La série noire des médecins emportés par le coronavirus ne cesse de s’allonger à mesure que la crise sanitaire s’inscrit dans la durée. Mais surtout à mesure que l’épidémie enregistre une recrudescence inquiétante avec une hausse de cas de contaminations, qui n’épargne pas le corps médical engagé dans cette bataille contre la Covid-19.

En première ligne de la lutte contre la pandémie, et ce, depuis quatre mois, les médecins qui continuent de payer un lourd tribut à la Covid-19 ne cessent d’interpeler la conscience des citoyens.
La multiplication de ces cas de décès et de contaminations, enregistrée ces derniers jours parmi le personnel soignant, atteste, si besoin est, que la situation épidémiologique a atteint un niveau tel qu’il exige la mobilisation de tous pour y faire face et éviter une situation ingérable que risquent de générer les comportements d’insouciance et l’indiscipline des citoyens.
Hier, c’est le secteur médical de la wilaya de Laghouat qui a été endeuillé par la disparition du Directeur de l’Etablissement hospitalier spécialisé «Mère-enfant» Hakim Saadane, âgé de 59 et atteint de diabète. Auparavant, c’est le CHU Frantz-Fanon de Blida qui a fait, vendredi dernier, ses adieux à deux de ses infirmiers, décédés au cours d’une garde. Il s’agit des regrettés Benkouider Ali Abdelkader et Bencherif Djilali. Fatma Chikirine, infirmière à l’EPSP d’El Hamel, à Bou Saâda, est décédée, elle aussi, suite à sa contamination à la Covid-19. Mercredi dernier, c’est le chef de service radiologie des urgences médicochirurgicales du CHU Mohamed-Abdennour-Saâdna, de la ville de Sétif, qui est décédé suite à son infection par le nouveau coronavirus. Agé de 56 ans, le défunt a été admis au service de réanimation du CHU après la complication de son état alors qu’il était au premier rang de la lutte contre l’épidémie de la Covid-19 depuis son apparition dans la wilaya de Sétif, devenue ces dernières semaines la plus touchée par la pandémie.
Dans les circonstances de deuil sur fonds d’urgence sanitaire, le Directeur de la santé et de la population de la wilaya de Sétif, Salim Rekam, a indiqué que 155 cas d’infection au coronavirus ont été enregistrés parmi les staffs médicaux et paramédicaux et personnels du secteur de la santé avec deux cas de décès déplorés.
Le ministre de la Santé et de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a fait part récemment (le samedi 4 juillet, soit avant les nouveaux cas) de la mort de 26 fonctionnaires du secteur de la santé et l’infection de 1 515 autres par le nouveau coronavirus à l’échelle nationale.
Le professeur Abdelkrim Soukehal, membre du Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de l’épidémie, a indiqué, quant à lui, mercredi dernier qu’environ 1 700 professionnels de la santé, tous corps confondus, ont été infectés par la Covid-19 en Algérie, depuis son apparition en février dernier dans le pays.
«A ce jour, nous comptabilisons environ 1 700 professionnels de la santé, tous corps confondus, atteints de la Covid-19 à travers le territoire national. Au début de l’épidémie, nous sommes allés à la guerre sans armes et sans munitions, celle-ci étant très compliquée», a déclaré le Pr Soukhal, spécialiste en épidémiologie, lors d’une rencontre scientifique sur la Covid-19, organisée par l’entreprise algérienne Vital Care.
Tout en rendant hommage aux praticiens qui sont en première ligne de la lutte contre ce virus, le spécialiste a relevé que cette épidémie connaît actuellement «une montée en puissance et va trop vite», en Algérie comme ailleurs, argumentant son propos par les données actuelles inhérentes à cette évolution.
Avant-hier, le ministre de la Santé a instruit la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) à l’effet de lancer «le plut tôt possible» la distribution des moyens de protection contre la Covid-19 destinés au corps médical. «La situation générée par la pandémie est préoccupante. Le problème auquel nous faisons face actuellement réside dans les moyens de protection du personnel médical des établissements sanitaires à travers les pays. C’est une urgence et une priorité de mettre à la disposition du personnel médical les moyens de protection nécessaires», a-t-il déclaré. Il a souligné que «les stocks de stratégie et de sécurité en surblouses, sur-chaussures, lunettes de protection, combinaisons avec cagoule et autres produits nécessaires, sont pour le moment suffisants», estimant que pour «pallier le manque constaté en ces moyens de protection dans certains établissements de santé, la PCH doit lancer la distribution de ces produits le plus tôt possible vers les établissements concernés». <