivent, pointant notamment des prestations nettement en deçà des attentes et des budgets alloués aux œuvres universitaires.
La triste nouvelle semble avoir sonné la nécessité de revoir le mode de gestion des œuvres universitaires, suggèrent plus d’un acteur du champ de l’université.
Le président du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), Abdelhafid Milat, s’est révolté contre une «gestion archaïque» qu’il dit croire révolue car digne des années 1960.
« Nous continuons de gérer le secteur des œuvres universitaires avec les mêmes méthodes des années 1960 alors que le monde a évolué et notre pays avec», dit M. Milat. Ce dernier fait savoir que le ministère de tutelle consacre 112 milliards de son budget à la gestion des œuvres universitaires sans que ces dépenses se traduisent sur le terrain par des prestations de qualité de nature à permettre aux résidents de se consacrer à leurs études.
Pour lui, les prestations fournies ne correspondent pas au «budget faramineux» consacré à la gestion des œuvres universitaires et qui «dépasse largement le budget de fonctionnement de certains ministères».
Ce dernier suggère ainsi aux autorités compétentes de revoir dans son intégralité le mode de gestion des œuvres universitaires. «Je pense qu’il faut aller vers la privatisation des œuvres universitaires pour le bien de l’Etat et de de l’étudiant», ajoute notre interlocuteur, qui explique qu’il s’agira d’une privatisation qui doit s’opérer à travers un cahier des charges arrêté par le ministère avec des opérateurs privés en fonction du budget consacré à ce secteur.
Pour lui, «si les prestations fournies étaient à la hauteur, aucun étudiant ne serait contraint de cuisiner dans sa chambre», allusion aux circonstances du décès de l’étudiante dans la cité d’Ouled Fayet.
D’ailleurs, pour des organisations estudiantines, l’accident mortel qui s’est produit samedi dernier risque de se reproduire dans d’autres résidences.
Pour preuve, un nombre important d’étudiants se réchauffent avec des résistances et cuisinent avec des réchauds à gaz dans leurs chambres au vu de la qualité des repas qui leur sont servis dans les restaurants des cités universitaires.
D’où l’urgence, selon l’Ugel et l’Unea de remédier à cette situation préoccupante en œuvrant à l’amélioration des prestations universitaires et des conditions de vie dans les résidences. «La négligence et l’atermoiement des responsables ont conduit au décès de l’étudiante pour avoir ignoré les revendications exprimées de façon répétitive par les étudiants, mais sans suite», regrette l’Union générale des étudiants libres (Ugel).
Pour cette organisation, les étudiants des cités universitaires demandent annuellement, notamment pendant la saison hivernale, d’améliorer les prestations universitaires, mais certains responsables n’hésitent pas à donner un caractère politique à ces revendications», reproche l’Ugel.
L’incident qui s’est produit samedi au niveau de la résidence des filles n’est que le résultat de «la dégradation» des prestations universitaires et de l’indifférence de l’administration face aux revendications exprimées», accuse l’Ugel.
Pire encore, cet incident pourrait «se reproduire si les autorités compétentes ne remédient pas à la situation des résidences», s’inquiète l’organisation estudiantine, qui appelle dans ce sens les hautes autorités à intervenir en «urgence» pour la «rénovation» des résidences U et demander des comptes de tous les responsables qui n’honorent pas leurs engagements.
Pour sa part, l’Union nationale des étudiants algérien (Unea) a appelé à infliger des peines à tous les responsables de ce «crime odieux».
L’Unea demande au ministère et à la Direction des œuvres universitaires d’assumer leurs responsabilités juridiques de ce qu’est devenue la gestion du secteur.
« Nous appelons les autorités compétentes à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux problèmes du secteur et d’épurer le secteur des pseudos-responsables», exige l’Unea. n