L’Algérie a exprimé hier mercredi son « ferme rejet » de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement au Mali, affirmant que la doctrine de l’Union africaine en matière de respect de l’ordre constitutionnel ne « peut faire l’objet d’aucune violation ». « L’Algérie réitère son ferme rejet de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement, conformément aux instruments pertinents de l’Union africaine, en particulier la Déclaration d’Alger de 1999 et la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de 2007 », indique le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

« La doctrine de l’Union africaine en matière de respect de l’ordre constitutionnel ne peut faire l’objet d’aucune violation », est-il affirmé dans ce document où il est précisé que l’Algérie suit avec « une très grande préoccupation la situation prévalant au Mali, pays frère et voisin ». La diplomatie algérienne appelle « toutes les parties au respect de l’ordre constitutionnel et au retour à la raison pour une sortie de crise rapide ». Elle rappelle, à cet égard, que « seules les urnes constituent la voie pour l’accession au pouvoir et à la légitimité ».
Quelques heures auparavant, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), organisation régionale et médiatrice dans la crise politique persistante au Mali depuis juin, a condamné le putsch et suspendu le pays. Elle doit se réunir aujourd’hui jeudi en visioconférence. L’ONU a également dénoncé le putsch. Le Conseil de sécurité s’est réuni hier après-midi en urgence à huis clos sur le Mali, à la demande de la France et du Niger, qui préside actuellement la Cédéao. L’Union africaine (UA) a aussi « condamné énergiquement toute tentative de changement anticonstitutionnel » au Mali confronté depuis des années à une crise politique, économique, sociale et sécuritaire qui, après le coup de force, fait aujourd’hui craindre le pire. Tout comme elle a exigé la « libération immédiate » du président Ibrahim Boubacar Keïta et de ses ministres.
Mardi, des officiers mutins ont pris le pouvoir et procédé à l’arrestation du président Ibrahim Boubacar Keïta en compagnie de son Premier ministre Boubou Cissé et emmené dans le camp militaire de Kati d’où était partie la mutinerie. Dans la nuit du mardi à mercredi, le chef de l’Etat malien, élu en 2013 et réélu en 2018, a annoncé sa démission expliquant n’avoir pas « d’autre choix que de se soumettre à la volonté de son armée en révolte pour éviter que du sang ne soit versé ». « Je voudrais (…) vous dire ma décision de quitter mes fonctions, toutes mes fonctions, à partir de ce moment », a-t-il dit dans une allocution diffusée par la télévision nationale ORTM, avant d’ajouter: « Si aujourd’hui, certains éléments de nos forces armées veulent que cela prenne fin via leur intervention, ai-je vraiment le choix ? »

Promesse d’une « transition politique civile »
Plus de trois heures après l’annonce par le président Keïta de sa « décision de quitter toutes (ses) fonctions », des hommes en uniformes sont apparus sur la chaîne publique ORTM, affirmant vouloir mettre en place une « transition politique civile » devant conduire à des élections générales dans un « délai raisonnable ». « Nous, forces patriotiques regroupées au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l’histoire », a déclaré celui qui a été présenté comme le porte-parole des militaires, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air.
« Notre pays, le Mali, sombre de jour en jour dans le chaos, l’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée », a accusé l’officier. Il a dénoncé notamment « la gestion familiale des affaires de l’Etat », ainsi que la « gabegie, le vol et l’arbitraire », ou encore des massacres de villageois, le « terrorisme et l’extrémisme ». Le colonel major a, en outre, sollicité la coopération de la société civile et les mouvements socio-politiques « pour créer les meilleures conditions d’une transition politique civile conduisant à des élections générales crédibles pour l’exercice démocratique à travers une feuille de route qui jettera les bases d’un Mali nouveau ».
Il a également demandé aux organisations internationales et sous-régionales de les « accompagner pour le bien-être du Mali », tout en soulignant l’engagement des militaires à respecter « tous les accords passés », notamment l’accord de paix, issu du processus d’Alger, signé en 2015 entre Bamako et les groupes politico-militaires du nord du pays.

Calme à Bamako
Hier, on était sans nouvelles du chef de l’Etat Ibrahim Boubacar Keïta, de son Premier ministre Boubou Cissé et d’autres responsables civils et militaires arrêtés mardi. Hier, l’UE a appelé à la libération « immédiate » des prisonniers et au « retour de l’Etat de droit » à l’issue d’un sommet extraordinaire des 27. « La stabilité de la région et du Mali, la lutte contre le terrorisme doivent demeurer des priorités absolues », a ajouté l’UE, soulignant « l’extrême préoccupation » des 27 après les développements des dernières heures.
Le calme régnait mercredi à Bamako qui portait encore les stigmates des troubles au lendemain du coup d’Etat contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, un putsch condamné par la communauté internationale inquiète de l’aggravation de la crise au Mali, déjà en proie aux violences djihadistes. Des traces des incidents ayant ponctué ce renversement de pouvoir étaient encore visibles hier matin à Bamako, notamment au domicile de l’ex-ministre de la Justice Kassim Tapo, attaqué et incendié par des gens en colère, selon des journalistes de l’AFP. La présence des soldats n’était pas visible dans les rues qui étaient tranquilles dans le centre de Bamako où des gens vaquaient à leurs occupations. L’administration et les banques étaient fermées, selon des journalistes de l’AFP.
Le coup d’Etat de mardi prolonge la crise socio-politique à laquelle est confronté le Mali depuis plusieurs mois et que la médiation de la Cédéao n’a pas pu résoudre. Une coalition hétéroclite d’opposants politiques, de guides religieux et de membres de la société civile a multiplié les manifestations pour réclamer le départ du président Keïta, accusé de mauvaise gestion. Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), qui mène la contestation, avait refusé jeudi dernier une rencontre avec le président Keïta, fixant notamment comme préalable la fin de la « répression » contre ses militants. Le week-end du 10 juillet, une manifestation à l’appel du Mouvement du 5 juin avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers. n