Le premier secrétaire national du FFF (Front des forces socialiste), Youcef Aouchiche a animé hier une conférence de presse, où il a abordé les grandes lignes de la rencontre, tenue jeudi dernier, avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

PAR Sihem Bounabi
«Le FFS est un parti d’opposition et de propositions, animé d’une éthique de conviction et de responsabilité» pour «un dialogue sincère et la recherche du compromis comme moyens civilisés de gestion des affaires de l’Etat et de la cité», a d’emblée affirmé Youcef Aouchiche . Ajoutant : «Nous croyons profondément que la solution à la crise multidimensionnelle que vit notre pays ne peut venir que d’un consensus fondateur et fondamental entre toutes les forces vives de la nation.»
Ainsi, c’est dans cet esprit que le FFS a répondu favorablement à l’invitation du Chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune avec «lequel nous avons eu un échange franc et responsable sur la situation du pays et sur l’environnement régional et international et les enjeux qu’il recèle», affirme le premier responsable du parti.
Il déclare que lors de cette rencontre, le FFS a souligné l’urgence de «restaurer la confiance entre les citoyens et les gouvernants, en prenant des mesures fortes d’apaisement et d’ouverture».
Il précise à propos de ces mesures qu’il s’agit notamment de l’ouverture des champs politique et médiatique, la libération des détenus d’opinion, l’abrogation de l’arsenal juridique répressif, la fin au recours arbitraire et systématique à la détention préventive, et le respect des libertés individuelles et collectives.
Le premier secrétaire général de FFS a également insisté auprès du président de la République sur «l’impératif de donner toutes ses chances à une solution politique consensuelle et garantir le droit à l’organisation et l’expression pacifiques».
Tout en réitérant le fait que la notion de confiance est fondamentale dans tout processus de construction nationale, Youcef Aouchiche se désole que «la population ne croit plus aux discours et aux promesses. Le fossé qui sépare les gouverneurs et les gouvernés ne cesse de s’élargir».
Pour cela, il estime qu’il est primordial qu’«aujourd’hui, il revient au pouvoir et en premier lieu au chef de l’Etat de donner toutes les garanties du respect de tous les éléments constitutifs de l’Etat de droit, notamment l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs et le respect des droits de l’Homme. Ainsi, il sera possible de s’engager sur la voie d’un dialogue national inclusif pour traiter des questions qui engagent l’avenir et le devenir de notre pays». Il souligne dans ce sillage qu’«il appartient au pouvoir d’envoyer des signaux forts d’une réelle volonté de changement et d’ouverture politique, alors que l’Algérie s’apprête à célébrer le soixantième anniversaire de l’indépendance nationale. Soulignant que cela serait «la meilleure façon de marquer cette date, d’honorer le serment des martyrs et de redonner espoir à notre peuple».
Il conclut sur sa rencontre avec le président de la République : «Nous avons pris acte des intentions du chef de l’Etat et nous attendons des actes concrets. Pour notre part, à l’opposé des populistes désormais sans envergure politique, notre action sera orientée vers la construction et la recherche de compromis. Nous continuerons, plus déterminés que jamais, à œuvrer malgré les contraintes et les obstacles à la reconstruction du consensus national».

La recherche des compromis
Le premier secrétaire national du FFS a, également, lors de cette conférence de presse, lancé un appel pour «la libération immédiate et inconditionnelle» du Président de l’APC d’Azeffoun, Smaïl Chalal», interpellé mercredi dernier à la veille de la rencontre avec le président de la République.
Youcef Aouchiche déclare à ce sujet que «nous tenons à dénoncer avec la plus grande vigueur cette arrestation arbitraire. Nous exigeons sa libération et réaffirmons notre entière solidarité à son égard, avec sa famille et l’ensemble de nos élus et citoyens». Il affirme dans ce sillage : «Nous avons posé directement la question au président de la République que cette arrestation intervient à la veille de la rencontre et avons réclamé sa libération.»
Après avoir déroulé le contenu des échanges avec le chef de l’Etat, Youcef Aouchiche s’est prêté à la traditionnelle séance des questions des médias présents. A la question de savoir si l’adhésion du FFS au dialogue national est conditionnée par la libération des détenus politiques et d’opinion, le premier responsable du parti a répondu : «On a demandé la libération des détenus politiques et d’opinion et nous avons également demandé l’ouverture du champ politique et médiatique, soulignant qu’il faut des signaux forts d’apaisement comme condition préalable pour la réussite de tout dialogue. Les Algériens ne supportent plus cette atmosphère de répression des libertés individuelles et collectives dans un champ médiatique aseptisé.» Ajoutant que le respect des libertés individuelles et des droits de l’homme est un sujet qui est à chaque occasion défendu par le FFS ; ce sont les fondements d’un Etat de droit.
Se désolant toutefois que ces dernières années, «un recul effarant dans le respect des droits et des libertés individuelles des citoyens avec une recrudescence de harcèlement et d’entraves à la liberté des citoyens, des personnalités politiques et des médias».
Il réitère ainsi l’appel du FFS aux autorités pour mettre fin à ce genre de comportement hostile : «Il faut des actes forts et concrets de l’Etat afin de rétablir la confiance avec les citoyens algériens.»

Des signes de bonne volonté
Le secrétaire général du FFS confie que sur ce point précis, «nous avons ressenti une bonne volonté de la part du président de la République. Des engagements ont été pris, mais nous attendons des actes concrets sur le terrain pour la libération des détenus d’opinion et politiques et la levée de toutes les contraintes sur l’exercice politique et syndical et des libertés individuelles».

Alerte sur les risques de surpression des subventions de l’Etat
Concernant le volet économique, le premier secrétaire national du FFS a souligné qu’il a exprimé au chef de l’Etat «notre attachement indéfectible au caractère social de l’Etat et nos appréhensions et alerté sur le danger que représente une révision précipitée du système des subventions. Nous avons mis l’accent sur la nécessité de l’élaboration d’un nouveau modèle économique auquel tous les acteurs, qu’ils soient politiques, économiques, ou sociaux, doivent souscrire et participer à son élaboration et sa réalisation».
Il a ajouté que nous avons expliqué au Président qu’une réforme précipitée «aura des implications dangereuses surtout sur les couches populaires et les plus défavorisées, d’autant plus que l’on est dans un contexte économique où l’inflation connaît une hausse record et la dégradation vertigineuse du pouvoir d’achat des citoyens qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires». Ainsi pour le premier responsable du FFS, il y a des urgences économiques et sociales immédiates, notamment la préservation de l’emploi et du pouvoir d’achat des citoyens». Ajoutant : «Nous avons également souligné au chef de l’Etat «l’impératif de l’élaboration d’un modèle économique consensuel en mesure de garantir notre autosuffisance alimentaire et ainsi répondre aux nouveaux défis imposés par les évolutions qui marquent la scène internationale». Tout en rappelant que «le FFS a toujours préconisé le dialogue sincère et la reconstruction d’un consensus national et populaire pour sortir le pays de la crise». n