Les autorités rivales de l’ouest et de l’est du pays ont annoncé séparément, vendredi 21 août, la cessation des hostilités et l’organisation prochaine d’élection. Ces annonces sont les dernières en date d’une série d’accords et d’engagements proclamés ces dernières années en vue de sortir le pays du chaos mais restés lettre morte. Elles sont susceptibles de réamorcer le processus de règlement politique de la crise qui ronge le pays voisin.
Dans un communiqué, Fayez al-Sarraj, également, chef du Conseil présidentiel qui chapeaute le gouvernement, a appelé à la tenue d’«élection présidentielle et parlementaires en mars prochain (…)». Il a aussi «ordonné un cessez-le-feu immédiat et l’arrêt des opérations sur tout le territoire», ce qui permettra selon lui, de créer des zones démilitarisées dans la région de Syrte (nord) et celle de Joufra, plus au sud, toutes deux sous contrôle des pro-Haftar. Dans son communiqué, Aguila Saleh, qui dirige le premier Parlement élu en Libye depuis 2011 et basé dans l’Est, a annoncé des élections, mais sans avancer de date, appelant «toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat». M. Saleh ne mentionne pas une démilitarisation de Syrte et Joufra. Il propose la formation, sans doute après l’élection, d’un nouveau Conseil présidentiel qui serait basé à Syrte, ville natale de Mouammar Kadhafi puis, bastion du groupe djihadiste Etat islamique jusqu’en 2016.
Dans leurs communiqués, MM. Sarraj et Saleh ont, en outre jugé «nécessaire» la reprise de la production et des exportations dans les champs et terminaux pétroliers. Celles-ci sont bloquées depuis janvier par les pro-Haftar qui contrôlent les sites pétroliers. Les autorités de l’Est réclament une répartition équitable des revenus pétroliers gérés par le GNA dans un pays qui dépend entièrement de la manne pétrolière pour son économie, très fragilisée. La compagnie nationale de pétrole (NOC) a salué les annonces mais appelé à ce que «toutes les installations pétrolières soient libérées de toute présence militaire», en vue d’une reprise des exportations. Pour Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingendael de La Haye, «selon toute vraisemblance, la mise en oeuvre (des annonces libyennes) sera difficile». Pour l’heure, les combats ont cessé, mais la libre circulation d’armes et de mercenaires continue, selon l’ONU. Malgré tout, la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) a accueilli «chaleureusement l’entente» interlibyenne, appelant à «la reprise du processus politique». L’Union africaine (UA) s’est félicitée de la déclaration de cessez-le-feu. «Cette déclaration facilitera les initiatives de dialogue ainsi que la reprise des travaux de la Commission militaire conjointe des Nations unies, en vue d’atteindre un cessez-le-feu général», souligne le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.
Pour le président de la Commission de l’UA, «cette annonce est de nature à relancer le dialogue politique inter-libyen ainsi que la mise en œuvre de la feuille de route adoptée par le Comité de haut-niveau de l’Union africaine sur la Libye, le 30 janvier 2020 à Brazzaville, République du Congo, portant sur les modalités et le calendrier des travaux préparatoires relatifs à la Conférence de réconciliation nationale inter-libyenne de l’Union africaine».
Pour sa part, l’Algérie s’est félicitée des annonces faites par le président du Conseil présidentiel du GNA, Fayez Al-Serraj, et le président de la Chambre des représentants, Aguila Saleh. Elle «prend note avec satisfaction de cette initiative consensuelle qui reflète la volonté des frères libyens à résoudre la crise». L’UE voit un «nouvel espoir» après l’annonce de cessez-le-feu en Libye. La reprise du processus politique «crée un nouvel espoir» en vue d’une solution pacifique, a souligné samedi le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, dans un communiqué au nom des 27 pays membres.
C’est «une première avancée constructive qui montre la détermination des dirigeants libyens à surmonter l’impasse actuelle et crée un nouvel espoir pour un terrain d’entente en vue d’une solution politique pacifique à la crise (…) et de la fin de toute ingérence étrangère dans le pays», souligne Josep Borrell dans sa déclaration.
L’UE apporte son soutien à l’accord devant découler sur un arrêt immédiat de toute activité militaire en Libye, «qui nécessite le départ de tous les combattants étrangers et mercenaires présents», et à la reprise des négociations dans le cadre du processus mené par l’ONU.
Les ingérences étrangères ont alimenté le conflit en Libye, où le GNA est soutenu par la Turquie et le Qatar, et M. Haftar par l’Egypte, les Emirats arabes unis et la Russie. Ces trois pays ont salué l’initiative de paix prise par les parties rivales libyennes. <