PAR NAZIM BRAHIMI
Le scénario de fermeture du quotidien Liberté annoncé par son propriétaire Issad Rebrab tend à faire réagir des pans divers de la société, entre représentations sociales et acteurs politiques, inquiets de voir le patron de Cevital mettre à exécution son annonce, demain mercredi, à l’occasion de la réunion décisive du Conseil d’administration du journal.
Afin de préserver le titre, présent sur la scène médiatique depuis 1992, soit au lendemain de l’avènement du multipartisme et de la naissance de la presse privée, les appels se multiplient priant le patron de Liberté de revoir sa décision.
Après donc l’appel signé avant-hier par de nombreux intellectuels, des universitaires et des acteurs des mondes de l’art et de la presse nationale, c’est autour d’une formation politique, le Parti des travailleurs (PT), se s’adresser directement à Issad Rebrab, appelé à reconsidérer sa décision portant fermeture du journal.
Dans une lettre ouverte, signée par sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, le PT a exprimé à la fois son inquiétude et son étonnement de voir le quotidien Liberté au bord de la disparition, en faisant part de son «incompréhension» de voir le propriétaire du groupe songer à signer la disparition d’une «référence sérieuse et crédible sur le plan national et international» et une «source d’information fiable sur la situation de notre pays».
L’indignation et l’incompréhension du PT sont telles qu’il interpelle Rebrab par une série de questions qui traduisent la portée et la signification qu’aurait le scénario redouté, à savoir la disparition du titre. «Envisagez-vous réellement la mise à mort du journal Liberté ?», «Mais pourquoi ?», «Quels motifs gravissimes pourraient dicter une telle mesure, irrémédiable ?», s’interroge le parti de la gauche algérienne, qui explique qu’il ne croit pas à un motif financier qui légitimerait la décision du patron de Liberté.
«Mais pardonnez notre doute. Nous avons du mal à admettre que le manque de financement puisse être à l’origine d’une décision extrême que le Conseil d’administration s’apprête à entériner. Cela parce que, comme toutes les Algériennes et tous les Algériens, nous connaissons l’histoire du journal Liberté», est-il écrit dans la lettre du PT.
Ce dernier a estimé que «même si c’était le cas, n’est-il pas possible de faire appel à souscription pour sauver le quotidien Liberté ? N’est-il pas envisageable de permettre aux journalistes de le reprendre ?», se déclarant «convaincus», que les Algériennes, lecteurs de quotidien Liberté, malgré la situation sociale dramatique dans laquelle ils se débattent majoritairement, «consentiraient des efforts douloureux pour assurer la survie de leur journal».
Enumérant la mission qu’accomplit Liberté comme vecteur de l’information, porte-voix des couches les plus vulnérables de la société, et comme tribune des victimes de toutes les violences et les injustices, le PT considère que sa disparition est une «affaire nationale» et que «les autorités ne sauraient rester indifférentes».
Pour sa part, la Ligue algérienne de défense de droits de l’homme (LADDH) a exprimé sa solidarité avec le collectif des journalistes et le personnel de Liberté considéré comme «un des derniers espaces de la libre expression et de presse», «un héritage d’octobre 88» et «un acquis précieux qu’il faudra sauver».
De son côté, le collectif de Liberté a rendu public, dimanche en fin de journée, un communiqué dans lequel il interpelle l’opinion du risque de voir le titre disparaitre des étals dans quelques jours.
«Nous avons appris avec stupéfaction que l’actionnaire majoritaire de la SAEC-Liberté, société éditrice du quotidien Liberté, M. Issad Rebrab, a pris la décision de fermer le journal et qu’une assemblée générale devant l’acter est prévue pour le 6 avril prochain», a indiqué le collectif, pour qui «cette décision inattendue intervient au moment où le journal a engagé un train de mesures visant le redressement de la situation économique de l’entreprise».
Soulignant que «la société éditrice dispose encore de ressources financières suffisantes pour lui permettre de continuer à exister» et que «malgré un environnement contraignant, Liberté demeure une entreprise de presse viable», le collectif déclare qu’il «n’a pas saisi les véritables raisons qui ont motivé la décision de fermeture du journal».
Il a ajouté, dans ce sens, avoir «sollicité une entrevue avec M. Rebrab pour lui proposer des alternatives. En vain !».
A noter que l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) en Algérie s’est rendu hier au siège du journal où il a discuté avec les journalistes et autres travailleurs de l’entreprise à qui il a exprimé sa solidarité.
Il y a lieu de noter que les employés, journalistes, techniciens et autres travailleurs, ont organisé hier une AG et désigné trois délégués afin d’être conformes à la loi et saisir Issad Rebrab de manière officielle pour tenter de le convaincre de revenir sur sa décision, car il «n’est jamais trop tard pour bien faire», a déclaré à Reporters un membre du personnel. Les employés du quotidien disent «garder espoir» d’un «sursaut», même à la dernière heure précédant l’AGEX prévue demain 6 avril. Autrement, «la disparition de Liberté serait une bien triste nouvelle pour l’Algérie, pour la démocratie et les valeurs du progrès», a-t-on affirmé.