Les décisions prises et annoncées jeudi soir par le président Tebboune, notamment la mesure portant libération des détenus et la dissolution de l’APN, ont suscité diverses réactions des courants politiques.

Le deuxième point a soulevé moins de réactions que le premier, qui a vu l’ensemble des acteurs politiques approuver l’élargissement des détenus avec des réserves et critiques comme c’est le cas pour le Parti des travailleurs (PT).
A propos de la libération des détenus, les formations politiques et d’autres acteurs ont fait part de leur «satisfaction» quant aux retombées de la mesure et de ce qu’elle peut constituer comme signaux d’apaisement. C’est ce que pensent les partis qui ont été reçus récemment par M. Tebboune. «Il a officialisé une série de décisions extrêmement importantes, tant pour le climat politique général que pour leurs effets immédiats et à moyen terme. Parmi les décisions importantes, celle de la remise en liberté des détenus d’opinion, ceux qui avaient un différend avec la justice pendant la période du Hirak», a indiqué le président de Jil Jadid. «Dans un esprit d’apaisement et de retour à la normale, il était absolument nécessaire de prendre ce genre de mesures», a-t-il ajouté.
Abdelkader Bengrina du mouvement El Bina, a fait part d’un «contenu positif», déclarant avoir «favorablement accueilli le discours du président de la République, notamment la libération des détenus du Hirak pour permettre d’apaiser les Algériens». Le Front El Moustakbal établit, lui, une appréciation générale du discours de Tebboune pour dire avoir décelé «le signe d’un nouveau départ et ressentir une grande volonté et de bonnes intentions chez le président de la République». De son côté, le MSP a salué «la grâce décidée en faveur des détenus politiques».
De son coté, Hakim Belahcel de la direction du FFS s’est dit «profondément soulagé de la libération de certains détenus», insistant cependant sur «la nécessité de continuer à revendiquer l’élargissement de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion ainsi que l’arrêt immédiat de toutes les procédures judiciaires entamées contre d’autres militants dont le seul tort est de revendiquer pacifiquement l’instauration d’un Etat libre et démocratique».
La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) a estimé qu’il ne s’agit là que de la réparation d’une injustice après plusieurs mois de détention arbitraire, ajoutant qu’elle attend «d’autres gestes plus concrets sur le plan du respect des libertés, des droits humains, de l’ouverture démocratique et des champs politique et médiatique, à même de prémunir les activistes pacifiques d’autres arbitraires à l’avenir». Pour Abdelaziz Rahabi, ancien ministre, il s’agit d’un «geste d’apaisement attendu du président du République qui donne l’espoir d’une perspective d’ouverture politique plus large», estimant que «les pouvoirs publics doivent saisir cette opportunité pour mettre en place toutes les conditions légales pour que la privation de liberté pour l’expression d’une opinion ne se reproduise plus dans notre pays». L’ancien ambassadeur a ajouté que «seuls le dialogue, la concertation et le respect mutuel sont de nature à établir la confiance, à assurer la stabilité et à favoriser l’avènement d’une Algérie plus juste et plus forte».
Ce n’est pas l’avis du Parti des travailleurs (PT) qui, bien qu’il dit «prendre acte de cette mesure qui met fin à leur calvaire et celui de leurs familles», s’interroge à ce propos. «La répression politique et l’instrumentalisation de la justice seront-elles abolies ? Les libertés démocratiques, le libre exercice de la politique et de la presse seront-ils consacrés ?», s’interroge le parti de Louisa Hanoune.
A contrario, les forces du Pacte pour l’alternative démocratique (PAD), considèrent que «la demande populaire de changement démocratique radical est loin d’être entendue et que la contre-révolution autoritaire ne lâche pas prise». La même alliance des partis de la mouvance démocratique, partisane d’un processus constituant, estime que «le salut de l’Etat national et du peuple ne saurait découler de l’alignement des organisations de la société civile et des partis politiques sur une feuille de route qui vise à perpétuer le système autoritaire en place et à reconduire les mêmes procédés et méthodes qui ont ruiné le pays».
Dans la même logique, le PT qualifie de «très tardive» la dissolution de l’APN, soulignant que cette décision ainsi que le remaniement partiel du gouvernement «ne sauraient répondre à l’exigence centrale de la rupture avec le système, de l’exercice par le peuple de sa pleine souveraineté qui sont au cœur du processus révolutionnaire depuis son déclenchement».